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Stéphane Ruel : N° 1 français sur 24 heures cette saison.

Sociétaire du Bocage Athlétique de Coutances, titulaire d’un record de 7h39’ au 100 km, le 21 décembre ce Normand de 48 ans a cumulé 252,271 km sur piste d’athlétisme de Barcelone. Un score qui lui permet d’accéder au sommet du bilan national devant Christian Dilmi : 250,466 km et Alain David : 246,128 km.

 

. Quand as-tu débuté sur 24 heures ?

– Après avoir pratiqué le vélo jusqu’à mes 40 ans, en 2008 j’ai décidé de me mettre à la course à pied. Pendant 2 années, j’ai couru des 10 km, des semis et des marathons. Ensuite en 2010, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin et je me suis aligné aux 100 km de Millau, où j’avais réalisé 8h47’. Satisfait par cette première expérience dans le domaine de l’ultra, tant au plan du chrono que de l’ambiance familiale qu’il règne au sein de cet univers, j’ai eu envie de continuer animé par la volonté de progresser et de découvrir mes limites dans ce domaine, où l’aspect mental prime. A cette fin, j’ai pris part à mon premier 24 heures en avril 2011 à Rennes. J’ai réussi 202 km. J’étais vraiment content, car il n’est pas si évident de passer d’entrée la barre des 200 km lorsque néophyte, on se lance dans l’inconnu de ce type d’effort comportant une part d’irrationnel. Et encore plus que sur marathon et que sur 100 km j’ai été frappé par cet état d’esprit communautaire, où tout le monde s’encourage, se retrouve d’un bout à l’autre de la France et, où se noue des amitiés. Si cette approche humaine m’a donné envie de persévérer, je dois aussi admettre que le fait d’améliorer mes performances d’une épreuve à l’autre m’a boosté.

 

. Quelles sont les principales étapes de ta progression ?

– 202 km en avril 2011, 204 à l’automne à Ploeren. Puis en 2012, 219 km en Brive au mois d’avril et 230 toujours à Ploeren en fin de saison. Ce jour-là Christian Dilmi, champion de France 2012 ne courait pas mais avait été désigné parrain de l’épreuve. Vu que j’ai gagné, nous avons eu l’occasion de bien discuter. Il a estimé que j’avais le potentiel pour aller au-delà des 240 km, qui à une époque suffisaient pour devenir international. Donc à partir de là, galvanisé par ses propos j’ai mis les bouchées doubles à l’entraînement, convaincu que j’avais une carte à jouer aux France 2013 prévus début octobre à Grenoble. Malheureusement, victime d’une fracture de fatigue au cours de la compétition, j’ai dû abandonner. Ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. J’avoue que cela m’a déprimé. Heureusement, n’étant pas du genre à me laisser abattre, je me suis relevé et cette année, le 06 aux France organisés à Portet-sur-Garonne, j’ai fini 4e avec 237. Là, j’ai compris que les 3 petits km qu’il manquait ce serait pour cette année, vu qu’il fallait que je m’améliore dans certains secteurs.

 

. Donc, comment as-tu abordé les 24 heures de Barcelone ?

– Avec mon staff composé d’un ami kinésithérapeute et de mon fils, nous avons décidé d’apporter des modifications, quant à mon alimentation et quant à ma gestion de l’effort. Souvent, je pense avoir été limité en raison de soucis gastriques. Je me suis rendu compte que je consommais trop de produits de la diététique de l’effort à base de poudres, de boissons énergétiques, de gels, de barres…et à partir d’un moment handicapé par un poids sur l’estomac plus rien ne passait. Ce qui impliquait une perte d’énergie et un ralentissement. Là, en Espagne je me suis nourri à base de bouts de jambon, de dès de fromage, de soupe, et de fruits. Bref avec ce je trouve habituellement dans mon frigo. Concernant l’hydratation, je n’ai bu de la boisson énergétique que toutes les 2 heures. Sinon, par rapport à ma façon de courir, je n’ai jamais attendu d’être à la dérive avant de consulter. Toutes les deux heures, je m’arrêtais 5 minutes pendant lesquelles tout en étant assis, je me faisais masser. Ce qui permettait à l’organisme de se reposer un peu. Et j’en profitais pour aussi pour consommer du solide. Ainsi quand je repartais, je ne vais pas dire que je me sentais comme neuf, mais la machine retrouvait plus facilement son rythme.

 

. Quel objectif kilométrique t’étais-tu fixé ?

– 245 km. Tout simplement, parce qu’une telle marque selon les années peut permettre d’intégrer l’équipe de France. Désormais, les mondiaux ont lieu tous les 2 ans. Les prochains sont programmés en avril 2015 à Turin. Or, avançant en âge en 2017, il risque d’être trop tard. Je serai V2.

 

. Comment s’est déroulée la compétition ?

– Nous avons couru sur le 6e, le 7e et le 8e couloir d’une piste, en sachant qu’au niveau du mesurage, le couloir de référence était le 6e d’une distance de 437 mètres. Donc mes 252 km représentent 576 tours. La température a été idéale : de 16 à 18° de jour et jamais en-dessous de 8 la nuit. Ce qui a nécessité de se changer, mais pas d’accumuler X épaisseurs. Et si en décembre la nuit est beaucoup plus longue qu’en juin, cela ne m’a pas gêné. Je suis habitué à courir de nuit. Directeur financier dans un hôpital, tous les matins je me lève à 3 heures et je pars courir 2 à 3 heures. Ce qui fait que même en été je vois rarement le jour lors de mes sorties. Je procède de cette façon, parce que lorsque je sors du boulot, je suis claqué et qu’il faut que je me repose. Pour en revenir à ce 24 heures, toutes les 3 heures nous changions de sens de rotation. Ce à quoi je ne suis pas habitué. De plus, je n’avais pas pris ce paramètre en compte. Quand on évoluait dans le sens des aiguilles d’une montre, je ressentais quelques petites douleurs à la cheville droite. Sinon relativement à mes temps de passage, je suis passé au 100e km en 8h40, soit avec 20’ d’avance sur l’allure préétablie. Ce qui ne m’a pas inquiété. Je n’étais pas trop esquinté et j’avais le moral. Et à la 12e heure à minuit j’avais inscrit 132 km au compteur. Ce qui correspondait à une moyenne de 11 km/h. Par contre entre 23 heures et 1 heures, j’ai vécu un moment difficile. Il a fallu que je serre les dents pour ne pas lâcher prise. Mais grâce aux massages et à mon retour à une alimentation basique, j’ai retrouvé de l’énergie et c’est reparti. Puis à la 20e heure le jour s’est levé. A 4 heures du but en étant sur des bases de 256 km et avec le retour de la lumière j’ai vécu une phase d’euphorie qui est montée crescendo. Quand à 1h30 de la fin j’ai passé les 240 km, j’ai compris que les 250 km ne relevait plus de l’utopie. J’ai doublé ce cap à 15 minutes de la fin envahi par un sentiment de délivrance et d’accomplissement au moment, où retentit le coup de pistolet. Enfin, je voudrais expliquer qu’il s’agit d’un sport collectif. Sans le dévouement de mon staff, je n’aurais pas été aussi loin et je n’aurais pas gagné.

 

. Désormais ne vas-tu pas revoir tes ambitions à la hausse ?

– Maintenant que j’ai effacé les 250 km, pourquoi ne pas songer au 260 km. Surtout qu’il me reste quelques détails à améliorer en matière de nutrition, d’hydratation, de gestion de l’effort et d’entraînement. Je ne possède que 3 ans d’expérience sur 24 heures.

 

. Et la sélection pour les mondiaux ?

– Logiquement je devrais en faire partie. Toutefois même si l’un des responsables du 24 heures auprès de la FFA m’a contacté, tant que je ne recevrai pas la convocation officielle, je ne m’enflammerai pas.

 

Christophe Rochotte.