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« S’il était au départ, on courrait tous pour la deuxième place »

Pour la troisième année consécutive, le triathlète Vincent Luis, 7e aux Jeux olympiques de Rio, sera au départ du championnat de France de cross-country ce dimanche à Plouay (Morbihan). L’élève de Farouk Madaci – il s’occupe de lui uniquement en course à pied – pourrait bien, une nouvelle fois, damer le pion à bon nombre de spécialistes des labours. A condition d’avoir bien récupéré de son déplacement à Abu Dhabi (Emirats arabes unis) le week-end dernier où il faisait sa rentrée en triathlon. Entretien.

On vous annonce au départ du championnat de France de cross prévu ce dimanche à Plouay. Vous confirmez ?

« Je me suis beaucoup posé la question en début de semaine. J’ai fait un fartleck mardi et, hier, une sortie longue de 20 bornes. Je vais y aller avec l’état de fraicheur du moment mais je ne sais pas trop ce que ça va donner. On verra dimanche. Je me focalise moins sur cette course qu’auparavant. Si j’y vais, c’est que je sens que ça peut m’être bénéfique pour ma saison.

Le parcours semble être très physique, usant, avec beaucoup de relances. Quel rôle pensez-vous pouvoir jouer sur cette course ?

Ça va plutôt m’avantager. Quand on court dix bornes sur un circuit roulant, c’est compliqué de suivre surtout quand, devant, ça va à vingt à l’heure. Là, le musculaire va prendre le dessus sur le physio. Les niveaux vont être nivelés donc il ne faut pas se laisser impressionner par les références sur piste qu’ont certains et jouer sa chance à fond. Il faudra être malin. En tout cas, je suis content que ça se fasse en Bretagne sur un vrai parcours de cross. Ça promet du beau spectacle.

Depuis un an, Mahiedine Mekhissi-Benabbad et vous partagez les séances d’entraînement en course à pied. De quel apport est-il pour vous au quotidien ?

C’est un mec qui a le plus beau palmarès du demi-fond français avec trois médailles olympiques tout de même. Il est très humble, parle peu mais bien. C’est un puit de savoir. Ça, c’est pour l’homme. En tant qu’athlète, c’est quelqu’un qui a un mental incroyable. Je n’ai jamais vu ça. Je fais des séances avec lui tous les jours. Quand tu crois parfois que tu es en train de le faire souffrir, tu te rends très vite compte qu’il n’est pas à sa limite et c’est lui qui finit par te faire mal. Après voilà, le temps que je dois valoir sur 3 000 mètres, c’est ce que lui fait avec 35 barrières. C’est un plaisir en tout cas de s’entraîner avec lui, même si c’est 99 % du temps de la souffrance. Et je peux vous dire qu’on est très chanceux qu’il ne soit pas au départ de la course dimanche car sinon on courrait tous pour la deuxième place.

Il se murmure que vous aimeriez courir un 10 000 m sur piste au printemps. Où en est ce projet ?

On a un grand tableau dans le bureau avec la liste de tous les 10 000 m possibles au calendrier et on fera un choix par rapport aux triathlons. Il faut bien cibler la date pour en faire un au bon moment car ça reste tout de même une course de 28 ou 29 minutes à fond.

Le championnat de France de la discipline est au programme le 14 avril. Est-ce une date qui pourrait convenir pour un premier test ?

Ça figure parmi les courses envisageables mais ça semble compliqué avec le calendrier en triathlon car il y a juste derrière les Bermudes et Yokohama. Par contre, une semaine après le Japon, il y a la Coupe d’Europe en Angleterre avec des courses pour tous les niveaux. Ça s’appelle la nuit du 10 000 m. La date est plutôt pas mal donc c’est possible qu’on aille là-bas. J’ai envie d’y aller pour faire un chrono tout en étant réaliste sur mes capacités. Je ne vais pas m’aligner dans une course avec des gars en 28’00.

Qu’est-ce qui vous motive à tenter l’expérience de la piste ?

Je pense pouvoir prendre du plaisir à faire ça. Le fait de voir mes partenaires d’entraînement en faire, de ne pas être loin de les accrocher, ça me donne envie d’essayer. Maintenant, comme je l’ai déjà dit, je sais que je peux viser une médaille mondiale ou olympique en triathlon, autant c’est utopique en athlétisme. J’ai ma carrière de triathlète, c’est ce qui me permet de remplir mon frigo. »

Propos recueillis par Basile REGOLI – © Yves-Marie Quemener