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Rencontre avec Noélie Yarigo

INTERVIEW/PORTRAIT DE LA SEMAINE. Rencontre avec Noélie Yarigo, l’athlète Béninoise au grand sourire, qui truste les premières places et les podiums au niveau hexagonal sur 800 m et devrait rallier (si tout se passe bien…) Rio et les Jeux Olympiques. 

Noélie Yarigo, trente ans, est de ces athlètes qui ont les deux pieds sur la plus haute marche du podium des championnats de France, tout en ayant un orteil (voire deux) en dehors…Elle est de ces athlètes dont trois lettres accolent le nom dans la litanie des résultats sur le site fédéral, entre deux parenthèses.

Pour elle, c’est « BEN ». Comme Bénin. Trois lettres et deux signes de ponctuation qui s’affichent sur l’écran, que l’on zappe d’un coup d’oeil mais qui disent un chemin.

Plus que le sempiternel débat (jamais tranché) –faut-il que les coureurs étrangers disputent les championnats de France, au risque, bien souvent, d’influencer le résultat final et de créer des situations ubuesques avec cinq ou six athlètes récompensés sur les podiums-, prenons la foulée de celle qui est arrivée en France il y a trois ans, en 2013.

Repérée dans le centre d’entraînement de Claude Guillaume

C’est en fait Claude Guillaume qui a joué les imprésarios. Parti à la retraite en 2012, le cadre technique fédéral 25 ans durant, qui a terminé sa carrière professionnelle en tant que prof de sport, et qui côtoie la course à pied depuis….1961, découvre le Bénin avec son épouse lors d’un voyage.

« J’ai crée un centre d’entrainement là-bas. C’est le hasard. J’ai trouvé que c’était un pari intéressant et motivant en guise d’activité pour ma retraite. Je reste passionné. Il y a un gros défi à relever. J’ai senti qu’il y avait beaucoup de choses à faire même si çà ne se fait malheureusement pas facilement. J’ai dû mal à trouver la coopération avec la Fédération. J’ai fait un an d’études et de prospection » explique celui qui a accompagné plusieurs athlètes lors championnats du Monde et/ou de Jeux Olympiques (tels que les marcheurs Hervé Davaux ou Martial Fesselier).

France élite Aubière YMQ75

Noélie Yarigo aux France Elite indoor

Son ambition est de former des athlètes béninois, qui restent béninois, pour les amener aux Jeux Olympiques. Qu’ils se qualifient en réalisant les minima officiels de l’IAAF, et non pas en bénéficiant de l’universalité olympique (chaque Fédération qui n’a pas de qualifié olympique peut envoyer un athlète, sans condition de minima ; c’est ainsi que la Béninoise Odile Ahouanwanou a participé aux Jeux de Londres sur 100 m haies, 7e de sa série en 14’’76).

« Ma mère me voyait tout le temps courir »

Noélie Yarigo a débuté l’athlé toute jeune. « Ma mère me voyait toujours courir » rit-elle, dans les coursives du Stadium Jean Pellez à Aubière, fin février à l’occasion des France Elite indoor. « A l’école, aux compétitions interscolaires,  j’étais toujours la première. Ensuite, j’ai fait la connaissance d’une fille qui était dans un club et c’est comme çà que j’ai connu l’athlétisme ». Sa progression est toutefois freinée par le manque « d’infrastructures. Nous manquons aussi d’entraîneurs et de concurrence. Il n’y a pas de compétition. Quand on s’entraîne, il faut quand même participer à des compétitions pour progresser. Je suis championne (du Bénin) et la deuxième est souvent cent mètres derrière. Çà ne me fait pas plaisir. J’ai envie de ressembler aux autres championnes, c’est pour çà que j’ai décidé de venir en France » souligne celle qui est détachée de l’armée de l’air pour s’entraîner pour les Jeux  Olympiques.

C’est justement lors d’un championnat national que Claude Guillaume a découvert le potentiel de Noélie Yarigo. « Elle n’avait pas d’entraîneur et cherchait une structure qui puisse lui donner l’occasion de s’exprimer. Elle m’a donc rejoint sur le volontariat. On a continué le chemin et on a passer les étapes progressivement, avec le travail. Elle réalisait déjà de bonnes choses sans s’entraîner de manière régulière et assidue. En s’entraînant un peu plus, elle a fait 2’06’’72 en 2012 » expose t-il.

« Au début, je pensais mourir à cause de la fraîcheur ! »

Avant d’atterrir à Blois le 1er avril 2013, à Running 41, club présidé par l’épouse de Claude Guillaume (on n’avait pas voulu de ses services à l’AJBO voisin souligne ce dernier). Son intégration ? « Au début, je pensais mourir à cause de la fraîcheur. Passer de quarante degrés à zéro a été un vrai choc pour moi ! » explose t-elle de rire.

« Elle parle bien Français, et elle est ouverte, donc il n’y a pas de soucis par rapport à çà. C’est une déconnection pour une Africaine, ce n’est pas facile, mais çà se passe bien » glisse Claude Guillaume, qui reprend : « En France, elle a passé les étapes progressivement, elle a gagné le championnat de France à Bordeaux en 2014 (en indoor, devant Rénelle Lamote). Ça l’a boosté. Elle a fait la même année 2’00’’51. Et en 2015, elle a refait 2’00’’97 à New York en Diamond League. Elle a changé un peu les choses, elle a rencontré d’autres problématiques. On espère qu’elle va continuer sa progression ».

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Noélie Yarigo s’impose aux championnats de France Elite indoor à Aubière fin fin février -le titre reviendra à Lore Hoffman

Rencontré également d’autres environnements puisqu’elle s’entraîne soit en France (« toute seule ; parfois, mon entraîneur m’accompagne en vélo ») ou à l’étranger en stage, comme cet hiver où elle a passé deux mois au Kenya –sa deuxième expérience (« il n’y a pas mieux pour faire le travail en altitude » précise Claude Guillaume).

Tout va donc pour le mieux ? On sent poindre une inquiétude chez le coach. « Elle commence à se décourager » souffle t-il dans les tribunes à Aubière. Noélie Yarigo l’a bien caché, drapé dans son grand sourire après des séries menées sans ciller –elle avait remporté la finale le lendemain, le titre revenant à Lore Hoffman.

Se décourager ?  Car les relations sont difficiles avec la Fédération béninoise. Noélie Yarigo n’a ainsi pas participé aux Jeux Africains à l’automne dernier, pour lesquels elle avait de légitimes chances de podium. « Ça lui a fait beaucoup de mal. Elle s’était investie toute l’année pour çà » regrette Claude Guillaume.

« J’ai envie de transmettre tout ce que l’on m’a appris ici (en France) »

Elle n’a pas non plus disputé les Mondiaux indoor à Portland. Deux compétitions pourtant essentielles afin de se confronter au plus haut niveau mondial. C’est ainsi qu’un voile sourd sur les JO, pour lesquels elle a déjà glané son ticket, en bouclant le double tour de piste en 2’00’’97 à New York l’an passé (les minima de l’IAAF sont fixés à 2’01’’50, et la période de qualification s’étend du 1er mai 2015 au 11 juillet 2016). Claude Guillaume, un brin las, cherche des solutions et tenter de faciliter les relations avec la Fédération…

De son côté, Noélie s’implique dans l’athlétisme de son pays. « J’ai envie de transmettre tout ce que l’on m’a appris ici (en France) » glisse t-elle. Elle ne sait pas encore si elle travaillera dans son pays d’adoption ou dans son pays d’origine une fois sa carrière achevée. « Mais j’aimerais bien retravailler au Bénin ».

France élite Aubière YMQ21

Noélie Yarigo a mis en place une course hors stade dans sa ville à Materi, avec les foulées de la Pendjeri, disputées tous les 1er mai dans le parc national éponyme. « C’est pour motiver les jeunes à faire comme moi. Leur montrer que l’on peut réussir par le sport. On peut étudier, mais faire aussi de l’athlétisme ». Leur faire découvrir la course à pied, tout en détectant aussi les talents. « Il faut que quelqu’un prenne la relève quand j’arrêterai ! » relève t-elle, sourire toujours accrochée au visage.

(BEN). Trois lettres, deux signes de ponctuation. Cinq signes sur les lignes de classements qui ne disent rien du parcours de Noélie Yarigo…

A voir également : le site de l’association pour le développement de l’athlétisme au Bénin (AARASB).

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Yves-Marie Quemener.