VO2
VO2 RUN - Le magazine de toutes les courses à pied !

Londres 2017 : un super Saturday bis…Usain Bolt et Mo Farah battus !

Le London Stadium a fait le plein pour l’avant-dernière  journée de ces championnats du Monde. En sus du titre de Kévin Mayer, Usain Bolt et Mo Farah s’y sont notamment produit pour leur dernière sur le tartan au cours d’une soirée haute en couleur où le public britannique s’est égosillé, bière(s) à la main, à souhait. Et où les scenarii furent complètement piqués !

Il se murmure que même la City –sise à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau- a ressenti les secousses du vibrionnant London Stadium. C’est que les 56 000 spectateurs de l’enceinte britannique (sold out) ont vécu une sorte de super Saturday bis.

Vous savez, ce jour béni que les Britanniques ont rebaptisé ainsi pour saluer les trois médailles d’or olympiques glanées le samedi 4 août 2012 par Jessica Ennis-Hill (heptathlon), Greg Rutherford (longueur) et Mo Farah (10 000 m). Seul ce dernier était encore en lice cinq ans plus tard.

Cela avait débuté lors de la session matinale avec une enceinte pleine jusqu’aux cintres et plus de 56 000 fans. Histoire de profiter une dernière fois de la foulée d’Usain Bolt si un quelconque avatar venait frapper le quatuor jamaïcain. Mais il n’en fut rien, et les traders de la City avaient pour consigne de se calfeutrer sous leurs bureaux, quitte à y laisser quelques liasses de billets, entre 20 heures et 22 h heure de Greenwich.  Car la secousse fut violente.

Une orgie d’athlé, et de grosses finales, comme on picore sur les marchés londoniens à tous les stands des cuisines du monde entier. Jusqu’à plus soif et s’en faire exploser la panse.

Rarement l’expression clap de fin n’aura été aussi approprié, au regard de l’immense ovation qui a accompagné les derniers pas sur la piste d’Usain Bolt…et de Mo Farah, le Britannique se tournant désormais vers la route.

Ambiance (complètement) enfiévrée

Chauffé à blanc par le concours de la hauteur où figuraient deux représentantes de la couronne britannique, Morgan Lake et Katarina Johnson-Thompson, le London Stadium a hurlé son attachement à Mo Farah, qui, surexcité, harangua son public à son entrée sur la piste.

L’athlète né à Mogadiscio en Erythrée a bouclé son invraisemblable cinquième « double double » en championnats planétaires depuis les Jeux de Londres en 2012, à savoir remporter le 10 000 puis le 5 000 m dans la foulée de…

Mais, mais, stupeur dans le London Stadium ! Au terme d’un final ébouriffant, Farah, enfermé, bien que tentant de s’infiltrer à l’intérieur et porté par la frénésie de tout un stade, a été battu par l’Ethiopien Muktar Edris. Oui oui, vous lisez bien, battu !

Six ans que ça ne lui était pas arrivé en grands championnats ! Et une défaite en 2011 à Daegu sur le 10 000 mètres, face à Ibrahim Jeilan, avant qu’il n’entame sa folle invincibilité.

Il fut pourtant transporté par des tribunes en transe, se levant à chaque tour telle une interminable ola, et pour qui les concours de la hauteur et du javelot disputés simultanément n’avaient dès lors plus aucune espèce d’importance.

Pour l’emporter il aurait fallu qu’il boucle le dernier mille en moins de 2’21’’ (Edris a réalisé 2’21’’04 ; Farah 2’21’’98), comme à Pékin il y a deux ans

Une défaite qui n’effacera pas d’un trait (les chronos finaux demeurent stratosphériques) LA question : ses titres et ses deux médailles d’argent lui seront-ils retirés dans un futur proche ? Et si oui, dans combien de temps ? Le véritable exploit sera peut-être là…

Car la pression s’est accentuée ces derniers temps, lorsque les Fancy Bears ont publié un document soulignant que les données de son passeport biologique fin 2015 laissaient présumer un dopage avant que son profil ne soit jugé « normal » quelques mois plus tard.

La versatilité et la ferveur du public anglais va manquer

Bref, comme Farah, Usain Bolt n’était pas parvenu à se couvrir d’or pour ses adieux en individuel, sur 100 m. Il ne le fit pas non plus sur le relais 4×100, dont même les mêmes scénaristes les plus délurés n’auraient pas pu coucher le script.

Qui aurait pu imaginer l’octuple champion olympique se blesser (une grosse crampe a priori) pour sa toute dernière apparition sur le tartan ? Stupéfaction aussitôt supplantée par un râle assourdissant saluant la victoire du squad britannique, dans une finale où les Français (5e) n’ont pas existé, réalisant comme à Pékin un chrono moins bon qu’en séries (il serait peut-être vraiment temps de se pencher sur l’efficience de ces relais, par delà les jolis paroles face caméras et micros, non ?)

Quelque peu refroidi suite à l’argent de Farah, le public devint soudain extatique, assommé par un maelström d’émotions, mêlant l’immense joie pour son relais et l’immense affliction pour Usain Bolt, sorti boitillant par la petite porte.

Quels scénarii pour l’avenir ?

Il faudra échafauder meilleures trouvailles (et cette fois-ci, peut-être convoquer les meilleurs scénaristes) qu’une épidémie de gastro-entérite et la tragi-comédie ayant entouré le Botswanais Isaac Makwala (ce qui aura au moins permis de mettre au second plan ses performances de l’année et un improbable 19’’77 sur 200 m et 43’’92 sur 400 accompli dans le même meeting) pour que le grand public se trouve de bonnes raisons d’allumer sa télé et de se rendre au stade dans les années futures.

A commencer à Doha à l’occasion du prochain rendez-vous planétaire, en 2019, dont les conditions d’attribution ont été contestées (mais l’IAAF est parvenu à circonscrire l’incendie en attribuant en dépit de tout procès de candidature habituellement à l’œuvre l’édition 2021 à Eugene).

Doha où, sans même parler de l’infinie ineptie de la surchauffe annoncée, on risque certainement de regretter la versatilité (lire ici) et la ferveur du public anglais, acclamant par exemple les 67,97 mètres au javelot de son décathlonien Ahsley Bryant (de même que les 71,73 m de l’Estonien Janek Oiglane en début de soirée) au beau milieu de l’après-midi comme le but de l’année d’Andy Caroll, l’un des attaquants vedettes de West Ham, qui dispute depuis l’an passé ses matches à domicile au London Stadium.

Doha, où l’hymne russe pourra derechef retentir ? La Russe Maria Lasitskene a en effet remporté un très joli concours de hauteur, mais elle concourrait sous bannière neutre, son pays étant actuellement suspendu par l’IAAF…C’est donc l’hymne de la Fédération internationale, qui bien entendu, n’a jamais eu rien à se reprocher, a été joué…

L’hymne français fut aussi entonné, à l’issue de ce relais dément au milieu du tour d’honneur des Britanniques, et pour la deuxième fois cette semaine. Après Pierre-Ambroise Bosse, ce fut en l’honneur d’un Kévin Mayer ému aux larmes.

Un peu d’humain, ça ne fait pas de mal pour clôturer cette folle soirée.

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Getty Images © Copyright