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Londres 2017 : Quentin Bigot, « un truc à jouer »

Après avoir passé sans sourciller le cap des qualifications mercredi (à son premier jet, 76,11 m), Quentin Bigot est en finale vendredi soir du lancer de marteau. Où l’athlète coaché par Pierre-Jean Vazel a toutes ses chances.

L’histoire du dopé repenti attire les médias. Mardi dernier, au 12e étage de l’hôtel l’équipe de France, sis près de Tower Brige et qui offre une jolie vue plongeante sur la City, la grande majorité de la presse écrite française, en sus de quelques télés, était présente pour écouter le lanceur lorrain.

Deux jours auparavant, Justin Gatlin avait enlevé le 100 mètres et gâché les adieux d’Usain Bolt, aux yeux de nombreux spectateurs et médias du monde entier.

Gatlin, c’est deux suspensions pour dopage, dont la seconde de quatre ans, et un niveau encore supérieur une fois celle-ci purgée, à plus de trente passées (notamment son année 2015, lire ICI et LA).

Forcément, les parallèles ont été dressés. Quentin Bigot, comme il le fait depuis son retour, y répond toujours placidement.

« Je mets tout en œuvre pour prouver que je suis redevenu propre »

« On est quand même radicalement différent sur ce qui s’est passé. Il a été contrôlé positif deux fois. Je tiens à dire que dans une telle situation, je suis favorable à la suspension à vie. Après ce que j’ai vécu derrière mon contrôle positif, on m’a aidé à me reconstruire. Celui qui retombe dedans, on ne doit pas lu faire de cadeau ». 

L’accueil plutôt froid de la part de certain-e-s en équipe de France ? « Ils ont été froids au bon moment, au début quand j’ai été suspendu. Et c’est juste. Mais ils ont aussi compris mon histoire. Ils ne m’ont peut-être pas pardonné mais ils ont compris. Ils veulent avancer et moi aussi. Ça se passe aujourd’hui très, très bien avec l’équipe de France. Peut-être même mieux que ça ne se passait avant. J’ai quand même l’impression que l’on m’en parle de moins en moins. Les choses se tassent. De mon côté, je mets tout en œuvre pour prouver que je suis redevenu propre. Dès mon arrivée ici, j’ai demandé le passeport biologique. Je tiens à me faire contrôler pour prouver ma bonne foi. Pendant ma suspension j’ai envoyé de nombreux mails à l’AFLD pour être sur la liste cible. C’est important à mes yeux, car c’est la seule manière de démontrer que je suis propre. Cette saison, j’ai été assez régulier et ma meilleure perf a été réussie aux championnats de France. Ce sont des gros indicateurs par rapport à ce que je faisais il y a trois ans ».

« Avec Pierre-Jean on a concocté la recette pour faire un bon gâteau et c’est maintenant qu’on devrait le manger et c’est important qu’il soit à mes côtés »

Ce qui attire aussi les médias, c’est le binôme qu’il forme avec Pierre-Jean Vazel depuis maintenant deux ans (lire ou relire à ce propos notre magazine de l’automne dernier, où nous avions interrogé le duo).

« Son premier impact a été sur le plan psychologique. Quand il m’a récupéré en août 2015, je sortais de ma formation de conducteur de train, je n’étais pas totalement prêt à reprendre le chemin du très haut niveau. Il m’a redonné confiance. Ce que j’avais pris avant ne faisait pas 99% de mes performances. Il m’a redonné confiance en moi pour repartir sur de bonnes bases. Il avait en plus un œil neuf sur la discipline, ça m’a beaucoup plu. Il m’a donné des conseils en préparation, en nutrition et en récupération. Avant je n’avais pas d’équipe médicale (kiné, ostéo etc…) autour de moi. Il m’a permis de mettre beaucoup de voyants au vert. Finalement, ce n’est pas pour le marteau que je suis allé le chercher, c’est plus pour tout ce qu’il y a autour. Car même avant, j’ai toujours été très autonome sur le lancer. Avec Pierre-Jean on a concocté la recette pour faire un bon gâteau. On devrait le manger maintenant, et c’est important qu’il soit à mes côtés ».

« Les retrouvailles avec Pierre-Jean »

Celui-ci officiant depuis l’automne à Shanghai en tant que head coach au sein de la structure Altis., le duo ne s’était pas vu physiquement depuis un an.

« C’était un peu les retrouvailles quand je suis arrivé à Londres samedi (dernier). On dialoguait par Skype. C’était plutôt émouvant car on a beaucoup discuté, échangé et travaillé à distance. Ça reste quand même un manque car à Metz je suis tout seul à lancer le marteau à ce niveau-là. Logiquement, il devrait me rejoindre en Moselle l’année prochaine » racontait Quentin Bigot mardi.

Plus prosaïquement, le lanceur attire aussi les médias car il est outsider pour une chance de médaille. Alors autant avoir des billes en cas de podium.

Il y avait moins de monde l’an passé pour dénoncer l’inextricable situation dans laquelle il se trouvait : son retour de suspension s’achevant quelques jours après les championnats de France, il ne pouvait de facto y prendre part. Sauf que, excepté raison médicale, la Fédération requérait la participation aux France comme une condition sine qua non pour rallier Rio et les Jeux Olympiques.

Bien des pointes ont crissé depuis sur le tartan…Bref, place au présent, désormais.

« Il est vraiment précis sur la technique »

Et ça fonctionne. Le Messin, très autonome, a la propension de ressentir les choses quand il lance. « Il est vraiment précis sur la technique. Il sait exactement les fautes qu’il fait. La vidéo et mon regard ne font que confirmer ce qu’il a senti et ce qu’il sait déjà. Avec d’autres athlètes qui ne savent pas ce qu’ils font, ça ne serait pas possible à distance » nous disait Pierre-Jean Vazel dans VO2 Run.

Quentin Bigot est monté en puissance durant toute la saison, avec une série impressionnante de régularité aux championnats de France, où il s’imposa avec un meilleur jet de 77,87 m et un moins bon de 76,40 m.

Sans ciller, il confirma mercredi lors des qualifications, où il composta son billet pour la finale dès sa première tentative (76,11 m).

« Mon retour est terminé depuis longtemps. J’ai montré à travers toutes les compétitions auxquelles j’ai participé que je pouvais lancer à plus de 77 m de façon régulière. Psychologiquement, toute cette histoire est derrière moi » disait-il mercredi.

Fort de ses 77,87 m, il figure au 8e rang d’un bilan mondial outrageusement dominé par Pawel Fajdeck. Le Polonais détient les neuf premières performances mondiales de l’année. Mais derrière, les écarts sont ténus, et tout sera possible.

« Il y  a un truc à jouer mais je ne vais pas me mettre de pression. Je ferai les choses posément comme je le fais depuis deux ans. Il n’y aucune précipitation dans ma tête ».

Texte : Quentin Guillon.

Photo : Facebook Quentin Bigot.