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Les nouvelles running de Nike : un rendement amélioré de 4% ?

Nike s’est offert une gigantesque campagne de pub gratuite avec le projet Breaking 2 et le stupéfiant chrono réalisé à Monza le week-end dernier par Eliud Kipchoge sur un marathon monté sur mesure (2h00’25’’).

Parmi les facteurs ayant influencé sa performance, il fut largement question de ces fameuses Zoom Vaporfly Elite, avec une semelle de carbone en forme de cuillère projetant vers l’avant, nouveau modèle censé apporter un rendement amélioré 4% (tel que l’indique d’ailleurs le modèle qui va être commercialisé auprès du grand public, joli coup marketing une nouvelle fois… (1) ). Mais d’où vient ce chiffre ? Et ce meilleur rendement de 4% s’évalue à l’aune de quel(s) modèle(s) ?

Un article publié en début de semaine sur Runner’s world –l’un des (très) rares médias choisis par Nike ayant bénéficié d’un accès privilégié depuis le tout début du projet Breaking2- offre quelques éléments de réponse.

Un résumé (protocole et conclusion) d’une étude –qui sera présentée fin mai lors de la conférence annuelle de l’Américan College of Sports Medicine à Denver  – a en effet été dévoilé. L’étude a été chapeautée par Wouter Hoogkamer, ainsi que Geng Luo (membre de Nike).

Premièrement, la Zoom Vaporfly 4% a été comparée à un autre modèle de la firme américaine, la Zoom Streak 6, mais également à l’Adidas Adios Boost 2 (car il s’agissait du modèle porté par l’actuel recordman du Monde officiel du marathon Dennis Kimetto, a argué Hoogkamer).

L’Adios 2 pèse 250 grammes, soit environ 50 grammes de plus que la Streak et la Vaporfly, alors que la version commercialisée en juin est encore plus légère, 185 grammes, précise l’article de Runner’s world.

Une étude menée sur 18 coureurs

18 coureurs, affichant une référence inférieure à 31’ sur 10 km (en altitude, à Boulder, sis à 1 600 m) ont été choisis pour mener l’étude. De solides coureurs afin que les vitesses soient (relativement) proches de celles du projet Breaking 2 en vue de « fiabiliser » les résultats (rappelons que Kipchoge est passé en 28’21’’ aux 10  km…).

Chaque coureur a couru six séries de cinq minutes (seul), en portant chaque paire de chaussures à deux reprises (et au hasard), et a vu sa consommation d’oxygène mesurée afin de déterminer l’énergie dépensée.

Ce dispositif a été répété à trois reprises, sur plusieurs jours et avec des vitesses différentes (6’54 au mile, 6’02 et 5’22 ; Kipchoge a de son côté couru à une moyenne de 4’35 au mile).

Eliud Kipchoge à Monza (Photo Twitter Nike)

Les données en oxygène ont ensuite été converties en coût métabolique, exprimé en watts par kilo de poids de corps. C’est ainsi que l’étude a montré que le coût métabolique de la Vaporfly était de 4% inférieur à celui de la Streak (16,45 W/kg contre 17,16 W/kg), en agrégeant la moyenne des trois différentes vitesses (le résultat fut peu ou prou le même sur chacune des trois vitesses différentes).

Quand à l’Adios, elle affiche un coût énergétique sensiblement similaire à celui de la Streak (17,14 W/kg).

D’autre part, pour 12 des 18 coureurs testés, l’amélioration du rendement s’échelonne entre 2,7 à 5,3% (en faveur de la Vaporfly s’entend) – les six autres présentant des résultats inférieurs ou supérieurs à ces chiffres.

Un coureur ne « réagit » pas de la même façon à un type de chaussure

Ce qui met en exergue l’aspect suivant : un coureur ne « réagit » pas de la même façon à un type de chaussure. Le meilleur exemple est Kenenisa Bekele, qui n’avait pu suivre le rythme de la course à Londres en avril dernier (avant de revenir très fort dans le final), invoquant une adaptation de sa foulée à ses nouvelles chaussures. Nike avait ensuite réagi, soulignant que Bekele portait les Zoom Vaporfly 4% (comme à Berlin en septembre où il avait été tout proche du record du Monde, avait aussi précisé la marque, mais qui dit vrai ?), et que le modèle Elite était strictement réservé aux « Breaking2 athletes ».

D’autre part, il faudrait que l’étude soit « poussée » sur des efforts types marathon (le test fut 6×5 minutes, pour rappel) afin de mesurer le réel impact de la chaussure sur l’effort longue durée, où l’endurance musculaire est une donnée prépondérante dans la (non)performance. La Vaporfly, ou n’importe quel autre modèle, peut-elle(il) faire diminuer « le coût musculaire », et, corollaire, faire gagner de précieuses/minutes sur marathon ?

(Avant)dernière remarque, avec comme prémisse un rendement amélioré de 4%, Kipchoge, sans les Vaporfly, aurait couru à Monza en 2h05’14’’ (son record officiel, et dans des conditions pas aussi optimales qu’en Italie, est de 2h03’05’’), ce qui tend à relativiser l’apport des chaussures…d’autant que Desisa et Tadese les portaient également, et ne sont pas parvenus à suivre le tempo endiablé de 2’50’’ au kilo.

Au final, il faudrait que d’autres études viennent confirmer/infirmer ces résultats, études indépendantes surtout pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêt, puisque Nike est impliqué dans celle-ci.

(1) Gigantesque campagne de pub dans la mesure où un modèle grand public, la Zoom Vaporfly 4%, va bientôt être commercialisé. Le modèle Zoom Vaporfly Elite est un prototype qui a été uniquement utilisé par Eliud Kipchoge, Lelisa Desisa et Zersenay Tadese dans leur tentative des moins de deux heures. Adidas a également lancé son propre modèle, Adizero Sub2, dont le rendement serait amélioré d’1% par rapport à l’Adios 2.

A lire également, notre longue enquête, « Conte et décompte » sur les moins de deux heures sur marathon, avec des intervenants provenant d’horizons variés (des chercheurs et physiologistes tels que Grégoire Millet et Véronique Billat en passant par les athlètes, Benjamin Malaty ou Timothée Bommier, de même que les entraîneurs à l’image de Jean-François Pontier), et nous revenons sur ces problématiques.

A COMMANDER ICI !  Pour le sommaire complet de ce numéro 250 spécial marathon, c’est par là.