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La « fierté » d’Emilie Menuet

Emilie Menuet revient sur sa performance lors de la coupe d’Europe de marche, qui lui a permis de réaliser les minima pour les championnats du Monde de Pékin (22-30 août) sur le 20 km (1h32’20’’). Cela faisait 12 ans qu’une marcheuse française ne s’était pas qualifiée pour un grand championnat !

En 2014, Emilie Menuet avait entraperçu le lac de Zurich. Il s’en était fallu de trente et une petites secondes pour qu’elle décroche son billet pour les championnats d’Europe (1h35’16’’ à Podebrady, pour des minima à 1h34’45’’).

A Murcie en Espagne dimanche 17 mai à l’occasion de la coupe d’Europe de marche, la courbe s’est inversée. « Il faut être patient pour que ça tombe du bon côté » sourit la marcheuse de l’AJ Blois-Onzain, 23 ans, et qui a mis une claque à son précédent record – presque trois minutes (1h32’20’’) pour descendre sous le temps qualificatif pour les Mondiaux de Pékin (1h33’).

Pascal Chirat, manager de la marche auprès de la FFA, ne dit pas autre chose. « On savait depuis quelques années que le potentiel d’une ou deux filles se situait dans ces eaux-là. L’an dernier, ça ne s’était pas fait. Ça montre que dans les épreuves de durée, il faut attendre longtemps avant de tirer le bénéfice complet de tout l’entraînement. Ça faisait un moment qu’elle tournait autour ».

Et de poursuivre : « En marche, on aime bien que les progressions se fassent par palier. Avant de lui mettre en tête les minima, je lui disais : “il faut absolument que tu fasses 1h34’, quelque chose qui ne soit plus 1h35’ ou 1h36’“. Je pense que ça été une bonne chose car elle a eu zéro pression. Ça n’était pas : soit elle fait les minima, soit c’est un échec total. Elle a pu prendre son pied toute la course car ça allait bien. J’ai commencé à lui parler des minima qu’à partir du 12e km, au moment où elle commençait à fléchir un peu. Et elle est allée au bout sans problème ».

« En confiance »

« J’étais en confiance avant la course pour battre mon record » reprend Emilie Menuet, « mais peut-être pas le battre d’autant. Je suis très contente. J’ai bien maîtrisé du début à la fin. J’ai été plutôt régulière sur le premier 10 km, en 46’05, puis 46’15 sur le second (46’02’’ et 46’18’’ en fait, ndlr). Je n’ai pas trop ralenti sur le 2ème. C’était un peu plus vite que la base des minima mais je me sentais bien et il y avait les filles à aller chercher devant. Je me suis accrochée à ces allures » raconte l’athlète coachée par Marc Glaudel, en difficulté en mars dernier lors des championnats de France de 20 km à Arles (3e en 1h37’47’’).

« J’étais arrivée un peu fatiguée, j’étais tombée malade la semaine d’avant, je m’étais aussi fait un peu mal au dos. J’ai fait la course pour assurer la qualif à la coupe d’Europe mais je n’étais pas dans les meilleures conditions. Je ne me suis pas franchement inquiétée, on a tous des moments où l’on est moins bien. Et sur les longues distances, on peut vite avoir des défaillances » poursuit la championne de France indoor du 3 000 m, qui a également mis une claque à son record sur la distance au premier tour des Interclubs (12’35’’47 contre 13’09’’81 en plein air et 13’02’’36 en indoor).

« Une autre dimension »

D’autant qu’Emilie Menuet est actuellement dans la dernière ligne droite pour décrocher son diplôme de kiné, études qu’elle mène de front, à Orléans, avec son entraînement. Là aussi, il faut garder un contact permanent avec le sol pour ne pas dégoupiller et basculer de l’un à l’autre…

« En avril, j’avais des examens et mon mémoire à rendre. Cet hiver, j’étais arrivée fatiguée aux championnats de France car tout faire en même temps n’est pas évident. Là, j’ai essayé de faire de la qualité à l’entraînement sans non plus trop en faire, pour garder de la fraîcheur. A Murcie, les examens étaient passés, j’étais donc un peu soulagée. J’ai encore deux semaines de stage à l’hôpital puis la soutenance de stage à l’oral, mais je n’ai plus de cours ni de choses à réviser ».

De quoi se préparer dans les meilleures conditions pour les championnats du Monde de Pékin, avec notamment un stage prévu à Font Romeu en juillet. « Ça va être un peu tout nouveau. J’ai fait les championnats en juniors et en espoirs (1), mais là, ça va être une autre dimension. L’objectif sera d’être le plus performant possible mais je pense que ça va quand même être impressionnant. Il va falloir assurer. C’est aussi une fierté par rapport à mes proches, mon entourage d’aller là-bas ».

Exception pour les minima

Voilà surtout plus de dix ans qu’une marcheuse tricolore n’avait pas pris part à un grand championnat, depuis Fatiha Ouali aux Mondiaux à Paris en 2003 (19e en 1h34’01’’). « Ça faisait plusieurs années que je disais à la Fédération qu’à force de ne plus avoir de filles dans les grands championnats, on installait progressivement l’idée qu’ils ne leur étaient plus accessibles. Et pour que des filles se qualifient, il fallait peut-être faire une exception à la règle des seize meilleures mondiales à trois par nation pour établir les minima, et les redescendre, afin de créer une motivation chez les filles. On va en avoir une qui se qualifie, et le but est de montrer aux autres Françaises que ce sont des niveaux de performance qui ne sont pas inatteignables.  C’est pour ça que les minima étaient un peu élevés chez les filles que les garçons » explique Pascal Chirat.

L’année passée, Emilie Menuet soulignait sa volonté de tendre vers les 1h30’ « pour pouvoir bien figurer dans les grands championnats ».

La voilà qui s’en rapproche. « Il faut d’abord stabiliser ce palier, c’est-à-dire refaire ce type de performance (1h32’) pour inscrire ce niveau dans la régularité » précise Pascal Chirat. Il sera ensuite temps de mettre en place les conditions d’entrainement idoines pour songer à ces 1h29’-1h30’ et ainsi frayer dans la cour des grandes (11 marcheuses sous les 1h30’ à Murcie).

(1) championnats d’Europe juniors en 2009 (disqualifié sur le 10 km) ; championnats du Monde juniors en 2010 (19e du 10 km) ; championnats d’Europe espoirs en 2011 (7e du 20 km) ; championnats d’Europe espoirs 2013 (10e du 20 km).

 

Photo de une : Emilie Menuet à la coupe d’Europe 2014 à Podebrady (Photo Emmanuel Tardi)