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Clément Leduc dans un vent de fraîcheur et un train de vainqueur

Demi-finales nationales de cross à Laval. Né dans un pays où l’on court avant de naître, l’Ethiopie, le Nantais Clément Leduc a couru dans un « train » de vainqueur, porté par un vent de fraîcheur…

Lorsque rien n’est écrit, il est permis de rêver… Surtout dans une boue où chaque foulée est aussi éphémère qu’un pas vers la victoire… Ceux de Clément Leduc (Nantes MA) ne sont pas dérobés au moment de répondre à l’ultime attaque d’Anthony Guillard (ABV Les Herbiers). Pourtant, le jeune homme (20 ans, le 21 avril prochain) est tout juste espoirs. « J’ai gagné grâce à mes capacités à tenir un train, expliqua le Nantais. J’ai juste suivi, sans me fatiguer, sans être dans le dur, et j’ai contre-attaqué lorsque j’ai vu qu’il ne restait plus de 400 m. » Une tactique que ses aînés d’Addis-Abeba distillent avec une certaine maîtrise sur la piste et dans les champs de cross. Encore fallait-il tenir le rythme imposer par les L’Hommelet, Dodé, Coeffier et Guillard sur la totalité des 9970 mètres (les résultats ici).

Une distance où il présente des chronos intéressants sur la route (31’26 au 10 km) et sur la piste (30’57’’03). Dans l’estocade finale, c’est surtout son récent record sur 1500 m en salle (4’04’’19) qui lui a permis de sortir de son train de sénateur. « Au départ, je ne savais pas qui allait me poser le plus de problèmes entre Julien Moreau (champion régional 2017) et Anthony Guillard, révélait Clément à son arrivée. Par contre, j’avais le statut d’outsider. J’ai donc couru sans pression. Je savais que si j’étais encore avec eux à la fin, je pouvais compter sur mon finish. Et c’est ce qui s’est passé… »

Anthony Guillard (ABV Les Herbiers) a fait ce qu’il a pu face au sens tactique de son jeune vainqueur. « Lorsque j’ai vu le parcours, je me suis dit que la course allait se dérouler dans des conditions que j’apprécie. Après, je n’étais pas rassuré sur mon état de forme. Je n’avais pas pu m’entraîner comme je le voulais depuis Challans. L’idée était d’arriver avec de la fraîcheur et de voir comment j’allais m’en sortir… À mi-course, j’ai fait un peu le ménage, mais je n’avais pas assez de jus pour partir… Je savais que Clément était un vrai pistard et j’ai joué ma dernière chance dans le dernier kilomètre. Mais une fois sur la piste, son accélération a été fatale… Maintenant, lorsqu’il y a une place, il faut la prendre, et je suis content d’être deuxième. »

« C’est énorme !!! » A l’image de la course de Sébastien Coeffier (OVA Challans/Les Sables) que personne ne voyait capable de réaliser une telle prestation, finalement synonyme de troisième place sur le podium. « C’est énorme », lâchait une nouvelle fois, le Sablais. « Je me sentais bien dans la boue, mais c’est complément une surprise. J’ai couru sans faire attention aux autres, et je ne voyais pas que certains étaient en difficulté… Et puis, la course s’est faite toute seule et tout c’est ouvert devant moi… » Une ouverture que Sébastien a pris le temps de mesurer sur l’échelle de son état de forme : « Entre 8,5 sur 10, confiait-il. Par rapport aux France, j’ai peut-être fait ma course parfaite à Laval… »

Saint-Galmier, c’est dans trois semaines. Et que ce soit pour Clément, Anthony et Sébastien, le train du vainqueur des prochains championnats de France les mettra dans le vent…

Leduc est un roi, Clément son prénom

Deux coupes dans les bras, Clément Leduc n’hésite pas à choisir au moment de désigner celle qui l’a couronné roi. Certes, c’est juste du Centre-Atlantique. Car de France, il n’a jamais été titré. « C’est seulement cette année que je me révèle, confie le jeune homme. Avant, je me considérais plus comme un spécialiste du 10000 m (30’57’’03, l’an passé en juniors). Depuis, cet automne, il y a eu comme un déclic et je me sens crossman. »

Pour sa première saison en seniors, l’espoir qu’il est devenu à bientôt 20 ans a remporté la course élite. De mémoire, même en remontant jusqu’au siècle dernier, aucun nom ne semble avoir réussi cette performance. « Ce titre me fait plaisir, car l’année dernière, j’avais fait deuxième juniors aux Inters, rappelle-t-il. Mais je dois dire que les meilleurs seniors n’étaient pas là. Donc, pour moi, ce n’est pas une vraie victoire interrégionale. »

Il faut dire que l’élève de Patrice Binelli garde les pieds sur terre. « Le niveau est élevé en espoirs et il y a de la densité. Pour les France, cela va être une grande loterie. » Car entre les Europe de cross juniors « 37e et 6e de l’équipe », rappelle le Nantais, et les performances des athlètes espoirs « lors du stage au Portugal » – ce qui explique son absence aux Régionaux de Challans; Clément connait sa place. « Petit à petit, je me rapproche d’eux, mais il suffit de voir ce qu’ils ont fait aux Europe pour se rendre compte que globalement, ils sont meilleurs que moi. »

Dans l’attente, Clément connait aussi « sa marge de progression ». Peut-elle lui permettre d’espérer une troisième sélection internationale pour 2017 ? « Il y a les championnats d’Europe d’espoirs sur 10000 m, mais les minima (29’10) sont élevés… Je pense qu’il faudra attendre les Europe de cross. » En décembre dernier, avec l’équipe France de juniors, Clément est monté sur la plus haute marche. Etre roi, se partage aussi.

Texte et photo : Bruno Poirier.

Tous les résultats des demi-finales des championnats de cross : ICI.