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Blancheteau et Trebaul, la marche du renouveau

Les espoirs Enora Trebaul (22 ans) et Jean Blancheteau (20 ans) ont remporté les titres nationaux Elite sur le 3 000 m marche et 5 000 m marche à Aubière. 

En l’absence d’Emilie Menuet, la course s’annonçait très ouverte sur le 3 000 m marche féminin, tant la marge de la Blésoise est patente (près d’une minute au bilan 2016 sur la distance avec un nouveau record de France). Celle qui a pris part aux Mondiaux à Pékin sur 20 km l’été dernier a contracté « une douleur à l’ischio » l’ayant obligée à « stopper l’entraînement durant une dizaine de jours. Je viens tout juste de reprendre et je ne veux pas prendre le risque de marcher ce week-end. L’objectif principal de l’année étant de réaliser les minimas pour les JO sur le 20km, je préfère être prudente pour effectuer une saison pleine sur la route… ! » a-t-elle souligné sur sa page Facebook.

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Enora Trebaul en a profité pour glaner son premier titre chez les seniors, en battant au passage son record personnel (13’40’’99). « J’étais troisième au bilan. Je n’étais pas très confiante car je suis malade depuis quelques temps. Et j’ai une douleur au nerf sciatique depuis plusieurs semaines qui ne passe pas. Mais quand j’ai finalement vu que les jambes étaient là, je n’ai pas hésité » narre la sociétaire du Pays de Landerneau, 22 ans mardi et championne de France espoir le week-end dernier à Rennes.

Transfuge du demi-fond

Enora Trebaul a bifurqué vers la marche il y a seulement trois ans, après avoir débuté par les cross et le demi-fond. « Des copains faisaient de la marche depuis pas mal de temps et j’avais envie de voir autre chose. J’ai fait tout de suite des bonnes perfs » raconte la marcheuse coachée par Gildas Porzier – qui l’entraînait également lorsqu’elle faisait du demi-fond.

Enora Trebaul, en deuxième posiition

Enora Trebaul, en deuxième position

« J’ai passé un cap au niveau des entraînements. Je m’entraîne maintenant tous les jours. L’objectif est aussi de travailler le foncier pour le 20 km » relève Enora Trebaul, qui disputera les championnats de France de 20 km dans deux semaines (à Saint Sébastien sur Loire), et espère décrocher sa sélection pour la coupe du Monde par équipes de la spécialité (7 et 8 mai à Rome)

« J’aimerais bien me rapprocher des 1h40’, alors que l’idéal serait de descendre sous cette marque. Quand on voit Emilie (Menuet) qui marche depuis plusieurs années et qui continue à progresser, c’est motivant et ça donne envie » souligne l’étudiante en dernière année d’école d’infirmière, qui possède un record de 1h44’21’’ sur la distance.

Duel entre Jean Blancheteau…et le champion du Monde 2013 Robert Heffernan

Chez les hommes, le 5 000 m marche a donné lieu à un très joli mano a mano entre le champion du Monde du 50 km marche (2013) irlandais Robert Heffernan, et l’espoir première année Jean Blancheteau.

Le premier s’est imposé en 19’40’’21, après avoir placé une franche accélération à deux tours de l’arrivée, tandis que le second a (déjà) décroché son premier titre Elite, très gros chrono à la clé (19’45’’22), à douze secondes du record de France espoir (Anthony Gillet, 19’33’’42 en 1998).

« J’avais le record de France un peu en tête. Je suis passé sur les bases à la mi-course puis j’ai vu que ce n’était plus possible. Je suis déjà très content, ça me suffit. Il me reste du temps, je suis espoir 1. J’étais un peu stressé car ça fait une semaine que j’étais un peu malade ». Ces multiples quintes de toux sont d’ailleurs là pour en témoigner…

L'espoir Axel Mutter, 5e

L’espoir Axel Mutter, 5e

« C’est avant tout un compétiteur. Si Heffernan n’est pas là, il ne fait pas la même perf. Il a un gros mental et il ne lâche rien » éclaire son coach Eddy Riva. En atteste son visage, ceint par la douleur dès la mi-course…mais qui ne l’a pas empêché tenir bon jusqu’au bout.

Le coach l’a découvert en stage national il y a quatre ans et fut d’emblée séduit par son état d’esprit et son exigence, passeport vers la réussite en marche encore plus qu’ailleurs. « Il est hyper motivé. Travailler fort ne lui fait pas peur ».

« J’ai vraiment hâte de faire un 50 km »

Le jeune marcheur reprend posément : « Marcher avec Robert était spécial. C’est très motivant.  Le  5 000 m, ce n’est pas vraiment sa distance, et ce n’est pas vraiment comme le 50 km ».

Le 50 km, justement la distance pour laquelle Jean Blancheteau est particulièrement attirée. « J’ai vraiment hâte d’en faire un ».

Les débuts sont prévus le 2 octobre à Berlin, dans la foulée d’une saison axée sur le 20 km. Car Jean Blancheteau est désormais espoir, après avoir brillé l’an passé dans les rangs juniors, entre un record de France sur le 10 km (41’11’’, lire ici) suivi d’une quatrième place aux championnats d’Europe de la catégorie, sur la même distance, mais sur la piste cette fois-ci (41’14’’75). « C’est une année de transition. Le 20 km, je ne maîtrise pas encore tout à fait, c’est une découverte ».

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Une découverte qui s’est soldée en octobre dernier par un nouveau record de France espoir (alors qu’il n’était que junior), sur la piste qui plus est (1h23’48’’3) !

« J’aimerais bien participer à la coupe du Monde (seniors) sur le 20 bornes. Il faut terminer dans les cinq premiers. C’est faisable » indique celui qui est en classe prépa polytechnique, en vue d’intégrer une école d’ingénieur (« c’est un passionné de biologie » glisse Eddy Riva). Inconciliable avec un entraînement de haut niveau ?

« Un sport individuel à progression collective »

Non, car il effectue ses études en trois années au lieu de deux, grâce à la structure mise en place à Nancy et drivée par Eddy Riva, lui-même ex international sur 50 km (on vous en parlait ici). Un Eddy Riva qui se « plaît » aussi à transmettre son expérience, se muant ainsi parfois en papa poule (« je lui dis de se couvrir quand il fait froid etc…Mais il n’a pas encore pris conscience de tous les petits détails » sourit-il) afin de lui faire gagner du temps. A Jean Blancheteau, mais aussi aux six autres marcheurs du pôle nancéen, et, plus globalement, à toute la nouvelle jeune génération montante. A l’instar du prometteur cadet David Kuster, disqualifié aujourd’hui, et qui fut longuement réconforté par le manager national de la marche Pascal Chirat et Eddy Riva ont longuement discuté.

Eddy Riva résume : « C’est un sport individuel à progression collective. La dynamique permet à chacun d’être tiré vers le haut. Jean joue le rôle de moteur ». Il a par exemple entrainé dans son sillage Thibault Hypolite, 17e aux Europe juniors l’été dernier.

« Il y a encore beaucoup de boulot à mettre en place » conclut l’affable ex international, notamment 11e des Mondiaux 2003 à Paris et 13e à Osaka en 2007. Certes, mais le moteur vrombit déjà (très) fort.

Les résultats du 3 000 m marche féminin : cliquez-ici.

Les résultats du  5 000 m marche masculin : cliquez-ici.

Texte : Quentin Guillon.

Photos : Yves-Marie Quemener.