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Benjamin Malaty : « Envie de tenter ma chance pour les Jeux »

INTERVIEW DE LA SEMAINE. Pas en pleine confiance, Benjamin Malaty sera en lice dimanche pour la troisième fois de sa carrière au marathon de Paris ce dimanche 3 avril (départ 8h45’ ; départ de la course handisports à 8h35’). Ce sera sa dernière chance de qualification pour les Jeux Olympiques de Rio.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours de la course ?

Plutôt bon. J’ai fait de belles choses dans la préparation, qui n’ont pas été concrétisées sur le semi-marathon (de Paris, où il a abandonné le 6 mars dernier pour sa première course en 2016, ndlr). La seule incertitude, c’est que depuis assez longtemps il me manque de l’assurance avec une bonne compétition. Quand on court aussi peu, c’est aussi le problème.

Comment avez-vous expliqué cette contreperformance avec votre coach Messaoud Settati et de quelle manière avez-vous rebondi ?

« Messa » s’est posé énormément de questions car ça se passait bien à l’entraînement et il voyait que j’étais de mieux en mieux. Il n’a pas compris. Moi non plus. J’avais fait une semaine légère, mais peut-être que le mois de février avait été trop chargé (en volume d’entraînement).  J’ai forcément pris un coup sur la tête. Il y a eu quelques jours délicats avec la déception –je n’avais pas forcément envie d’aller à l’entraînement- et la fatigue musculaire – j’ai eu énormément de mal à récupérer physiquement. Puis je me suis progressivement remotivé avec des entraînements intéressants qui m’ont conforté dans l’idée que c’était un accident.

Arriver au départ d’un marathon trois semaines après un abandon est une situation nouvelle pour vous. Vous faîtes abstraction ?

Oui, je pense que j’ai progressé sur ça, même si ça été dur de rebondir. Après, il y a des choses qui se jouent inconsciemment et qui sont dures à maîtriser. C’est vrai que quand tu arrives en confiance comme sur mes deux premiers marathons (2h13’15’’ en 2012 puis 2h12’00’’ – son record- en 2013) où je sortais d’un France de cross exceptionnel et un autre très bon (vainqueur en 2012, 3e en 2013, ndlr), ce n’est pas la même situation. Maintenant, il faut savoir avancer. Je reste positif et motivé.

« Si je suis sur les bases, je ne vais pas lâcher la moindre seconde »

L’objectif demeure les minima olympiques (2h11’00’’) ?

J’y pense dans un coin de ma tête, mais je veux avant tout me rassurer, retrouver la confiance et le plaisir sur une compétition. Si je fais une bonne perf à l’image de mes deux marathons à Paris, je serais quand même content. Il ne faut pas trop en demander, ça fait quand même deux ans que je rame au niveau des performances (1). Après, si je suis bien et sur les bases des minima, je ne vais pas lâcher la moindre seconde pour y rester.

Au semi de Paris, vous n’étiez pas sur ces bases (2h11’ demande un temps de passe aux alentours des 1h05’ au semi). Vous arrivez à « switcher » ou vous y pensez ?

Ça met un peu le doute, mais il faut complètement oublier, car c’est le truc qui peut t’anéantir. Je serai plus frais et reposé, ça sera un autre jour, un autre contexte. Oui, j’ai pensé à réduire les objectifs après le semi de Paris. Mais quand je vois les séances que je faisais il y a trois-quatre ans, ce sont relativement les mêmes. J’avais peut-être un maximum de confiance, mais j’étais passé les deux fois en 1h05’. Je connais cette allure. Après, je verrais si je réajuste en fonction des dix premiers kilomètres.

Mais passer en 1h05’45’’ (le temps de passage prévu par Timothée Bommier, qui disputera son deuxième marathon après Paris 2015, ndlr) serait renoncer à croire en mes chances, même si elles sont affaiblies. 1h05’00, ce ne sont pas des bases suicidaires. Même si ça sera difficile et même si je n’ai pas de recul par rapport à ce que je peux valoir en compétition, j’ai quand même envie de tenter ma chance et ne pas avoir de regrets.

(1) Après ses 2h12’00’’ en 2013, Benjamin Malaty a couru en 2h19’21’’ (26e) aux Mondiaux de Moscou en août 2013, en 2h17’09’’ aux Europe à Zurich (15e) en août 2014 puis en 2h17’26’’ en octobre dernier à Francfort.

Interview : Quentin Guillon.

Photo : Kalenji.