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Agadir, nouvelle base arrière de l’équipe de France ?

Le Yonnais Cyrille Poireaud est le directeur d’Agadir Sport Élite. Créée en septembre 2017, avec le Nantais Kevin Hautcœur, sa structure accueille actuellement les équipes de France athlétisme en stage. et compte bien aussi accueillir des athlètes amateurs à l’avenir.

 

Cyrille, pourquoi avoir choisi Agadir pour développer votre projet ?

J’y viens en vacances depuis 9 ans et j’ai investi dans un logement. Hormis la plage, je trouvais que la ville manquait d’attractivité. Avec Kevin (Hautcoeur) nous avons le même ADN du sport et en termes d’animations, nous avons voulu développer des actions pour le sport de haut niveau.

 

Votre structure est uniquement axée vers l’athlétisme de haut niveau ?

Non. Nous avons aussi des projets de développement pour le sport amateur. Nous pouvons aussi mener des actions pour le cyclisme, le golf, le football et le tennis. L’athlétisme m’a permis de découvrir que le sport est un vaste territoire pour le devenir de soi et la cohésion humaine.

 

Cyrille Poireaud (2e à partir de la gauche) avec François Pépin, Laurence Billy et Jean-Hervé Stiévenart, entraîneurs de l’équipe de France d’athlétisme

D’habitude, l’athlétisme français est en stage hivernal à Ténériffe ou Potchefstroom. Qu’est-ce qui a séduit la FFA pour venir à Agadir ?

Notre société a été créée en septembre. Pierre-Ambroise (Bosse) était venu en juin pour préparer les Mondiaux, alors que la structure était en projet. Il est revenu en novembre avec Jimmy (Vicaut). Mehdi Baala, le directeur de la performance des équipes de France, est passé les voir. Il a trouvé la destination intéressante, car elle possède des atouts : le climat, les infrastructures, la proximité avec la France (3 h en avion), tout étant dépaysé et sans décalage horaire (1 h) et le prix des avions et des structures hôtelières sont attractifs. Le stage sprint-haies de l’équipe de France se termine vendredi et le groupe triple-saut vient d’arriver pour dix jours.

 

Vous pensez qu’Agadir peut supplanter Ténériffe, Potchefstroom ou encore Monte Gordo au Portugal, pour le demi-fond ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que la nouvelle équipe dirigeante veut renouveler des choses. J’en avais parlé avec Mehdi lors du DécaNation à Angers. Avec les infrastructures qui sont mises à notre disposition, le haut niveau va arriver très vite ici. L’avantage est que je suis leur interlocuteur direct. Je prépare tout pour que le travail soit à la carte. Le but n’est pas d’accueillir 3000 athlètes par an et uniquement l’élite. J’ai des demandes de petits groupes, d’équipes de ligue qui ont entendu parler de la destination. Le fait que la France et le Maroc soit des pays proches facilite les échanges.

 

Vous dites que la France et le Maroc sont « proches ». Mais qu’en est-il des Droits de l’Homme et de la place de la femme dans la société marocaine ?

Cela se passe bien à Agadir. C’est une ville très européenne. Il y a 5000 Français dans cette ville. Au niveau du statut des femmes, il y a de la mixité dans les lieux publics, les restaurants, les stades…

 

Votre rôle à Agadir Sport Élite dépasse le simple stade de directeur…

Je dirige la société, mais je suis aussi au Maroc pour créer des liens entre les partenaires, les prestataires, les clubs sportifs et les structures, stades, salles, afin d’accueillir du haut niveau. En étant un interlocuteur direct, je suis un facilitateur d’accès.

 

Et Kevin Hautcoeur ?

Il est l’initiateur du projet et il a un rôle d’ambassadeur. On a été dans le même club (AC La Roche), on a eu le même entraîneur. Notre fonctionnement est identique pour les services que l’on peut apporter aux sportifs. Kevin a l’expérience du haut niveau et ses compétences sont notre essence. Il est manager d’athlètes, mais aussi agent de joueur. Il connait bien le football. Cela nous ouvre des perspectives.

 

C’est d’ailleurs pour Pierre-Ambroise Bosse que vous avez organisé votre premier stage…

C’était en juin dernier. Il a besoin d’un coup de booste et de s’éloigner rapidement de Paris. Cette oxygénation lui a fait du bien. Il a été subjugué par le stage et la destination. La ville est très étendue. Il y a une grande plage de 7 km et à marée basse, c’est aussi souple que sur une allée forestière. Pierre faisait ses footings sur le sable… Le fait qu’il soit venu à Agadir et qu’il gagne ensuite le titre de champion du Monde a accéléré les choses. On a le soutien des instances locales et du Maroc pour notre projet, ainsi nous pouvons travailler ensemble.

 

En somme, c’est Pierre-Ambroise, votre véritable ambassadeur ?

Pierre est notre mascotte. Comme lorsqu’il court, c’est un accélérateur de mouvement et en peu de temps, le développement de la société a été considérable. Il est d’ailleurs revenu en novembre avec Jimmy (Vicaut) et leur entraîneur respectif : Dimitri (Demonière) et Alain (Lignier). Dimitri a fait un bon retour auprès de la FFA. J’ai été appelé en novembre, afin d’organiser le stade fédéral en janvier. Normalement, il devait avoir lieu à Ténériffe.

 

Vous avez d’autres projets de stages à Agadir ?

Il y a un stade tout neuf de 45000 places avec une piste d’athlétisme. Il avait été construit pour accueillir la Coupe du Monde 2010 de football, lorsque le Maroc était candidat. Il y a trois terrains annexes, dont un stade d’entraînement. Le stade est sous exploité. Il y a juste des matches de l’équipe locale et des matches amicaux internationaux. Des équipes comme Crystal Palace et le Celtic Glasgow sont venus en stage. Il y a d’autres projets, comme le tennis : Agadir possède le plus grand nombre de cours en terre-battue du Maroc. Il y a aussi la possibilité d’accueillir des équipes de cyclisme. Je suis d’ailleurs en contact avec des formations professionnelles françaises. Il y a un vrai spot pour le vélo pour la route et la montagne. Le Moyen Atlas est derrière Agadir, entre 30 et 50 km, pour des altitudes entre 900 m et 1200 m.

 

Pensez-vous également organiser des compétitions ?

J’en ai parlé avec André Giraud, le nouveau président de la Fédération. L’idée de proposer des événements sportifs a été évoquée, comme un meeting international ou des matches juniors/espoirs avec les pays africains limitrophes, mais aussi la France, l’Espagne et le Portugal. La FFA veut aussi développer des projets destinés aux amateurs dans le cadre de leur politique du sport pour tous. A Agadir, il y aussi la possibilité de développer la course sur route et le trail. La montagne n’est pas loin…

Recueilli par Bruno Poirier – Photos Cyrille Poireaud – Agadir Elite Sport

 Cyrille Poireaud en bref…

Il a 43 ans et il a été cadre commercial sur le Grand Ouest pendant 21 ans. Président de l’AC La Roche-sur-Yon, depuis septembre 2017, il est le directeur d’Agadir Elite Spor. Yonnais d’origine, c’est un ancien athlète (4’20 sur 1500 m en cadets, 9’30 sur 3000 m steeple en juniors). Il a arrêté sur blessure (douleurs intercostale) en juniors.