
40 coureurs tenaient à découvrir cette transversale finistérienne de la Manche à l’Atlantique, longue de 243 km et conçue sous la forme d’un aller-retour cheminant entre Roscoff et Mousterlin. Tous les participants férus d’ultra s’attendaient à une épreuve difficile, eu égard au profil vallonné de la Bretagne et plus particulièrement avec la traversée des Monts d’Arrée au programme. Par contre nul ne se doutait qu’il aurait à affronter des conditions climatiques aussi apocalyptiques. Pour l’instant 14 concurrents ont dû renoncer dans cette lutte inégale face aux éléments. De plus martial, Jean-Benoît Jaouen, l’organisateur a également prévenu : « Parmi ceux encore sur la route, certains ne termineront pas dans le délai limite de 42 heures et par conséquent seront éliminés »
Samedi devant le phare de Roscoff, peu avant le départ fixé à 6 heures, engoncés dans leur coupe-vent et semblant frigorifiés, tous subissaient la morsure d’un violent crachin au goût salé soufflé par le vent d’une mer déchaînée.
Face à de tels aléas, difficile de conserver un moral de conquérant, ou tout simplement de résister à l’envahissement de pensées négatives.
Cependant d’aucuns, forts de leur l’expérience acquise au fil de décennies de pratique et de par le vaste monde demeuraient enthousiastes à l’idée de tester cette première.
Très rapidement le peloton s’étalera, comme constitués de petits groupes de niveau, puis chacun s’en ira vers son destin.
Néanmoins, la plupart des participants bénéficient de l’assistance d’un accompagnateur en voiture, réceptacle de leur ressenti. Patients, ces derniers stoïques sous la pluie et au milieu de nulle part se dévouent sans compter, répondant sans sourciller au moindre désir de leur ami bipède. Une mission digne du sacrifice, tant la fatigue s’accumulant, les héros, les nerfs à vifs manifestent de plus en plus d’impatience.
Sur une telle distance, installer un ravitaillement tous les 5 km nécessiterait trop de bénévoles. Ainsi, l’organisation n’avait-elle prévue que 4 refuges. Toutefois, ceux-ci étaient bien achalandés et répondaient aux besoins les plus diverses de ces « Bouffeurs de macadam ».
Si à ce premier poste situé au 57e km dans le charmant village de Brasparts, se livrer à des pronostics quant au nom du futur vainqueur s’apparentait à une loterie, il était clair que certains faisant figure d’outsiders ne possédaient déjà plus les moyens physiques indispensables à la réalisation de leurs ambitions et inspiraient de la compassion liée à leur sentiment de détresse.
Toutefois, « The show must go on » et en première ligne, les plus solides à la quête de la victoire ont mené une lutte passionnante.
Jean-Claude le Gargassion, 57 ans, de retour à la compétition après 9 ans d’absence pour des motifs professionnels et ne désirant pas non plus mettre à mal sa vie de famille sur l’autel de la course à pieds affichait à la fois de la fraîcheur et de la détermination. Non que cet athlète, honnête cent bornard en 8h25’ avec pour principal fait d’armes une 4e place lors de la seconde Transe Gaule affichait une mine de killer, mais il portait moins les stigmates de la fatigue que ses opposants.
Notamment, Laurent Saint-Martin, Rémy le Dréaud, Christian Efflam et Gilles Pallaruelo. Petit à petit, il réussira à prendre le large sur ses adversaires d’un bon potentiel, mais dont quelques-uns empilent depuis le début de la saison les challenges coûteux en énergie. Aussi, sans doute ne considéraient-ils peut-être pas ce défi comme un objectif de saison, mais plus à l’image d’une sortie longue.
En dépit d’un petit passage à vide à l’approche de l’arrivée, Jean-Claude le Gargasson des Deux-Sèvres s’accrochera corps et âme et l’emportera en 30heures23’30’’. Soit avec 10’ d’avance sur Rémy le Dréaud, du Finistère 30 heures, 33’20 et Gilles Pallaruelo, de la Gironde, 30 heures 50’40’’.
A 16 heures 30, uniquement 5 coureurs avaient coupé le finish.
Mention spéciale à Nadine Weiss, première féminine, 5e en 34 heures 10’50’’, ancienne internationale sur 100 km, qui dans 3 semaines effectuera sa première tentative sur la Transe Gaule et à tous les participants en capilotade sur les chemins de traverse de l’Armorique vantée par le regretté Jean-Michel Caradec, célèbre barde celte, auteur dans les années 70 de la balade poétique : « Qu’elle est belle ma Bretagne quand il pleut »
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