
Vainqueur de ce championnat de France après avoir inscrit 259,496 km au compteur, à 50 ans Jean-Marc Bordus de l’ASPTT Orléans n’est pas uninconnu dans le monde de l’ultra. Titulaire de la meilleure performance française en 2010, avec une marque de 260 km, il a été auparavant un excellent coureur sur 100 km. Un chrono de 6h56’05’’ lui avait ouvert les portes de l’équipe de France en 2008. Maintenant, il va intégrer celle du 24 heures. Mais les championnats du monde ayant été annulés cette année, il va devoir patienter jusqu’en 2012.
. Quel objectif t’étais-tu fixé ?
- J’avais planifié 270 km. Dans ce but, j’ai suivi une préparation intense, dès la fin décembre. A dessein, j’ai lu toutes les publications existant sur le 24 heures et notamment l’ouvrage que Gilles Bertrand et toi avez rédigé en commun. A partir, de toutes les données qu’il contient, j’ai construit un plan, que j’ai soumis à deux entraîneurs. David, mon fils aîné qui intervient à EFS Reims Athlétisme et Atim Effar, également dans ce club. Ce qui m’intéressait, c’est qu’ils ne connaissaient pas le milieu de l’ultra. Donc, ils ont pu apporter un regard objectif sur mon travail et leur esprit de technicien. J’ai dû revoir ma copie. Mon fils a ensuite finaliser la seconde mouture.
. En quoi cette préparation a-t-elle été différente de celle de St-Maixent ?
- Il y a eu plus de VMA, plus de seuil, des blocs allure 24 heures le week-end, une sortie de nuit et des séances sur un circuit d’1,5 km. La plus grosse semaine, j’ai couru 310 km. Sinon, en moyenne, ça tournait autour de 270 km.
. Qu’entends-tu par blocs ?
-Le vendredi matin, de 10 à 14 heures, je couvrais 48 km. Le soir de 22 heures à 5 heures du matin, je relançais sur un petit circuit à 11 km/h. A la fin du programme, je suis même monté jusqu’à 11 heures de course. Evidemment, comme la séance durait jusqu’au matin, je me reposais le samedi. Après, le dimanche j’effectuais une sortie de 48 km en 4 heures, avec un départ à 10 heures.
. Et pour le reste ?
- Concernant la VMA, je me limitais à du 30-30. 3 séries de 12’. A propos du seuil, j’alignais d’abord des séries de 10X1000 en 3’30’’, avant de passer à 5X2000 en 7’, puis 3X3000 en 10’30’’.
. Comment s’est déroulé le championnat ?
- Comme, je m’étais préparé en vue de réussir 270 km, je suis parti sur ces bases là. La veille de l’épreuve avec Emmanuel Fontaine, on avait discuté de la chaleur et de la prudence. Mais comme j’avais passé 4 mois à préparer cet objectif, j’ai voulu le tenter en me disant que ça passerait, ou que cela casserait. Au bout des 5 premières heures, j’ai pris une claque terrible. Le rythme a chuté brusquement. En fait, je pense que je m’étais mis dans le rouge et je n’ai pas tenu compte de la température qui montait. Au début, j’ai pris ça avec philosophie, parce que sur 24 heures, ça finit par repartir. Mais 5 heures plus tard, je n’avais toujours pas récupéré. Donc, j’ai annoncé que j’arrêtais. Quand Bruno Heubi a appris ça, il m’a dit : « Quand on est en tête du France, on le lâche pas. Au moins pour le titre. Aussi, Fred Bertrand, un participant m’a accompagné durant un tour. Il m’a rassuré et m’a conseillé d’oublier l’objectif initial, pour me repositionner sur un autre but, qui me permettrait de récupérer. Ca, je le savais, mais j’avais besoin de l’entendre. Voilà, pourquoi je tiens à les remercier tous les deux. A 22 heures, j’ai retrouvé de l’énergie. Cela m’a donné la pêche. J’ai décidé de creuser l’écart tout de suite. Par contre, j’ai coincé à nouveau au milieu de la nuit et forcément Denis Morel est revenu une seconde fois. J’avais 3 tours d’avance sur lui et il s’est rapproché à 3’. Là, j’ai décidé de m’arracher, pour qu’il ne parvienne pas à établir la jonction. Ca a dû lui mettre un coup au moral, car en deux heures j’ai repris mon avantage de 3 tours. Là, j’ai levé le pied. Lui a coincé et j’ai continué à prendre de l’avance.
. As-tu connu des problèmes d’estomac ?
- Aucun. Je me suis essentiellement alimenté à base de liquide. Je n’ai mangé qu’une soupe au vermicelle et une compote. Pour le reste, je me contentais d’une boisson énergétique, ou d’eau sucrée au miel.
. Suite à ce titre, que ressens-tu ?
- Un titre, c’est une énorme satisfaction. Ca prouve également que j’avais ma place en équipe de France, si les mondiaux n’avaient pas été annulés. On ne fait pas 259 km par hasard.
. Quel sont tes projets sportifs ?
-Je vais déjà me reposer. Je refuse de me projeter sur un événement, mais il m’étonnerait que je ne participe pas aux 100 km du Morvan le 2 juillet.
. Toi qui court beaucoup de compétition, comment fais-tu pour ne pas te blesser ?
- Je fais attention à la diététique et j’adapte toujours mes plans d’entraînement. Je ne me fige pas sur quelque chose de rigide. Si lors d’une séance, je sens que ça coince, je n’insiste pas et je coupe.
. Attends-tu ce mondial avec impatience ?
-Oui. D’autant plus que pour reprendre une phrase qu’employait Laurent Fignon : « Le temps qui dure finit toujours par devenir du temps qui passe. Or moi, à 50 ans, ça peut m’arriver demain.
. De quelle manière réagit ta famille par rapport à ta pratique intensive de l’ultra ?
- Madame Bordus de répondre : Je trouve que cela empiète beaucoup sur la vie familiale. Plus que les compétitions, c’est le temps consacré à l’entraînement, qui a une influence sur la vie de famille. En plus, se surajoute la vie professionnelle. Cependant, quand je suis dans l’ambiance de la compétition, je ressens de la fierté au vu de ses résultats.