
Le 12 juillet à Serre Chevalier, Thomas Lorblanchet a remporté le World Trail Challenge avec plus de 18' d'avance sur l'Italien Matteo Belloto, second en 6h55'59 et le Népalais Dachhiri Sherpa, 3ième en 6h56'08. Un écart énorme à ce niveau de la compétition.
Comment était la météo ?
D'entrée la météo a été impeccable. Au départ à 5 heures il ne faisait pas trop froid, le ciel n'était pas couvert et après ça a été impeccable. On a connu une belle journée.
De quelle manière s'est déroulée la course ?
Dès le départ, Stéphane Begaud a pris la tête des opérations. La course s'est étirée progressivement durant l'ascension du Galibier. Je me suis retrouvé en compagnie de Thierry Breuil, Mallardé, Pasquio, Delebarre, Sherpa et l'Italien Zanotti. Ensuite, à partir du 20ième km j'ai commencé à progresser devant et au 30ième km, je me suis retrouvé seul en tête et j'ai continué ainsi jusqu'au bout.
Quand as-tu pensé que tu pouvais l'emporter ?
Disons au 35ième km. J'avais 2' d'avance. Là, j'ai pensé que ça pouvait le faire. Après, puisqu'au fil des km l'écart grandissait, ma confiance augmentait et j'ai même pu me permettre le luxe de gérer l'effort sur la fin.
Comment s'explique ton avance énorme à l'arrivée ?
Je finis 18' devant le second en ayant terminé en roue libre. Je pense tout simplement que j'étais bien préparé.
Mais ne t'attendais-tu pas à plus de combativité de la part de tes adversaires ?
C'est vrai. Je m'attendais à ce que la lutte pour la victoire dure pratiquement jusqu'au bout. Psychologiquement, je m'étais préparé à ça.
Les écarts t'étaient-ils communiqués ?
Oui et à 15 km de l'arrivée, on m'a annoncé que je possédais 15' d'avance. A partir de là, je n'ai plus cherché à me mettre dans le rouge. J'ai passé le dernier col à ma main et dans la descente qui suivait, j'ai fait en sorte de ne pas me mettre en danger. Il aurait été stupide de devoir abandonner si proche du but, en raison d'une mauvaise chute.
Quelles difficultés fallait-il affronter sur ce parcours ?
Je dirais l'aspect montagne. Après, ça restait un parcours de 68 km avec 3500 de dénivelé positif, similaire aux Templiers. Cependant, en haute montagne le dénivelé reste moins régulier. Ca grimpe d'un coup. Par exemple dans les Béraudes on cumule quasiment 900 mètres sur 4 km. Sinon, il y avait des sections, où l'on pouvait courir normalement. Enfin, il ne faut pas négliger l'altitude. Les trois quarts de l'épreuve se situent à plus de 2200 mètres. Donc, forcément ça va avoir une influence sur la performance de celui, qui n'est pas habitué.
As-tu été contraint de marcher en raison de la forte inclinaison de certaines pentes ?
Bien sûr. On n'a pas le choix et contrairement à ce que certains pourraient penser, ça ne permet pas de récupérer un peu. On essaye de marcher de façon efficace et d'avancer le plus rapidement possible. Alors obligatoirement les pulsations montent haut. Surtout avec l'altitude en plus et les km qui s'accumulent.
As-tu trouvé ce parcours technique ?
Il y avait pas mal de caillasse et pour celui qui n'a pas le pied alpin, ce n'est pas l'idéal.
Comment as-tu cohabité avec les autres membres de l'équipe de France ?
J'ai été agréablement surpris. L'ambiance était saine et propice aux résultats. Il existait un vrai groupe transcendant les teams habituels. J'ai appris à apprécier ceux que je ne connaissais pas tels Gilles Guichard et les filles. Durant la saison, sur les courses on a rarement l'occasion de se parler. Aussi, il ne faut pas oublier le staff avec le kiné et le médecin, plus les deux entraîneurs : Jef Pontier et Philippe Propage, tous vraiment dévoués.
Quel est ton sentiment, suite à cette victoire ?
C'est l'aboutissement du travail accompli. J'ai réussi à prouver que j'arrivais à préparer un objectif international sur une saison. Je suis content, parce qu'avec mon entraîneur Patrick Bringer, on a réussi à tout mettre en place pour que je sois performant le 12 juillet. Par contre, il est vrai que je cours peu par rapport à certains. Je cible mes objectifs. Je crois qu'il s'agit du meilleur gage de réussite. Le fait d'exercer la profession de kiné me permet d'avoir un regard objectif par rapport à ma pratique sportive et le fait de courir peu en compétition représente une garantie pour se prémunir des blessures et pour durer. Or, à l'heure actuelle on assiste à une inflation du nombre de compétitions courues par pas mal de coureurs. A l'inverse, en se limitant à 4, 5 objectifs par an, j'ai prouvé que l'on pouvait atteindre au haut niveau, se faire plaisir et avoir une vie professionnelle et familiale.
Comment pourrais-tu définir ce que tu as ressenti dans le dernier km ?
Ca fait partie d'un moment riche en émotions qui restera dans ma carrière d'athlète. Mais vu mon avance, j'ai pu savourer dès le sommet du dernier col cette victoire à venir. J'ai vécu des moments fabuleux et à la fin, j'ai été surpris par le fait qu'il y ait autant de spectateurs et lorsque j'ai franchi la ligne d'arrivée, ce fut intense. Ce championnat a été une réussite. Il fera date dans l'histoire du trail français. C'est fédérateur au plan international et ça être un moteur pour la discipline. Après, il est vrai qu'il a manqué des nations, à l'image des Espagnols qui courent plus après la cagnotte que nous.
Pas de primes à l'arrivée ?
Non pas de grilles de prix. Mettre de l'argent à l'arrivée ne serait pas mauvais en soit, dans la mesure où pour être devant, il faut sacrifier à des contraintes par rapport à une activité professionnelles. Je dois sans cesse adapter mes horaires à mon entraînement. Heureusement mes 6 collègues du cabinet m'aident beaucoup, mais constamment je dois jongler, prendre 3, 4 jours pour me rendre sur une compétition et il est vrai que ce n'est pas évident. Donc, une reconnaissance par le biais de primes ne serait pas superflue.
Sinon, ce World Challenge ne risque-t-il pas de booster le TTN ?
Exactement. Dans le futur le TTN va prendre de l'ampleur dans la mesure où il servira de support à la sélection en équipe de France. Tous ceux qui voudront intégrer le team national ne pourront plus le bouder.
La suite ?
Courmayeur, Champeix, Chamonix fin août et ensuite à partir de septembre, je me lancerai dans la préparation des Templiers. Un de mes 3 objectifs de l'année. J'ai réussi le premier. Restera à se présenter frais au départ, parce que remettre un dossard pour aller sur une course aussi exigeante, ce n'est pas donné à tout le monde. C'est une épreuve de fin de saison, où ceux qui ont très peu courus sont avantagés.
Vu ta réussite, ne vas-tu pas devenir l'homme à abattre ?
A abattre non, mais à battre sans doute. La pression ne m'effraie. Pour moi, c'est plus motivant, qu'inhibiteur. Après je sais que pas mal de coureurs seraient bien contents d'accrocher Lorblanchet à leur tableau de chasse.
Sans remettre en cause tes succès, tes 29 ans ne militeraient-ils pas en ta faveur ?
Tout-à-fait et comme quoi le trail ce n'est pas forcément pour les vieux, les seconds couteaux de la route, ou encore les retraités du marathon. A partir du moment où l'on choisit une discipline parce qu'elle nous plaît, on peut s'y impliquer jeune. J'ai couru mes premiers Templiers à 22 ans. Ce qui était de la folie. Mais 7 ans plus tard et deux victoires aux Templiers à mon actif, j'émarge désormais dans le haut du panier mondial. Il me reste encore pas mal d'années pour continuer à m'épanouir dans ce sport. On verra ce que ça donnera sur la longueur.
Christophe Rochotte