
Vendredi à 16 heures débutera la 24ème édition des 48 heures de Surgères, où concourront 24 coureurs. 12 hommes et 12 femmes représentant 12 nations. Durant deux jours les meilleurs spécialistes mondiaux de cette discipline de l'ultrarunning vont tourner sur la piste d'un stade, qui ne mesure que 301,59 mètres. Si au profane, un tel effort pourrait sembler fastidieux, les participants considèrent qu'il n'en n'est rien. Bien au contraire, l'ambiance unique, digne d'une kermesse d'antan attire un public fourni, peu avare d'encouragements et les concurrents ont alors à cœur de repousser plus loin leurs limites et de réaliser un kilométrage hallucinant pour des bipèdes. Résidant, ou de passage dans la région de la Rochelle à l'occasion de ce week-end prolongé, n'hésitez pas à vous arrêter à Surgères, afin d'assister à ce show sportif unique. Venez nombreux. A J-3, entretien avec Michel Landret, l'alchimiste de cet événement.
. Les 48 heures de Surgères sont-elles ouvertes à tout coureur ?
- Non. Il s'agit d'une course sur invitation. Je propose à une trentaine de coureurs du monde entier de venir participer, afin d'être sûr qu'ils soient 24 au départ. Chiffre que nous ne pouvons pas dépasser pour des raisons de logistique. Après d'autres postulent, mais ça n'excède pas 20 demandes, parce que nous avons la réputation d'être exigeants en terme de performance. Pour courir à Surgères, il faut être très bon.
. Qu'offrez-vous aux sélectionnés ?
- Déjà, ils perçoivent une indemnité destinée à couvrir leurs frais de déplacement. Le montant varie en fonction de la distance qui les sépare de Surgères et non en fonction de leur niveau de performance. Evidemment un Australien, un Américain, ou encore un Japonais toucheront plus qu'un Français. Ensuite, à tout coureur et à l'un de ses accompagnateurs, nous offrons l'hôtel en pension complète la veille de l'épreuve et la nuit qui suit les 48 heures. Après, durant la compétition nous mettons à disposition de chaque concurrent une caravane, plus un service de restauration et une assistance médicale. Cela 48 heures sur 48.
. A combien s'élève le budget des 48 heures de Surgères ?
- Environ 80 000 euros.
. En ces temps de crise a-t-il été difficile de réunir cette somme ?
- Je croyais que ça le serait, mais au final on s'en sort aussi bien que l'an dernier, tant au niveau des partenaires institutionnels, que des privés.
. Les 48 heures de Surgères sont-elles officielles ?
- Oui. Il s'agit d'une course à label. Au départ, nous ne relevions que du label de l'International Association of Ultrarunners, mais puisque nous sommes désormais affiliés à la FFA, nous avons tenu à obtenir également celui de la fédération française. Voilà pourquoi l'an passé, un contrôle anti-dopage avait été effectué à Surgères. J'espère bien, qu'il y en aura à nouveau un cette année. D'une part, selon de nouvelles règles instituées par l'IAU, c'est devenu indispensable pour l'homologation d'un record du monde et d'autre part, cela met fin à toute suspicion.
. Comment procédez-vous au pointage des coureurs sur une piste d'à peine plus de 300 mètres ?
- Nous tenons à conserver un pointage manuel. Cela contribue à l'atmosphère chaleureuse de l'épreuve. Les coureurs sont attachés à ce système. A chaque tour les participants apprécient les signes d'encouragement qui leur sont adressés par les bénévoles chargés de comptabiliser leur passage. Un pointage électronique rendrait l'ambiance plus fade et vu la taille de la piste, ce ne serait qu'une succession de bips qui finiraient par devenir insupportable. En plus, vu le sérieux des gens qui gèrent cet aspect des 48 heures, il n'y a jamais eu d'erreurs, ni de contestations.
. Combien sont-ils ?
- 350 répartis sur la durée des 48 heures.
. N'est-ce pas difficile de parvenir à mobiliser autant de personnes dévolues à cette tâche ?
- Je dirais que curieusement avec les années, c'est de plus en plus facile. Les gens se prennent au jeu et deviennent demandeurs, parce qu'ils aiment vivre au cœur de l'action de cette compétition. Deux mois avant les 48 heures, certains s'étonnent de ne pas avoir été encore contactés.
. Parmi les coureurs, qui placez-vous parmi les favoris ?
- Les Japonais. Ryoichi Sekiya et Masayuki Otaki ont déjà remporté l'épreuve. Otaki en 2005 et 2007. Sekiya en 2008. Toutefois, il faudra également compter avec l'Irlandais Tony Mangan, l'Australien Martin Fryer, et l'Américain John Geesler, qui ont eux aussi passés la barre des 400 km. Chez les femmes, Sumie Unagaki cumule deux victoires : 2007, 2008 et à chaque fois, elle a réussi à améliorer le record du monde, qu'elle a porté l'an passé à 382,717 km. Sa compatriote Mami Kudo effectue ses débuts sur 48 heures, mais avait terminé 4ième des championnats du monde des 24 heures, en 2008. Donc, c'est une référence à suivre. En plus, tous les coureurs que je viens de citer ont décliné leur sélection au mondial des 24 heures 2009, qui s'est tenu les 2 et 3 mai à Bergame, en Italie. Ils ont estimé fort justement que 3 semaines ne seraient pas suffisantes pour récupérer entre les deux compétitions. Cela démontre leur détermination à tenter de grandes choses à Surgères et lorsque que l'on est organisateur, c'est gratifiant de penser qu'un garçon comme Sekiya, titulaires de 4 titres de champion du monde sur 24 heures, dont celui de 2008 a préféré privilégier Surgères, plutôt que de tenter de partir à la conquête d'une 5ième couronne mondiale. Enfin pour revenir aux féminines, les Nippones devront malgré tout se méfier de la Russe Galina Eremina et de la Tchèque Michaela Dimitriadu.
. Quid des Français ?
- Je place Emmanuel Conraux au rang d'un outsider. Cela fait 5 ans qu'il vient ici avec l'intention de passer cet obstacle des 400 km et au fil des ans il s'en rapproche.
. Selon vous, pourquoi les 48 heures de Surgères réussissent tant aux coureurs ?
- En effet, pour ne prendre que les records toutes catégories, ils ont été battus à Surgères. Sur cette piste le Grec Yiannis Kouros a été époustouflant avec ses 473,495 km. A mon avis cette performance va encore demeurer longtemps inscrite sur les tablettes. Quant à celui des dames, là encore Sumie Unagaki l'a battu chez nous. De mon point de vue deux facteurs concourent à la réalisation de tels scores à Surgères. Il y a déjà cette ambiance unique, que l'on a su développer autour de ce petit stade, avec toutes ces caravanes, le chapiteau et toutes les animations qui fonctionnent en parallèle avec la course. Le public vient en nombre et les coureurs profitent d'encouragements, ne se sentent pas esseulés et leur motivation décuple. En fait, s'il avait fallu compter sur un public seulement au fait de la course à pied, jamais nous n'aurions réuni autant de spectateurs. Or, en proposant aux gens d'assister à un gala de catch, au mondial des joueurs de billes, aux 6 heures de belottes et autres, ils se rendent au stade, découvrent les coureurs, prennent conscience de l'effort que représente ces 48 heures et s'y intéressent. En fait, il règne une ambiance digne des kermesses d'antan, où se mêlent les odeurs de frites, de barbe à papa et de gaufres. Après, comme je l'expliquais précédemment, il y a aussi cette relation qui se noue entre les gens responsables du pointage et les coureurs. J'ai eu l'occasion d'assister aux 48 heures de Cologne. C'était plutôt tristounet avec une quinzaine de spectateurs autour de la piste.
. Propos recueillis par Christophe Rochotte
. Lire également : Emmanuel Conraux, 400 km et plus si affinités
Dames | Messieurs |
- Marika Heinlein - Allemagne | - Saïd Kahla - Algérie |