
Royichi Sekiya, très modeste, le vainqueur 2008 refuse de placer la barre trop haute, parce que trop de facteurs peuvent influer sur le résultat final de cet effort irrationnel. Néanmoins, si tout va bien, au fil des heures il révisera ses ambitions à la hausse.
. Pourquoi avoir décidé de vous lancer sur les 48 heures ?
- J'ai déjà gagné 4 fois les championnats du monde des 24 heures (2004, 06, 07, 08) et je possède un record de 270 km. Maintenant, sans tirer un trait sur cette discipline, j'ai envie de me lancer d'autres défis et de vivre d'autres expériences sportives. L'an passé, j'étais déjà venu à Surgères dans ce but et avec 401 km, j'avais pu remporter l'épreuve. Je me suis dit qu'il fallait que je revienne, parce que je pense que je peux faire mieux en termes de kilométrage. En fait, ce qui me motive, c'est de courir après mes propres records. Sur 48 heures, je crois, ou plutôt, j'espère avoir encore une bonne marge de progression. Et des 24 heures, j'aurai l'opportunité d'en courir d'autres, tandis qu'une course comme Surgères est unique.
. Comment appréhendez-vous les 48 heures ?
- Ca n'a rien à voir avec les 24 heures. Sur 24 heures, il s'agit de suivre l'allure qui correspond à l'objectif que l'on s'est fixé. On ne connaît pas de problèmes de sommeil, ni de soucis de concentration. Là, c'est complètement différent. En fait plus que d'une épreuve sur 48 heures, je p
réfère parler d'un challenge sur deux jours qui ne se ressemblent pas. Durant les premières 24 heures, je ne parviens à rester concentrer sur l'effort. Je réagis comme si je participais à un 24 heures. Je vis uniquement pour ce premier jour, où mon objectif est d'atteindre 250 km. Ce qui est à ma portée, puisque par rapport à mon record j'ai 20 km de marge. Après, la course commence. Le problème consiste à ne pas perdre sa motivation, parce que c'est dur. Alors, pour oublier la fatigue et les douleurs, je me déconnecte complètement, je mets de côté toute notion de concentration et je me mets à rêver. Au fond, les 48 heures quand bien même c'est réel, ce n'est peut-être qu'un rêve, qu'une illusion. Quand l'on me de
mande à quoi j'ai rêvé l'an passé durant les dernières 24 heures, je suis incapable de m'en rappeler.
. Programmez-vous des pauses ?
- Le premier jour, ce n'est pas nécessaire. Après, je suis bien obligé d'en faire, mais elles ne sont pas programmées. Je m'arrête quand je tombe de sommeil. Normalement, le fait de m'allonger 5 à 10 minutes me suffit et me permet de repartir. Toutefois, si je suis vraiment épuisé, je dors 30'.
. Parvenez-vous à vous alimenter normalement ?
- Je n'ai jamais de problèmes d'estomac. Je crois que cela tient à mon alimentation. Contrairement à d'autres coureurs, je ne m'accorde pas de repas et je ne mange pratiquement pas de solide. Une alimentation liquide me suffit. Il faut se dire que l'organisme ne peut pas faire deux choses à la fois. Courir et digérer en même temps, ça ne fonctionne pas.
. Quel est votre objectif ?
- Je pars sur un objectif raisonnable, soit 400 km. Déjà, je vais aligner 250 km en 24 heures. Après, tout est possible. Plein de paramètres entrent en jeu. Notamment la forme physique, les conditions climatiques et la concurrence. Je pars donc sur 400 km, mais si les circonstances font que tout se passe bien, j'atteindrai peut-être les 430 km.
. En quoi la concurrence influe-t-elle sur l'objectif ?
- L'an passé, j'ai gagné avec plus de 20 km d'avance sur le second. Dans les dernières heures de course, s'il avait été à 1 km de moi, j'aurais été obligé de me donner encore plus. Inconsciemment, lorsque l'on sait que la victoire est acquise, parce que mathématiquement plus personne ne peut revenir, on a tendance à assurer, puisque c'est déjà assez dur comme ça.
. Et dans les dernières heures, les encouragements du public ne vous aident-t-ils pas ?
- Si bien sûr. C'est un plus. On ne se sent pas seul. Voilà aussi pourquoi, j'aime bien courir ici. Je dois admettre qu'il n'y a rien de semblable au Japon.
Sumie Unagaki : « Je dis peut-être »
Recordwoman du monde des 48 heures avec un cumul de 382,715 km,
Sumie sera-t-elle la première femme à aller au-delà des 400 km ?
Elle répond : « Peut-être »
. Pourquoi courez-vous des 48 heures ?
- Sur 24 heures, même lorsque j'ai porté mon record à 237 km, j'ai terminé avec un sentiment de frustration. A l'issue de ce genre d'effort, j'ai toujours eu l'impression que j'aurais pu faire mieux, en ce sens où je n'ai jamais fini épuisé. Donc, je pensais que je ne donnais pas assez. J'ai essayé les 48 heures et là, j'ai trouvé ce que je recherchais.
. C'est-à-dire ?
- Aller au bout de soi-même. Et il n'y a qu'à travers les 48 heures, que j'y parviens. Pour moi, c'est le plus dur des combats contre soi-même. Lors des 48 heures, par le biais de la souffrance et de l'état d'épuisement dans lequel j'arrive à me plonger, je découvre jusqu'où je peux repousser mes limites.
. Contre quoi devez-vous lutter le plus, lorsque cela devient difficile ?
- Contre la tentation de lâcher prise. Dans ces moments, même si le corps fonctionne bien et accepte d'avancer, parce que vous êtes en forme, il importe de rester motivé et pour ça, il faut se raccrocher à quelque chose. Je suis comme un pêcheur. Au lieu d'attraper 48 poissons, je capture 48 heures, les unes après les autres et par exemple lorsque j'ai du mal à me débattre avec la 36ième heure, je ne pense pas à la 40ième. Tant que je n'en suis pas venue à bout, je mène le combat avec elle. Pour cela, je me parle beaucoup. Plus c'est dur, plus je me dis : Vas-y, continue. Par contre, si je sens que je vais m'écrouler, parce que je n'arrive plus à lutter contre le sommeil, je m'arrête 5 à 10'.
. Espérez-vous passer la barre des 400 km cette année ?
- Ca reste un rêve et je dis peut-être, car on ne peut pas être affirmatif. Il y a tellement de chose à prendre en considération. C'est seulement dans les 6 dernières heures de course, que je pourrai envisager un objectif kilométrique précis. De toute façon, améliorer mon record du monde suffirait à me satisfaire.
. Propos recueillis par Christophe Rochotte
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