
Vainqueur de l'Aubrac et du TTN en 2008, Thierry Breuil rêve d'une seconde victoire au Marathon des Burons, afin d'aborder avec assurance les championnats du monde qui auront lieu dans 3 semaines.
Comment s'est déroulé le début de saison ?
Pas très bien. Je termine second de la Piste des Seigneurs derrière Thomas Lorblanchet. Une course à laquelle j'avais consacré une grosse préparation et où j'échoue de peu et où une fois de plus, Thomas me bat. Ensuite, en avril j'ai participé au Trail de la Drôme. Une épreuve que j'avais prévu de courir simplement en passant, parce que je me situais dans une phase de décompression après la Piste des Seigneurs. Mais je n'ai pas été terrible et j'ai été déçu de ma performance. En fait en avril, j'ai eu un petit peu de mal à me remotiver et à repartir à l'entraînement. Donc, une mauvaise période. Mais j'ai retrouvé la pêche et en mai, ma victoire aux Gendarmes et aux voleurs de temps m'a boosté le moral.
Quelle préparation as-tu suivi en vue de l'Aubrac ?
C'est un petit peu spécial à exprimer. Grâce à mon titre de champion de France 2008, j'ai été sélectionné pour les mondiaux 2009 et par rapport à l'an passé, l'Aubrac ne représente pas le temps fort de ma saison. Je pense avant tout aux championnats du monde, prévus dans 3 semaines. Depuis avril l'entraînement va crescendo avec des séances de plus en plus longues, avec de plus en plus de dénivelé et avec deux compétitions : les 30 km à Ambazac, plus les 44 dimanche. Cela pour aboutir à encaisser les 68 km du mondial. Ainsi, je me présente à l'Aubrac en surfant plus sur un état de forme, que sur une préparation spécifique.
Qu'apprécies-tu le plus à l'Aubrac ?
Les paysages. C'est unique avec les burons, plus ces grandes prairies vallonnées et parsemées de gentiane et les bois. Je garde un excellent souvenir de cette épreuve. Et pas uniquement parce que j'ai gagné.
Quelles difficultés présente cette épreuve ?
Bon, il ne s'agit pas de haute montagne et le dénivelé n'est pas vraiment important. Le plus dur demeure les passages qu'empruntent également les bovins. Le sol a été martelé du pas des vaches et il faut faire constamment attention. Ca rend les appuis délicats au niveau des pieds. Le mouvement n'est pas naturel et de progresser sur un terrain instable, ça finit par fatiguer encore plus. Egalement, nous serons 1200 partants et contrairement à un trail où il n'y a que 200 à 400 coureurs, si l'on joue la gagne on ne peut pas se permettre de partir trop lentement. Mais en même temps, il faut savoir gérer son effort.
Qui considères-tu comme tes principaux adversaires ?
A priori ils sont nombreux. Evidemment David Laget, Damien Vierdet, Yohann Meudec qui s'entraîne avec Thomas Lorblanchet et qui a fait de bons résultats dernièrement, plus d'autres. Je sais que Gilles Guichard a connu de petits soucis à un mollet et a décidé de se limiter au 21 km.
Sur ce parcours pas excessivement technique, l'ancien marathonien à 2h18' qu'est David Laget ne sera-t-il pas avantagé ?
Avoir été un marathonien n'est pas un avantage. Aujourd'hui, il faut être trailer avant tout. Peu importe que l'on vienne de la route ou de la montagne, le trail s'est forgé sa propre culture et sa spécificité. Pour réussir dans cette discipline, il faut s'y adapter et en devenir un spécialiste. Et le niveau de l'élite est à la hausse. L'an dernier gagner l'Aubrac fut une grande fierté. C'est une de mes plus belles victoires, mais je sais que cette année le plateau sera plus relevé. Désormais, rentrer dans le top 10 des épreuves du TTN relève de l'exploit. En 2008, les courses se jouaient encore entre 4, 5 coureurs. Dimanche, il y aura forcément des athlètes qui malgré une bonne carte de visite ne rentreront pas dans les 10 premiers. Le vainqueur sera celui qui saura le mieux finir, puisque les derniers km ne sont pas faciles.
Aussi ne faudra-t-il pas savoir gérer la semi autonomie ?
J'espère qu'à ce niveau la police sera faite. Il m'insupporte de plus en plus de constater que des coureurs ne respectent pas le règlement. Trop de coureurs se ravitaillent hors zone. Par rapport au matériel obligatoire à emporter il y a également de la triche, puisqu'il y a rarement de contrôles. Après, certains peuvent partir plus légers et profiter de bidons fournis, tout au long du parcours. Plus que la triche, ce qui m'est pénible, c'est qu'en ne respectant pas le règlement certains nuisent à l'esprit du trail. Si le trail doit rester un espace de liberté, il n'en demeure pas moins que l'évolution au sein de cet espace implique le principe de l'équité. Le règlement rend le trail stratégique. Non seulement, il faut savoir gérer son effort, mais également ses ravitaillements. Au fond, ceux qui enfreignent la règle du jeu n'ont rien compris à l'essence du trail.
Sinon, quelle est ton ambition ?
Je pars pour un doublé. J'en ai besoin pour maintenir la confiance, car malgré tout on fonctionne au moral. Ma victoire à Ambazac m'a galvanisé. Une victoire de plus avant les championnats du monde, ce serait l'idéal. Ca démultiplierait mon assurance.
Enfin, fort de ton expérience quel conseil pourrais-tu donner à des néophytes, ambitionnant simplement d'aller au bout ?
De partir comme s'il s'agissait de courir un footing. La fin sera toujours suffisamment dure. Quand on observe le profil de la course, on a l'impression qu'il y a peu de dénivelé. Or, durant les derniers km au cœur des prairies, il y a plusieurs passages où ça grimpe et ce n'est pas évident à négocier.
Christophe Rochotte