
Les Championnats de France Elites, qui débutent aujourd'hui à Angers, comptent parmi tous les athlètes qualifiés, l'un des plus pur talent de l'athlétisme handisport français et mondial en la personne de Nantenin Keita.
Agée de 24 ans et mal voyante, la sociétaire de l'EA Saint-Quentin en Yvelines a brillement accroché sa qualification sur le 400 m en terminant huitième des « Nationaux » (ancien France N2) la semaine dernière, et en portant cette saison son record personnel à 55''64, un chrono qui commence à parler. Et dire que c'est uniquement pour « faire le déplacement avec (ses) potes » du collège de déficients visuels auquel elle appartenait en 2000 que Nantenin fait sa première compétition à Vittel et remporte sa première victoire.
Née albinos avec à peine un dixième à chaque œil, au-delà de deux mètres c'est le brouillard, et ne distinguant quasiment plus les formes lors d'une trop forte luminosité, Nantenin suit donc ses études secondaires dans des établissements spécialisés et ne pratique l'athlétisme « que pour faire la fête en groupe ». Oui mais voilà, le joyau d'origine malienne n'a pas échappé à l'œil averti de Patrice Gergès et Olivier Deniaud, les entraîneurs nationaux de le fédé handisport, qui l'intègrent immédiatement à l'équipe de France pour lui faire gagner une première médaille mondiale argentée sur le tour de piste lors des Mondiaux organisés en 2002 à Villeneuve d'Ascq. Quinze jours d'entraînement spécifique juste avant la compétition ont suffi pour la porter sur ce podium.
Un Bac Gestion en poche en 2003, Nantenin poursuit des études supérieures en action commerciale et s'entraîne de temps en temps pour arriver à trois séances hebdomadaires en 2005 et se qualifier pour les France Espoirs valides (déjà ! ) toujours sur le 400 m. Son handicap ? Ses adversaires n'en savent rien. « Jamais je n'en ai parlé, dit-elle, je n'ai jamais voulu que l'on me traite différemment ». Et puis en 2006, c'est la première très grande consécration avec un doublé en or sur 200-400 et une breloque d'argent sur le 100m lors des Mondiaux handisport aux Pays-Bas dans un contexte très relevé. Avec ses cinq puis bientôt six entraînements par semaine, elle met en pratique ce que l' « homme de (sa) vie » lui a toujours enseigné, « en faire plus que les autres ». Paroles sages émanant de la voix de son chanteur de papa Salif, grand musicien et poète, albinos lui aussi, qui regarde sa fille suivre son chemin tout en la guidant dans ses mots. Après deux nouvelles médailles aux Jeux Paralympiques de Pékin en 2008, argent sur le 200 m et bronze sur le tour de piste, Nantenin, qui « n'aime pas trop le 400 m » ( !), a décidé de continuer d'affronter le regard des autres et de montrer qu'elle est « une femme épanouie ».
Ainsi, elle mène de front une carrière professionnelle, où elle est chargée de mission en relations humaines pour une compagnie mutualiste, et une carrière sportive avec à présent huit séances hebdomadaires. Angers 2009, c'est une sorte de petite consécration mais d'autres France Elites avec les valides suivront à n'en pas douter pour la fille qui veut toujours « faire (ses) preuves ». Ils la mèneront vers son grand objectif, les Jeux Paralympiques de Londres en 2012. Un déplacement avec des potes plutôt sympa...
Renaud Goude
Photo : B.Loyseau