
Quel championnat du Monde étonnant ! Bygdoszcz demeurera à coup sûr dans les annales. Ce terrain ce cross aura été le témoin d'une incroyable razzia du Kenya, qui inflige une véritable correction à son grand rival, l'Ethiopie.
Les quatre titres individuels et les quatre titres par équipes, à l'actif du Kenya, c'est le bilan final de cette journée de folie. Les juniors filles ont lancé le bal, et c'était parti pour une valse à quatre temps, que l'Ethiopie n'a jamais pu interrompre.
Un affront terrible et difficile à comprendre. Tout de même, pour le Championnat d'Ethiopie organisé à Jan Medda le 21 février dernier, le niveau nous était apparu relativement faible, en particulier chez les seniors filles et hommes.
Face à nos interrogations, les réponses avaient été différentes. Pour Gianni Di Madonna, manager italien, spécialiste du Kenya et de l'Ethiopie, le faible niveau, en particulier féminin, aurait été la conséquence de l'orientation vers le marathon d'un grand nombre d'athlètes, y compris très jeunes. Di Madonna pointait ainsi du doigt la participation à des marathons d'athlètes juniors.
Pour le Docteur Yelma, entraîneur de Gebreselassie, et d'athlètes de renom en Ethiopie, ce championnat éthiopien aurait été peu disputé, du fait de la démotivation des athlètes, déçus de constater que le Mondial de cross n'aurait plus lieu que tous les deux ans, et du coup peu intéressés par le cross.
Surtout, la Fédération Ethiopienne a opéré un revirement complet dans son organisation, il y a deux ans, avec la suppression des entraîneurs nationaux, et la liberté totale laissée aux athlètes de choisir leur propre entraîneur. Un changement accueilli avec circonspection par les techniciens de l'athlétisme éthiopien, comme le Docteur Yelma, qui avait été entraîneur national du marathon pendant plus de dix ans. Pour une raison toute simple, avait-il expliqué : « Le niveau de nos entraîneurs est très faible. Il y a beaucoup d'entraîneurs formés, selon les programmes de la fédération éthiopienne, environ 250 à 300. Mais ces entraîneurs ne travaillent pas dans le milieu scolaire, comme c'est le cas au Kenya, car chez nous, les programmes scolaires ne prévoient pas l'éducation physique. Il y a un problème de compétence des entraîneurs, il n'y a pas plus de 20 entraîneurs de haut niveau en Ethiopie. »
Après ces trials, la Fédération Ethiopienne a cru pouvoir limiter les dégâts, en convaincant Kenenisa Bekele d'intégrer l'équipe nationale. Sans succès ! Après ce mondial, la presse éthiopienne va se déchaîner sur la Fédération d'athlétisme pour l'accabler de tous les maux et la taxer de toutes les incompétences. La Fédération du Kenya sait de quoi il s'agit, car le même sort lui a été souvent réservé, lorsqu'un Mondial se concluait par un échec.
Cette fois, le tapis rouge sera réservé aux athlètes et aux officiels à leur retour à Nairobi. Le pays avait déjà réussi la razzia totale sur les huit titres, individuels et collectifs, mais cela remontait à 1994 ! A une époque où l'Ethiopie n'avait pas révélé son immense potentiel.
Les journalistes du Kenya étaient présents en nombre à Bydgoszcz, plus d'une douzaine de représentants de la presse écrite, de la radio et aussi de la télévision, avec deux chaînes, la K24 et Citizen. A peine la ligne d'arrivée franchie, Emily Chibet et Linet Masaï ont livré leurs impressions
en direct à la radio kenyane.
Un déploiement de moyens à la hauteur des espérances du pays tout entier. La Fédération du Kenya avait pris la mesure de ces attentes en plaçant la barre très haute au niveau de la préparation : un camp d'entraînement d'un mois complet au pied du Mont Kenya, où les entraînements intenses se sont succédés.
C'est dans ce camp que se serait bâtie cette success story polonaise. A travers le gros travail de côtes effectué, comme l'a expliqué Linet Masaï, au point que cette course sur un parcours très plat serait apparue très facile.
Joseph Ebuya, lui, insiste sur l'aspect climatique, avec une température là-bas très similaire à celle d'ici. Le nouveau Champion du Monde veut aussi pointer du doigt l'avantage procuré par une arrivée très précoce en Pologne, trois jours avant la course. Un choix effectué par la Fédération du Kenya, soucieuse de mettre toutes les chances de son côté.
Peter Angwenyi peut être satisfait de ces propos très positifs. Le responsable des relations publiques pour la Fédération du Kenyan s'est démultiplié toute la journée. Dès la course juniors garçons, il affichait sa satisfaction : « C'est une douce revanche sur l'Ethiopie après Amann l'année dernière. » Quelques heures plus tard, force était d'admettre que son verdict était le bon : « Nous sommes bien les rois du cross country ! »
Texte : Odile Baudrier
Photos : Gilles Bertrand
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