
Julien Chorier a fait le choix des épreuves d’ultra où il s’exprime le mieux. Membre du team Salomon, celui-ci a remporté en 2011 la Hardrock aux Etats-Unis et le Grand Raid de la Réunion. A 29 ans, cet ancien cycliste, ingénieur sécurité de profession, entend bien poursuivre sur ce chemin de la découverte. Première épreuve en 2012, le Phoebus Trail à Gruissan.
. Tes sports hors trail pratiqués avant et aujourd’hui ?
- J’ai débuté le sport en 97 par une année d’athlétisme. Je suis ensuite passé au cyclisme de 98 à 2006. J’ai couru dans toutes les catégories FFC avant de m’orienter presque uniquement vers les cyclosportives les deux dernières années. L’ambiance et les parcours me convenaient mieux. Actuellement je fais toujours du vélo et l’hiver du ski de rando et de fond.
. Tes débuts en trail et raisons de ce choix ?
- A la sortie des études, avec le travail, le vélo me prenait trop de temps. En mai 2006, je raccroche le vélo. En septembre, je fais le tour du lac du Bourget avec des amis. Ensuite, on me propose de faire la SaintéLyon en équipe. J’accepte, mais l’équipe ne peut pas se monter. Je décide de faire SaintéLyon en solo. C’est ma première grosse course. Evidemment je suis parti trop vite, mais j’ai terminé au courage. J’ai pris le virus. J’inscris la CCC à mon programme 2007 avec le Tour de la Vanoise en prépa. Tout s’est enchaîné ensuite. Le trail est un sport facile à pratiquer en harmonie avec la nature. Pour l’instant j’ai toujours réussi à m’entrainer quelles que soient les contraintes professionnelles ou climatiques.
. En trail tu préfères quels distances et terrains ?
- L’ultra montagnard car le coté découverte, mental est vraiment très présent. L’effort, long voire très long à allure modéré me convient mieux. Je pense que je commence à devenir performant à partir de 80 km. La variété des terrains est intéressante. Mon gabarit pas trop léger ne m’est pas favorable sur neige.
. Ton état d’esprit avant et au départ d’une course ?
- Quand je vais sur une course c’est pour découvrir la région, mais avec une âme de compétiteur. Je recherche toujours la meilleur place et malheureusement il n’y en a qu’une ! Au départ ma principale inquiétude est la blessure, tendinite, entorse ou autre. Autre souci lié au parcours : ne pas me perdre.
. Tes points forts et faibles ?
- Je pense que mon point fort est ma volonté et une certaine rigueur dans la préparation. Mon entraineur, Gildas Penverne, me fait des plans au jour le jour. A certaines périodes il est difficile de réaliser les séances programmées : météo, contraintes professionnelles,…Mais la plupart du temps en mettant par exemple le réveil plus tôt, j’arrive presque tout le temps à les planifier. Mon gros point faible est une grosse difficulté à maintenir la balance dans le vert, j'aime trop les bonnes choses. Mon poids varie entre 65 et 72kg.
. Ton plus beau chemin couru, tes joies et déceptions ?
- De nombreux chemins sont magnifiques. S’il fallait n’en garder qu’un ce serait les crêtes à plus de 4000 m lors de l’Hardrock dans le Colorado. L’arrivée du grand raid de la Réunion avec ma fille reste une émotion vraiment profonde. Grosse déception et souffrance en revanche suite à mon abandon dans l’UTMB 2009. J’étais à bout de force. Suite à un début de course difficile, je pense avoir pris froid. Dès Saint-Gervais j’ai eu des problèmes intestinaux. La météo difficile a fini de m’achever dans le grand col Ferret. J’ai insisté en me ravitaillant bien jusqu’à la Fouly, puis Champex, mais à Trient, je n’avais vraiment plus d’énergie. Lors d’un échec, je baisse la tête, analyse et repars très vite à l’entraînement pour viser un nouvel objectif.
. Ta grande rencontre sur le plan humain, ta course préférée et rêve de record ?
- J’ai beaucoup apprécié la rencontre avec un jeune guide Kenyan, grâce à sa philosophie, approche de la vie, de la nature et de la montagne. En dehors de son métier de guide, il court pendant la saison des pluies le marathon en moins de 2 h 20. Ma course préférée est je l’espère, la prochaine. Je prends énormément de plaisir à découvrir de nouvelles régions à travers la course à pied. Le dépaysement et la montagne rendent ces aventures mémorables. Je rêve d’une grande traversé mythique comme le GR20 en Corse ou dans les Alpes du type de la haute route Chamonix Zermatt ou de la grande traversée des Alpes de Thonon à Nice. J’aimerais participer à une course himalayenne.
. Ton entraînement, chiffres, fréquence, contenu, motivation ?
- Je totalise chaque année environ 3500 km et 180000 m de D + en course à pied, 3500 km et 55000 m de D + en vélo et 180 km et 15000 m de D + à skis. En moyenne j’effectue chaque semaine 6 séances dont une en vélo. Sur les 4 séances course à pied, il y a une sortie nature d'1 h 30 à 2 heures, une séance de piste, au printemps du type 15 x 500 m, plus en été et une séance de spécifique : travail en côtes : 30/30. J'essaie de garder le lundi comme jours de repos. L’organisation avec mon job d’ingénieur a été rendu plus facile avec mon passage à temps partiel début 2011.
J’alterne au maximum les types d’effort mais ma préférence va au footing sur une boucle d'une petite vingtaine de km et 1500 m de D+ qui me permet de rejoindre le plateau de la Chartreuse depuis mon domicile. Je prends le plus de plaisir en allure d’endurance sur des circuits bien montagneux. J’ai beaucoup de mal à structurer seul mon entrainement.
Mon entraineur Gildas Penverne, entraîneur national de course hors stade de niveau 3, m’apporte cette rigueur avec un plan détaillé au jour le jour. Pour que les séances passent, les faire à plusieurs est important. Seul j’ai du mal à monter dans les tours. Je vois de temps en temps mon kiné, un autre Julien et il travaille énormément sur la raideur de mes muscles. Pour les détendre, il emploie des techniques de torture, à la limite du supportable… Mais bon ses moyens semblent efficaces, car il vient à bout de la plupart de mes petites gênes.
Ma motivation vient en me projetant vers de nouvelles aventures, découvertes et objectifs. Un plan d’entrainement structuré m’aide beaucoup. Il est normal d’avoir des périodes difficiles mais de savoir que ça ne va pas durer, aide.
. Ta diététique ?
- Il s’agit d’un de mes points faibles j’essaie de travailler sur la qualité de mon alimentation au quotidien et en course. Je n’ai pas un régime alimentaire particulier à la maison, j’essaie juste de privilégier une alimentation riche en fruits et légumes. Depuis le début 2011 pour ma préparation je travaille avec Anthony Berthou et sa gamme Effinov qui permet de s’alimenter principalement avec la boisson en course.
. Le trail running discipline olympique ?
- Oui pourquoi pas, mais il me semble difficile de réaliser un parcours qui soit à la fois dans « l’esprit trail » et qui permette un suivi comme une épreuve olympique. Actuellement il n’y a pas d’épreuve de plus de 10 heures. Si la course est trop réduite, on sera trop proche du cross et loin de ma vision du trail running.
. Les primes de courses, la professionnalisation ?
- Vu les retombées médiatiques et l’engouement pour ce sport, il me semble normal que les personnes qui en font l’image puissent en retirer un bénéfice. Il faudra tout de même être très vigilant à l’arrivée de l’argent qui peut entrainer des dérives.
. Tes conseils à un trailer, message à faire passer ?
- Prendre son temps, se fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre. Le plaisir en est la clef. J’aime bien une citation Arthur Ashe : « Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation. »
. Les champions que tu admires ?
- Il y en a beaucoup, tous dans des secteurs différents. Je suis vraiment fan de biathlon et de C O de part la spécificité de ces sports qui demandent beaucoup de qualité physiques et de concentration. Le parcours de Raphaël Poirée et Vincent Jay me font rêver. J’aurais certainement aimé être champion dans un autre sport mais regarder dans le rétroviseur ne fait pas avancer. Je ne suis peut être pas un champion dans mon sport mais j’y prends beaucoup de plaisir, l’essentiel, non ?
. Et si tu étais une montagne et chemin ?
- Si j’étais une montagne ce serait le Mont Cervin et si j’étais un chemin, je choisirais un single sinueux sortant des bois pour atteindre les neiges permanentes d’un sommet alpin.
Liens perso (blog) : www.julienchorier.com
Ses victoires en 2011
. 160 km Hardrock Hundred Endurance Run,
. 163 km grand raid de la Réunion,
. 80 km ultra-Technitrail de Tiranges.
Ses victoires en 2010
. 30 km du trail des Croque chemins,
. 57 km du trail l'Ardéchois,
. 23 km grand raid 73-Petit Savoyard,
. 112 km Andorra ultra trail Vallnord.
Ses victoires en 2009
. Drayes blanches, Drayes du Vercors,
. Grand raid de la Réunion.