Parfois, un seul mot suffit pour définir une victoire. Et pour celle de Thierry Breuil, c'est enfin... Il ne lui reste plus qu'à réaliser. Il le disait lui-même, peu après son arrivée : « Je me demande si je ne suis pas encore en train de rêver... » Il a fallu qu'il assiste aux arrivées de Franck Mantel et Thomas Lorblanchet pour que son rêve devienne réalité. Thierry Breuil, vainqueur de la Grande Course des Templiers... Enfin.
C'est avec les bras levés et une grande retenue que Thierry Breuil (Adidas, CA Brive Corrèze) a franchi la ligne d'arrivée, à Nant. Une victoire construite au marathon, en montant vers la Crête du Suquet. Mais surtout une victoire construite sur l'expérience. « A l'Aubrac, j'ai appris qu'il y avait différentes façons de gagner. Déjà qu'il fallait courir sans la pression pour garder le plaisir. Et qu'un objectif comme les Templiers, il fallait l'aborder humblement, sans se dire que l'on va tout casser ». Et de révéler, de la voix d'un homme apaisé : « Je gagne et c'est juste un rêve qui se réalise. »
Cette réalité l'a très vite rattrapé lorsqu'il s'est rendu compte qu'il avait gagné ce qui lui était impossible. Même son entraîneur, Jean-Luc Bonillo, ne semblait plus y croire. Au point de lui dire, non sans lui lancer un défi : « Si tu gagnes, j'arrête de t'entraîner ! » Et comme un boomerang, la phrase est revenue sur le devant de la scène. « C'est impossible qu'il en soit ainsi, souhaite Thierry. On ne gagne jamais seul une course comme les Templiers. Dans la réussite, l'entraîneur, c'est l'autre moitié. Alors que Jean-Luc dit : tu as gagné ou on a perdu. » Une nuance pleine d'humilité.
Jean-Luc Bonillo ne pensait jamais vivre ce moment-là. Cette année, encore, il lui avait dit : « Petit, c'est trop dur et je ne sais pas si on la ramassera, un jour, celle-là... » Finalement, le duo entrainé/entraîneur a eu raison d'insister. « Pour gagner, il faut revenir. Même si on prend des casquettes, souligne Thierry. Thomas (Lorblanchet) me l'avait dit. Et je tiens à lui rendre hommage. Car si je gagne les Templiers et le Trail Tour National, il ne faut pas oublier qu'il est champion du Monde ! »
Troisième de ces Templiers 2009, Thomas Lorblanchet ne pouvait qu'être déçu. Pour remporter une troisième couronne de laurier à Nant, le Clermontois devra revenir. Cet insuccès, il l'avait envisagé, juste avant de prendre le départ. « J'ai dit qu'il aurait aussi fallu gagner avec sa tête, car je n'avais pas trop les jambes. J'ai fait des erreurs stratégiques dans mon entraînement après Serre-Chevalier (où il fut sacré champion du Monde, ndlr) et j'ai dû abandonner sur blessure lors de la CCC (début de pubalgie). Ce sont des erreurs que je ne ferais pas l'année prochaine... »
La victoire de Thierry Breuil ne restera pas un mauvais souvenir pour Thomas Lorblanchet. « Je suis content que ce soit lui, poursuit le double vainqueur des Templiers. Personnellement, je monte sur la « boîte » (le podium, ndlr). Et être sur la « boîte » des Templiers, c'est quelque chose... » Au-delà de la médaille de bronze, Thomas aurait également appris des choses. « J'ai compris que le mental et l'expérience ne suffisaient pas pour gagner une course lorsque le niveau est aussi exceptionnel qu'aux Templiers. Et que deux ou trois objectifs précis sur une saison sont amplement suffisants. »
Thierry Breuil s'est quant à lui multiplié pour remporter pour le Trail Tour National et conserver son titre de champion de France. D'autant plus qu'il n'était que deuxième avant à la manche finale à Nant. Benoît Laval menait alors la danse. Mais la victoire de Thierry conjuguée à sa sixième place ne lui a pas suffi pour conserver son leadership. Aucune déception, cependant, chez Monsieur Raidlight. « Au-delà de la cinquième place, c'était du rêve pour moi. Je suis donc satisfait de ma course. Dans une course d'un niveau que je n'ai jamais connu en France, j'avais une chance mathématique, mais la vérité est là. Cependant, j'ai montré ma valeur sur le TTN, ainsi que mes limites et mon manque d'expérience. Mon seul regret est ma troisième place à l'ECO-trail. C'est uniquement à Paris où j'aurais pu gagner les points que j'ai perdus aux Templiers. Maintenant, j'espère que mon parcours va me permettre de réaliser mon rêve d'enfance : l'équipe de France. Et je touche du bois... »
IAU Trail World Challenge ou non, cette équipe de France va exister en 2010. Thierry Breuil en sera l'un des leaders avec Thomas Lorblanchet. Le champion de France est prêt a relever tous les challenges. Sa victoire aux Templiers l'a émancipé de la tutelle qu'elle s'était lui-même imaginé dans l'admiration vouée au champion du Monde. « L'an passé, j'avais gagné le TTN en ne terminant que 8e aux Templiers. Cette année, je suis champion de France en avec la victoire. A 37 ans, il était temps car le niveau s'élève et les jeunes poussent... Mais dans mon esprit, j'ai franchi un palier. » Comme celui de croire qu'il n'était pas impossible de gagner la Grande Course des Templiers. Enfin...
Bruno Poirier.