
Le petit Stanislas est sagement posé sur les genoux de son papa. Ravitaillement de Trèves, Km 87, c'est aussi l'heure du déjeuner pour le fiston d'Irina Malejonock qui mène bon train l'Endurance Trail, long de 112 km pour les garçons... et pour les filles. Ces deux hommes n'attendront pas bien longtemps ; Irina est une mère courage, une rapide qui survole la course. Déjà au Prat Peyrat, au 57ème kilomètre, elle menait la danse avant la terrible ascension du Mont Saint Aigual. « J'ai eu peur d'être partie trop vite. Pour l'instant, ça va, ma fracture de fatigue à la hanche ma laisse tranquille. Je crains qu'une fille comme Magali Juvenal me reprennent sur la fin. »
Personne ne la reprendra. A Trèves, à Revens, à Cantobre, c'est toujours Irina Malejonock qui mènera : elle finira par s'imposer avec une avance considérable. Martine Volay, la deuxième féminine arrivera à Nant, près de 3 heures plus tard (16h40m12s). Le chrono d'Irina 13h49m29s atteste la qualité de la performance : elle n'est pas seulement la première féminine, elle termine 11ème au scracht. Magali Juvenal terminera troisième en 17h04m.
Ce matin, avant le départ matinal (04h), elle confiait son appréhension. « Je me suis fait une fracture de fatigue au bassin il y a 6 mois et j'ai repris il y a seulement un mois et demi. Je ne suis pas réellement prête. J'ai failli ne pas courir mais je n'ai pas eu envie de vendre le dossard. Je suis prête dans la tête à arrêter car je ne veux pas connaître une nouvelle blessure, c'est trop horrible d'être privée de courir. » Elle ne s'arrêtera pas de courir pour prendre ses aises car l'athlète de 36 ans, avoua aussi préférer « les courses où il n'y a pas trop de monde. C'est pour ça que j'ai choisi l'endurance Trail. » Elle n'était plus venue à Nant depuis 2001 et sa deuxième place sur la Grande course des Templiers. Pêché d'humilité ? « Non je n'étais pas sûre de mon état de forme. Gagner et terminer 11ème, cela fait deux surprises. » Le petit Stanislas a rejoint les bras de sa maman qui court le matin, le midi et le soir « par petites parties pour que cela ne se voit pas trop. » Technicienne dans un laboratoire pharmaceutique c'est le papa qui assure actuellement la garde du garçonnet.
La couronne de lauriers entoure les frêles épaules de la championne : « cette couronne, j'en rêvais depuis que je lis des magazines de courses à pied. Je suivais la carrière de Karine Herry et ça m'a donné envie de courir. » Les lauriers rejoindront les autres trophées d'Irina et notamment de sa victoire (déjà 10ème au scracht) sur son premier Ultra, en 2001 sur La Fortiche de la Maurienne.
Et de livrer ses secrets de préparation : « avec cette fracture j'ai toujours essayé de faire quelque chose, de marcher, de faire du vélo. De tracter le petit à vélo avec la carriole derrière, ça fait du poids et ça marche ! »
Hubert Guériau
Photo Bruno Poirier