
L'un avait quitté son emplâtre noir pour la final, l'autre portait un gant noir à la main brodé d'un K doré. L 'un y a cru jusqu'au bout, l'autre y a cru jusqu'au bout. Jamais lâcher, jamais lâcher.
A tel point que Salim Sdiri qui prenait la tête du concours au second essai avec 7,93 m a prié de toute son âme pour que les dieux qui veillent sur cette coupole puissent le conduire jusqu'au terme des 6 essais ainsi. De l'argent, du bronze, qu'importe le métal, seule la boîte perchée là -haut dans le virage pouvait lui suffire.
Sauf que Salim même après avoir réussi 8,01 m, perdait la main dans le dernier round. La main noire s'agitant dans le ciel, le gant noir porté par le Sud Africain Godfrey Khotso Mokoena pointant le ciel lorsque celui-ci retombait à 8,08 m, suffisant pour prendre la médaille d'argent après un concours plus que moyen.
Il ne restait alors à Salim qu'à saisir une maigre pincée de sable dans ses doigts pour sentir le temps qui s'enfuit ainsi, subtil, peut être stupide, sablier sans fond du désespoir. Il lâchait un petit geste de la main à son entraîneur, Danielle Desmier, plongée elle aussi dans le désespoir.
Concours injuste oui sans doute, concours juste oui sans doute. Résultat d'une bataille sans grande passion occultée par la hauteur femme et la perche homme et les 6,01 m de Hoocker qui ont créé une brèche dans le dôme.
Ce concours aura démontré en dehors de ce focus isolé sur la détresse du Français, que l'Australie tisse sa toile dans les sauts. A la perche avec une école qui n'en finit pas de caresser les étoiles, Hoocker le prouva encore une fois gratifiant le public d'un joli 6,01 m mais aussi avec les sauteurs en longueur.
Fabrice Lapierre le meilleur des qualifs et Mitchell Watt l'ont démontré avec une combativité toute en retenue, Watt arrachant le bronze à Salim dans son dernier saut à 8,05 m confirmant à 21 ans ses qualités de combattant comme l'an passé à Berlin où il prenait déjà le bronze. Alors que l'or revient à Lapierre avec un saut à 8,17 m à son 5ème essai. Il était temps.
Fabrice Lapierre, qui fut volontaire lors des Jeux de Sydney pour chercher l'inspiration, c'est la génération Kingston qui émerge. Formé ensuite aux Etats Unis, il fut même champion NCAA, il hisse enfin la grande voile pour voguer sur les hautes vagues.
photos et texte : Gilles Bertrand
>Voir les résultats
>Voir tous les resultats
>Voir le programme
|
|
| |