
Quelques minutes, Lolo Jones a maudit ce public Ethiopien agitant en tout sens drapeaux et clamant avec une telle ferveur celles qui allaient dynamiter le 3000 mètres féminin.
Elle perd ses nerfs, elle perd sa concentration et dès la deuxième haie, sa coordination ne lui permet plus cette fluidité indispensable pour franchir les haies. 1 »08, c'est le temps qu'elle réalise entre la haie 2 et 3, un gouffre à ce stade de la compétition où le temps moyen tourne autour de 0 »99 à 1 »01. Puis elle retombe sur ses appuis et fait presque jeu égal avec Perdita Felicien après la 5ème haie pour franchir la ligne d'arrivée, soit 1 »33. Elle arrache ainsi pour un centième sa place en finale où se qualifieront deux américaines, deux jamaïcaines et deux canadiennes.
Le temps est long, très long dans l'attente de cette finale, à refaire sans cesse cette demie au goût amer. Se recentrer sur soit, se recentrer sur soit. Rien d'autre, rien d'autre en oubliant avec quelle force les deux canadiennes ont franchi cette forêt de haies, 7 »94 pour Perdita Felicien mais surtout 7 »91 pour la petite boule Priscilla Lopes Schliep.
Lolo Jones hérite donc du couloir 2. Et réussit le tour de cartes magique sur ce tapis vert. La bonne main, la chance qui tourne, les haies qui s'effleurent comme lorsque l'on touche des as comme par magie face à des adversaires au regard torve.
La course enchanteresse, la course vengeresse et une arrivée dans l'allégresse dans le temps explosif de 7 »72, effaçant même au passage le vieux record de Gail Devers. Dans son ombre, le clan canadien fait bonne figure, Perdita Felicien seconde en 7"86 et Priscilla Lopes Schliep médaillée de bronze en 7"87.
Lolo Jones peut ainsi savourer sa joie avant d'avouer « Je voulais si bien courir en finale. C'est le plus grand jour de ma carrière et ma meilleure course jamais réalisée ». Propos convenus, sans doute. Son explosion de joie suffit au bonheur du public enfin assagi. Après l'échec de Pékin et sa blessure en 2009, la grande Lolo est de retour. « Je ne sais pas quoi dire » répète-t-elle. Non il n'y a rien à dire. Le boulot est bien fait.
Texte et photos : GILLES BERTRAND
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