
A 31 ans, Chris Brown a essuyé plus d'un parquet, plus d'un couloir pour souvent rester à quai des podiums ou de l'or précieux. Le petit grain de poussière imperceptible qui se met en travers de votre route et qui vous contraint à accepter le moins pire.
Ainsi Christopher peut faire sonner dans sa malle à souvenirs trois médailles de bronze aux indoor et trois places de con en finale d'un Mondial, deux fois 4ème et une fois cinquième à Berlin l'an passé, sans oublier une place dans un relais qui vient parfois troubler la quiétude du géant voisin, cinq fois médailles à tendre le bâton avec fougue mais raison.
Ainsi Christopher qui est né au bord d'une piste d'athlé de parents déjà sprinters, n'a plus rien à découvrir du 400. Il fait le métier aussi bien qu'il le peut.
Et à Doha, il arrivait avec la certitude que son métier allait enfin payer, que ce double tour de piste n'avait plus de secret en matière de placement, d'attaque et de finish lorsque le lactique vient envahir chaque parcelle du corps. Cinquième Mondial, serait-ce enfin la consécration pour ce natif d'une toute petite île des Bahamas, Eleuthera, connue jusqu'alors pour ses plages et sa culture de l'ananas.
Il se moquait de ce temps minable enregistré cet hiver, un misérable 46 »20 réalisé à Fayetville le 12 février. Loin des 45 »41 de Bershauw Jackson son principal rival sur le papier. Pour resté très concentré sur cette mission divine, pour rester dans les ordres d'un coach, Innocent Egbunike, lui indiquant de niveler cette pression. De balayer les superstitions comme de croire que le chiffre 4 est un porte bonheur sans lequel il ne peut que réussir.
Et dans cette finale, il s'est calé dans le couloir 5. 4 + 1. Le nez dans l'arrière train de l'Américain Jackson. Qu'il aspira très vite pour décrocher de son couloir en tête et pour tenir ainsi le tempo jusqu'à cette ligne qu'il franchissait les yeux fermés comme pour mieux savourer cet instant de plaisir ultime. Du bien fait. Si longtemps attendu.
Quelques secondes plus tard, il se présentait à nous. Pinçant son maillot pour montrer avec fierté le nom de son pays. Eleuthera, le nom de ce caillou de 5000 habitants où il est né signifie « paix ». Sous le dôme, Christopher était enfin un homme en paix.
Texte et photos : Gilles Bertrand
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