
Le duel Bernard Lagat-Tariku Bekele était très attendu, et les pronostics n'étaient pas aisés. C'est finalement Lagat qui s'impose, devant l'Espagnol Sanchez, et le Kenyan Mutahi alors que Tariku Bekele sombre à la 4ème place !
Mais où Bernard Lagat va-t-il chercher son énergie ? A 36 ans, l'Américain n'a rien perdu ni physiquement, ni en motivation. Sous l'Aspire Dome, il réalise un sans-faute, et torpille tous ses rivaux.
On le savait très fort, et on pressentait aussi qu'il voudrait tirer parti le l'absence de Kenenisa Bekele dans cette finale. L'Ethiopien a été si souvent le « lamineur » des espoirs de Bernard Lagat. Comme à Berlin l'an dernier, où les derniers 100 mètres du 5000 mètres, avec les deux hommes au coude à coude, avaient été particulièrement impressionnants. Deux forcenés à la bagarre, foulée dans foulée, épaule contre épaule, et Lagat qui abdique de très peu.
A Doha, Kenenisa Bekele n'avait pas voulu disputer ce Mondial, prêtextant une petite blessure, mais surtout s'avouant hors de forme. L'Ethiopien néglige quelque peu son entraînement, complètement happé par son métier de businessman, avec la construction de son complexe sportif. Mais Kenenisa avait délégué son frère, Tariku, pour représenter la famille Bekele. Et il avait même fait l'effort d'accompagner Tariku pour l'une de ses dernières séances de vitesse sur le stade national d'Addis Abeba.
On peut penser qu'il sera un tantinet déçu par la prestation de son frère, comme l'ont été les nombreux immigrés éthiopiens massés dans les tribunes de l'Aspire Dôme de Doha... Pourtant c'était bien parti pour les deux Ethiopiens, Tariku Bekele et Gebremeskel, qui dès le premier kilomètre emmené par le Kenyan Choge, avaient pris la course en main, en se relayant. A chaque tour, Tariku relançait, visiblement très tendu vers la victoire.
Pendant ce temps, en vieux briscard qu'il est, Bernard Lagat demeurait en embuscade, toujours caché, au point peut-être de donner quelques illusions à ses rivaux. Et si le poids des ans pesait enfin sur ses jambes pour cette 2ème course en deux jours ? Ce n'était qu'une utopie, et tous allaient le comprendre lorsqu'à 400 mètres de l'arrivée, l'Américain accélérait brutalement et se propulsait en tête, pour aller chercher la victoire.
Derrière lui, c'était la débâcle pour Tariku Bekele, qui complètement asphyxié, n'arrivait pas à répondre à cette attaque, et se laissait décroché pour finir 4ème. Le clan éthiopien n'en croyait pas ses yeux : il allait assister à une double défaite de ses athlètes, à la deuxième place de l'Espagnol Sanchez qu'on avait vu très actif en séries, et à la troisième du Kenyan Mutahi.
Un énorme affront pour des Ethiopiens si souvent habitués aux victoires. Et un gros camouflet infligé par Bernard Lagat, qui n'hésitait pas à siffler en passant devant leur tribune... L'Américain nous avait habitués à mieux ! Lui qu'on a toujours vu fair play et tellement souriant. Avec sa nouvelle nationalité, l'ancien Kenyan paraît même avoir adopté le « Think positif » cher aux habitants des States... Il a aussi appris à manier le verbe, et à séduire les médias, avec des projets fous fidèles au « I can do it ». Ainsi a-t-il comblé le clan américain en annonçant sa volonté de poursuivre sa carrière jusqu'aux JO de Londres...
C'est peut-être cette 4ème médaille d'or, la 2ème en salle après Budapest en 2004, qui l'a mué de la sorte. Et probablement aussi la satisfaction d'avoir torpillé non seulement Tariku Bekele, mais aussi le Kenyan Augustine Choge, en tête des bilans de cette saison. Mais à Doha, le Champion du monde junior en 2004 avait commis une erreur de débutant : il a bouclé son premier tour en 7'43''80, soit le chrono le plus rapide jamais réalisé en séries d'un mondial en salle.
Augustine Choge réalise un beau loupé. Il ne lui reste qu'à se tourner vers Bernard Lagat, l'ancien pour quelques conseils...
Odile Baudrier - Gilles Bertrand
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