
Un ministre dans la course, c'est rare. Chantal Jouanno Ministre des Sports a pu mesurer sa popularité en participant au Marathon de Paris qu'elle boucle en 4h 30.
Sac à dos rose Oxytis, tee shirt blanc en soutien au peuple japonais, Madame la Ministre des Sports, l’instant, le temps, de 4h de course s’est fondue dans la masse joyeuse des 35 000 coureurs du Marathon de Paris.
De cette 35ème édition, que retiendrons nous ? Le nom du vainqueur du marathon, Benjamin Kiptoo muré dans sa timidité sous les feux d’une soudaine notoriété ? Pas sûr. Mais l’image de Chantal Jouanno souriante et à peine décoiffée à son arrivée, avenue Foch, voilà ce qui a touché et interpellé la France d’en haut, d’en bas, de gauche et de droite, au soir de ce dimanche en courant.
Déjà la veille, cette ancienne championne de France de karaté, 13 fois titrée et brillante énarque avant d’intégrer les hautes sphères de l’Etat avait fait sensation dans les allées du village marathon, acceptant de grâce ce pré-marathon où l’on mesure encore plus sa popularité. De stand en stand, d’allée en allée, Chantal Jouanno sur ce tapis rouge de la Porte de Versailles, était un peu beaucoup ministre, un peu beaucoup coureuse, un peu beaucoup femme, un peu beaucoup madame tout le monde tentée par l’aventure du marathon. Assez pour séduire et envoûtée d’un charme naturel les vieux barbus du sport populaire, du sport social endurcis par tant et tant de dimanches à convaincre, à éduquer et à encadrer.
Certains font des régimes, d’autres changent d’épouse en chassant dans les salles de rédaction, certains font les deux pour mener des batailles politiques, Chantal Jouanno court. Par goût, personne n’en douterait, par ambition, on peut en douter même si cet acte aussi simple que celui de mettre un pied devant l’autre peut être taxé de pure démagogie ! Mais de là à courir un marathon, ce serait s’infliger la pire des punitions.
Sarkozy, Fillon, Kouchner aujourd’hui pour du trotte menu, De Villepin, Léotard autrefois pour des foulées plus allongées, les hommes et femmes politiques ont toujours couru. Seul dans un parc ou parfois en osant braver la foule, dossard anonyme sur la poitrine, comme un simple ticket tiré au guichet de la sécu.
Chantal Jouanno a ainsi couru 42 km à côté de son voisin, de sa voisine, des gens heureux et de ceux qui en silence portent une croix, petite ou grande souffrance et qui ne disent rien, ouvrant les portes du marathon, hors du temps, pour oublier le présent. Ils ne sont rien dit, parfois des sourires, des encouragements, la petite solidarité du peloton, mais rien de plus. Aux côtés de Madame la Ministre, seule dans sa course, eux aussi, seuls sur le chemin de la vie.
La course à pied rapproche… ? C’est à chacun de le croire. Dans les clubs, dans les associations, dans les entreprises pour tisser ce lien fragile qui unit et qui encourage pour un peu de partage. Au cœur du peloton pas sûr.
Mais qu’importe, une ministre marathonienne, c’est bon pour le moral. En plein débat et loi sur le port du voile dans les lieux publics, c’est bon pour l’image de la femme qui prend son destin en main dans cet espace public qu’est la route du marathon. Sans voile et sans pudeur.
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