
Sous la chaleur, Benjamin Kiptoo remporte l'épreuve en 2h 06'28"
Quel spectacle ce départ du marathon sur la plus belle avenue du monde noyée, envahie, ensevelie d'une foule joyeuse de 35 000 coureurs lancés sur les rails de cette ligne bleue du marathon.
Et puis ce soleil ami, ennemi qui a déjà posé le décor, merveilleux voile de lumière avant que chaque rayon ne vienne déchirer cette écorce pour mordre férocement le coureur esseulé.
La course s'est donc lancée avec un satellite de 22 coureurs, compact et homogène dans sa composition avec kenyans et éthiopiens se partageant les rôles dans une forme d'anonymat.
Et c'est parti vite comme prévu par les organisateurs en coordination avec les managers et coureurs pour conduire ce pack sur les bases de 2h 05', pour un temps espéré sous les 2h 06' compte tenu de la chaleur pouvant réduire les ambitions des meilleurs.
Les lièvres ont donc réglé leur magnifique compas pour dérouler à 20 km/heure, 14'50 au premier 5 km avec N. Korir bien ajusté, en ligne alors que chez les femmes K. Yal emmenait les favorites en 16'53».
29'46» , tel allait être le temps de passage au 10ème km, un remake parfait du premier 5000, un copié collé parfait, seule différence, l'absence de spectateurs sur la partie verte de ce tracé, mais légèrement ombragé en direction du Bois de Vincennes. Alors que côté femmes, les éthiopiennes aux avants postes augmentaient la cadence pour passer en 32'59» sous l'impulsion de Mamitu Daska, une croqueuse de courses, dévoreuse de chronos sur cette planète marathon.
A l'arrière chacun des 35 000 marathoniens se calait aussi sur une allure de combat car le marathon est un combat personnel. Une allure espérée, calculée, rêvée, façonnée entraînement après entraînement, sortie après sortie avec l'espoir de tenir sans frapper ce mur invisible, cette tenaille qui vient vous mordre passé le 30 ou le 35ème km, l'énigme du marathon. Avec ou sans ballon, avec ou sans régulateur de vitesse, souvent en groupe de copains pour s'encourager pour faire de cette aventure, une course collective.
Quant aux français, ils avaient choisi finalement de courir groupés avec Tambwe comme lièvre (jusqu'au 19ème km), Meftah, Munyutu et Theuri ensemble loin du pack de tête, à leur propre allure, avec sagesse pour un temps espéré sous les 2h 10' (1h 03'48» au semi). Beaucoup plus loin un trio était formé de Benoît Z, Julien Moreau et Vincent Rousseau et à quelques encablures seul sur cette route le coureur de 100 km, Régis Lacombe en route sous les 2h 30'.
Passage au semi marathon, 12 coureurs suivis par une meute de motos, un particularisme très parisien, maintenaient idéalement le tempo avec un temps de 1h 02'39» avec Sugut, Wendimu, Girma et le favori de René Auguin en charge de monter ce spectacle, le kenyan Kipyego. Alors que chez les femmes, Mamitu Daska et A. Kiprop pointaient en 1h 10'27» un chrono laissant espéré une grosse performance tandis que les lièvres masculins s'écartaient pour laisser filer ces jeunes femmes
africaines émancipées qui ont pris grâce à la course à pied leur destin.
Dans ce peloton féminin, pas de françaises en l'absence de Christelle Daunay qui a choisi cette année le cross, le semi et le 10 000 mètres dans l'attente d'un marathon cet automne pour se qualifier pour les J.O.. Au micro de France 3, elle passait une petite annonce avec le message suivant : «recherche marathonienne désespérément».
Sur le bord de la route, l'ambiance commençait à chauffer, un soleil dévoreur et grinçant mais aussi ces orchestres de percussion échelonnés le long des quais pour rythmer et faire oublier les premières grosses douleurs.
Premières douleurs ? Les 9 coureurs kenyans et africains encore en tête ne semblèrent guère se soucier de cela, toujours le même rythme, toujours la même allure sur les bases du record. 9 coureurs groupés pour lesquels le mur n'existe pas, cette limite physiologique que les coureurs d'élite savent maîtriser. Un final joué au poker menteur, qui oserait ? Qui dévoilerait son jeu ? Qui lâcherait la dernière bonne carte pour faire exploser ce groupe et s'envoler vers la victoire.
Ce sera au final Benjamin Kiptoo qui osera, l'ancien vainqueur du marathon de Rome déjà auteur d'un temps de 2h 07'1 », parfaitement posé, aligné, en équilibre, creusant un écart large comme un estuaire remportant l'épreuve en 2h 06'28» devant B. Kipyego 2h 07'14» et l'éthiopien E. Wendimu 2h 07'30».
Chez les femmes, la kenyane Jeptto l'emporte en 2h 22'52".
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