
Yohann Diniz, double champion d’Europe du 50 km marche, recordman du monde du 50000 mètres avec un chrono de 3h35’27’’ réalisé en mars 2011 apparaissait favori des mondiaux de Daegu. Mais alors qu’il progressait en tête, il sera disqualifié après avoir à peine couvert 16 km. Une décision qu’il estime incompréhensible. Ainsi, miné par cet échec il vivra un passage à vide. Mais au fil des jours, encouragé tant par ses proches que le public, il retrouvera le plaisir de l’effort et parviendra à surmonter cette déception. Désormais, fort de sa motivation retrouvée, il se concentre sur la préparation des Jeux olympiques, où il lui tiendra à cœur de démontrer qu’il possède les moyens d’afficher de nouveau sa suprématie.
. Comment s’est passée la reprise ?
-Psychologiquement il a été dur de s’y remettre. J’avais pris un coup sur la casquette. Cette année le titre me tendait les bras et j’ai trouvé cette disqualification aussi rapide qu’incompréhensible. Du jour au lendemain, j’ai basculé d’un extrême à l’autre. Seul devant durant toute l’épreuve lors des Europe de Barcelone, je n’ai pas pris un carton durant les 50 km. Là, en 15 km c’était plié. Pourtant à Reims lorsque j’ai battu sur piste le record du monde du 50000 mètres, les juges de l’IAAF m’avaient rassuré en m’expliquant, que j’étais bien au niveau technique. Notamment Mr Taylor, qui à Londres officiera en tant que responsable des juges. En tout cas, ce jour-là ça a été du grand n’importe quoi. On n’a jamais vu dans un grand championnat, 26 athlètes disqualifiés. Ca a sabré au début et ensuite, on a l’impression que les juges ont laissé coulé.
. Sinon dans quel état d’esprit te sentais-tu à Daegu ?
- Je suis arrivé très motivé en Corée et avec un super mental. Après, avec le recul je me dis que j’ai commis une erreur. Pour récupérer les 9 heures de décalage horaire, je suis arrivé sur place 10 jours avant la compétition. Plus d’une semaine au village, c’est trop long. Je ne subissais pas la pression, mais petit à petit dans l’attente j’ai fini par perdre le fil de la concentration et une forme de lassitude mentale s’est installée et a pris le dessus. En fait, je ne peux attendre dans ce type d’atmosphère, où chacun est axé sur un but différent. Il est dur de s’isoler. Bien que tout le monde se respecte, ceux qui ont finis leur championnat vivent dans un autre état d’esprit. Ils se sentent en vacances, quand toi tu dois patienter, parce que le 50 km est prévu en fin de programme. A Barcelone, j’étais arrivé l’avant-veille. Je n’ai pas eu le temps de me poser de questions. A Daegu, les Russes inscrits au 50 km se sont pointés deux jours avant. Pour ne pas subir le décalage, ils avaient établi leur camp de base à Vladivostok, située à l’extrême est de la Russie et à proximité de la Corée. Voilà pourquoi cette année, je réitérerai ce qui avait fonctionné en Catalogne. Pour ne pas me faire bouffer par le village olympique, je me présenterai à Londres le 09 juillet au soir, sachant que le 50 aura lieu le 11 au matin. Tout de suite, je serai plongé dans le vif du sujet, sans risquer de me démobiliser mentalement.
. Quand a débuté la reprise ?
-J’ai commencé à m’y remettre à la mi-octobre. Déjà, il n’a pas été nécessaire de repartir à zéro, vu que cet échec n’était pas lié à mon état de forme. Physiquement, je me sentais bien et quand j’ai été contraint d’arrêter, j’étais devant et j’avais les jambes. Voilà au moins un point positif, quand il faut repartir sur du négatif. Egalement, ce qui m’a fait du bien, c’est de voir du monde. Le jour du Marathon de Reims, j’ai participé au 10 km, puis à l’occasion de Nice-Cannes, j’ai pris part au marathon en relais. Le fait de bénéficier d’autant de sympathie et d’être encouragé par les gens à persévérer, cela m’a redonné le moral. Parallèlement, j’ai retrouvé le plaisir de l’effort. Désormais tout va bien. Donc, j’ai eu besoin d’attendre début janvier pour que tout rentre dans l’ordre. J’avais les jambes, mais pas la tête.
. Pour l’instant, en quoi consiste l’entraînement ?
- Avec Pascal on travaille énormément sur la souplesse et la mobilité du bassin, afin d’accentuer ce que l’on nomme : « Le style russe » Cela revient à imaginer qu’il te faut marcher sur une ligne. Cependant, il ne faut pas que cette recherche d’un geste parfait devienne obsessionnelle. Car après, il y a le risque de sombrer dans la fixette et de marcher encore plus mal. Tout en bossant la technique, je suis parti en stage à 3 reprises. Au Portugal de la mi-novembre à la mi-décembre, puis de la mi-décembre à début janvier à Font-Romeu et de nouveau en Lusitanie du 10 janvier au 25. J’ai cumulé pas mal de volume avec des semaines à un peu plus de 180 km. Egalement, je ne néglige pas la qualité en vue du 5000 mètres indoor samedi prochain et de meetings sur 20 km en début de saison, de façon à atteindre un petit pic de forme en mars, que l’on cassera ensuite, avant d’opérer une coupure et de se focaliser après sur la préparation du 50 km des JO à partir de mai.
. A propos de compétitions, certains t’ont reproché de ne pas t’être aligné à un nombre de compétions suffisant en 2011, ce qui aurait mis les juges dans de mauvaises dispositions à ton égard. Que réponds-tu ?
-Peut-être aurais-je dû me montrer un peu plus, mais quand j’ai battu le record du monde les juges étaient là. Cette année, je vais sortir un peu plus. La preuve, dimanche j’attaque avec un 5000 m indoor à Moscou. Ca va me permettre de me mesurer à mes adversaires, sans être au top. Il importera d’être en forme le 11 août. Voilà pourquoi, je risque d’apparaître vulnérable au cours de la saison. Début mars, j’ai programmé le meeting de Lugano sur 20 km, où là j’espère bien figurer, parce que j’aurai passé 3 semaines en altitude en Afrique du Sud. La semaine d’après encore un 20 km à Dudince en Slovaquie. En avril, il y aura les France, où je serai moins en forme. Et après viendra la coupure, avant de repartir début mai. J’irai à la coupe du monde, organisée à Saransk en Russie. Il ne faudra pas attendre du grand Diniz. Toutefois, même avec moi à 70% on pourra jouer une belle carte par équipe avec Campion, Moulinet et Houssaye.
. Pourquoi cette coupure en cours de saison ?
-Déjà, on ne peut pas être en forme toute l’année. On travaille sur deux pics de forme. Un en mars et l’autre le jour des JO. Avec Pascal, on a décidé d’instaurer ce système, parce que de la mi-avril au début du mois de mai, je ne suis jamais bien. Allergique au pollen, je peine à respirer, je récupère mal et tous les ans je contracte des rhinopharyngites, qui me fatiguent.
. Dimanche, s’agira-t-il d’un 5000 m de haut niveau ?
-Au top niveau. Le podium du 20 km des mondiaux sera là, plus Bakulin, le champion du monde du 50 km, Nizhegodorov, le recordman du monde du 50, second Daegu, sans oublier des Sud-américains. Bref que du lourd. L’important va consister à se replonger dans le grand bain de la compétition internationale. De renouer avec cet état d’esprit. Attention, pour moi ce n’est pas le rendez-vous de l’année.
. Enfin t’impliques-tu toujours en politique ?
-Je me contente de suivre ce qui se passe. Sans plus. En cette année olympique, je me dois de me concentrer à 100% sur le but à atteindre.