
Martin Fagan, 28 ans, détenteur du record d’Irlande du semi-marathon porté en 2009 à 1h00’57’’, titulaire d’un chrono de 2h14’06’’ au marathon et sélectionné aux JO de Pékin sur cette distance aurait dû courir le Marathon de Houston le 15 janvier dernier, dans l’espoir de réaliser les minima olympiques fixés par sa fédération à 2h15’. Mais alors qu’il effectuait un stage en altitude à Tucson (Arizona), l’AMA a diligenté un contrôle anti-dopage inopiné à son encontre le 10 décembre 2011. Reconnu positif à l’EPO, il vient d’écoper d’une suspension de deux ans, signant la fin de sa carrière. Sans complaisance, dans les colonnes de l’Irish Times il revient sur les circonstances, qui l’ont mené à cette déviance.
Une seule question le hante :
« Comment ai-je pu tomber aussi bas ? »
Obnubilé par la hantise de l’échec, il verra dans le dopage l’ultime alternative désespérée pour se sortir d’une spirale sans fin.
En préambule, Fagan affirme : « Je ne cherche pas à me faire pardonner, ni à bénéficier de compassion. Je ressens la nécessité d’extérioriser ce qui me pèse et je voudrais que les athlètes comprennent que nul n’est à l’abri de basculer dans le dopage, ce en raison de la pression à laquelle nous sommes soumis. J’admets cependant qu’il n’y a pas de fatalité et que certains plus solides que d’autres sauront résister »
Il poursuit en expliquant qu’il en est arrivé là, en raison d’une erreur de comportement :
« Bien qu’entouré, en proie à une dépression, je me suis muré dans le silence et je me suis enfoncé petit à petit dans la solitude. Il n’est pas facile d’avouer ce qui pourrait être considéré comme une faiblesse. Un tabou réside autour de la santé mentale. Donc, plutôt que de me confier auprès de proches et d’évoquer mon mal-être, voire de consulter un spécialiste j’ai préféré tout refoulé imaginant qu’il ne s’agissait que d’un passage à vide et que tout reviendrait à la normale à l’occasion de la prochaine compétition. Telle fut mon erreur. En fait, j’ai donné la priorité à mon gagne-pain et j’ai relégué ma santé au second plan »
La problématique de Martin Fagan remonte à 2008. Bien que blessé, il avait décidé de s’aligner en janvier au Marathon de Dubaï, qu’il terminera en 2h14’08’’.
Un chrono suffisant pour décrocher son billet pour les JO de Pékin. Mais il obtiendra cette qualification au prix fort, car victime d’une triple fracture de fatigue au niveau du pelvis, il terminera dans un état lamentable. Il ne s’en remettra pas.
A Pékin, il n’ira pas au-delà du semi-marathon, puis par la suite il ne parviendra pas à aller au bout des 3 marathons, qu’il avait programmé. Le dernier en date étant celui de Chicago le 09 octobre 2011, où épuisé à l’extrême, il s’écroulera à moins de 1500 mètres incapable de rallier le finish, alors qu’il allait réaliser les minima olympiques pour les JO de Londres.
Dès lors, il reconnaîtra : « Cet échec si proche du but m’a détruit physiquement et mentalement. S’en sont suivies des conséquences terribles. Comme je n’ai pas fini, je n’ai pas touché un centime et je me suis retrouvé fauché sans les 1200 euros de subvention annuelle que la fédération a décidé de ne plus m’allouer. En plus, ma compagne m’a plaqué. Là, j’ai carrément sombré. J’ai arrêté de prendre mes antidépresseurs, ainsi que les somnifères, persuadés que les effets secondaires de ces médicaments m’empêchaient de renouer avec la performance et de viser 2h12’ à Londres. Un objectif à ma portée, puisqu’en 2009 j’ai hissé le record d’Irlande du semi à 1h00’57’’. Au fond du trou, proche du seuil de pauvreté, si je voulais me refaire, je n’avais d’autre choix que de trouver un marathon et de passer le cut de ces minima olympiques. Roy Flinn, mon agent m’a obtenu un dossard au Marathon de Houston, accompagné d’une prime de notoriété. A partir de ce moment, j’ai pensé comment vas-tu faire pour t’en sortir et ne pas perdre la face. J’étais on ne peut plus mal, mais lorsque Roy me demandait comment je me sentais, je répondais : génial. Pareil, j’ai adopté une attitude semblable avec mon coach Keith Kelly lui affirmant que je suivais son programme sans souci. Je m’enfonçais dans le mensonge. Je ne parvenais pas à dire la vérité aux gens qui se démenaient pour moi. Tout simplement exprimer mon mal-être m’étai impossible. Voilà comment j’ai fini par craquer »
Proche d’un point de non retour, Martin Fagan évitera l’irréversible, mais cédera à la tentation du dopage :
« Un jour que je consultais des forums relatifs au suicide, sans savoir pourquoi tel un flash une idée m’a traversé l’esprit. Sur un moteur de recherche, j’ai cliqué sur le mot EPO. Pléthore de sites sont apparus. J’ai commandé ce qu’il y avait de moins cher. Sans doute un générique. J’ai réglé 500 dollars avec ma carte de crédit sans me poser de questions. J’avais perdu tout sens de la réalité. Une semaine plus tard, j’ai reçu les doses pour une cure de 15 jours. Je me suis rendu à Tucson dans le cadre de la préparation du Marathon de Houston. A peine sur place, j’ai procédé à la première injection. 24 heures plus tard, l’ami qui m’hébergeait a reçu un coup de fil de l’AMA, souhaitant me contrôler. Dans un premier temps, devenu parano je croyais qu’un complot avait été monté contre moi et que quelqu’un m’avait balancé, sans que je sache comment. Au fond, tout ça résulte d’une coïncidence. Ils sont venus le soir. Quand je les ai entendus frapper, j’ai tremblé de tout mon corps, mais parallèlement sachant que c’était fini et que j’allais être démasqué, plus rien n’avait d’importance. Je me moquais de ce qu’il allait advenir de moi. Je savais que là se terminait ma carrière. Malgré tout un sentiment de culpabilité m’envahissait. Je pensais à ma famille, à mes amis et aux athlètes et aux gens dont j’avais trahi la conscience. Je suis rentré en Irlande pour Noël dans l’attente de l’inévitable. Quand j’ai reçu la notification, rien de particulier ne s’est produit. J’étais prêt à affronter la vérité, parce que j’étais seul responsable de cette faute inexcusable. Voilà pourquoi, je ne ressens aucune amertume. Désormais, je vis animé par un profond sentiment de soulagement. L’imposture est terminée. Je me sens libéré d’un poids. Que c’est bon de se réveiller le matin et de se dire que l’on va courir sans aucune pression. Maintenant, il me reste à soigner cette dépression et à penser à ma reconversion professionnelle. Quant à la course, je vais l’aborder comme un loisir et seulement pour le plaisir »