
On avait oublié les heures sombres de l'affaire Balco qui avaient terni le sprint mondial en entraînant, entre autre, la chute de Marion Jones. L'affaire Mullings vient démontrer que le sprint repose sur un équilibre fragile où le dopage rode toujours dans les sphères du haut niveau mondial.
Ni John Regis le manager de Steve Mullings et pas le plus le Président de la Fédération Jamaïcaine d’Athlétisme n’ont tenu à s’exprimer sur ce récent scandale de dopage qui vient une nouvelle fois ternir le sprint mondial. Et qui assurément viendra assombrir l’enthousiasme général à l’approche du Mondial de Daegu.
Avec ses 9»80, le 6ème temps de l’histoire du sprint, Steve Mullings était incontestablement l’un des favoris du 100 mètres. Au même titre que Asafa Powell, il pouvait être l’homme capable de terrasser Usain Bolt qui jusqu’à ce jour n’a pas confirmé son statut d’invincibilité qu’on lui accordait, intouchable dieu des stades, son style, ses chronos, ses déclarations de ce printemps abondant en ce sens.
Ce scandale est retentissant car il vient relancer les doutes que l’on peut porter légitimement sur la légitimité de certains chronos enregistrés. Y aurait-il en circulation sur le marché du sport professionnel de nouvelles formes de stéroïdes ? Indiscutablement comme certains le laissent penser, affirmant que depuis l’affaire Balco et la THG, de nouvelles molécules auraient fait leur intrusion dans la préparation de certains athlètes, préparations frauduleuses complétées par la prise d’agents masquant afin de réduire à zéro le risque d’être pris lors d’un contrôle anti dopage.
Sauf que Steve Mullings est tombé et au-delà de cette jolie « prise », c’est une nouvelle fois la mise en accusation d’un pan de l’école américaine. Car le jamaïcain s’entraînait dans le groupe formé autour de Lance Brauman installé en Floride, un coach qui a pignon sur rue, auteur de plusieurs DVD, didactiques du sprint, un team certes écrasé par la stature d’un Tyson Gay mais très orienté Caraïbes avec Kelly Ann Baptiste de la Trinidad (10»87 sur 100 m), Nickel Ashmeade de la Jamaïque, 9»96 et 19»95 cette saison, Keston Bledman 9»93 cette saison originaire de Trinidad et Tobago et d’Aileen Bailey charnière active du relais 4 x 100 m jamaïcain, médaillée aux J.O. en 2004 et au Mondial en 2009.
Cette nouvelle tempête fait également surgir la très forte rivalité existant entre deux grandes écoles de sprint, la locale, celle qui cherche à garder au bercail les jeunes espoirs pour suivre l’exemple de Usain Bolt, opposé à l’école de la diaspora qui attire une partie de l’élite jamaïcaine sur le sol américain, bourse universitaire à l’appui pour nourrir dans un premier temps le circuit NCAA, tremplin pour une hypothétique carrière internationale.
De cette tourmante pourrait naître une vraie guerre, une vraie guerrilla avec règlements de compte, en somme un remake de l’affaire Balco avec dénonciations, coups bas entraînant des poursuites judiciaires et au final la mise au banc de l’infamie du sprint mondial. Après les belles années Bolt, l’athlétisme à moins d’un an des J.O. n’aurait guère besoin d’une telle déroute.