
Au fil des ans, plus qu’un coach, Pascal Chirat est devenu l’alter ego de Yohann Diniz.
Si Yohann brille dans la lumière, lui reste tapis dans l’ombre et le place avec également d’autres personnes, sur la voie du succès. Sans lui, il n’aurait sans doute pas battu ce record du monde qu’il a placé à 3h35’20’’. L’améliorant de la sorte de plus de 5’. Passionné, il lui a communiqué les 125 temps de passage, et il lui a prodigué des conseils judicieux. Notamment, quand il avait tendance à trop s’éloigner de la corde.
. Comment Yohann a-t-il mené sa course ?
-Déjà, il a bien respecté le schéma prévu. Jusqu’au 35e km, il est resté calé derrière les lièvres en se contentant de progresser à un rythme de 4’24’’ au km. Normalement, une fois seul au 35e km, j’aurais voulu qu’il maintienne cette allure jusqu’au 40e km et seulement ensuite, il était convenu qu’il choisisse sa vitesse, en fonction de sa forme. Mais et au fond je le savais, dès le 35e km, il a accéléré parce que c’est dans sa nature. A partir du moment, où il allait se retrouver seul une fois que le Polonais Sudol allait arrêter, je me doutais bien que sur la piste, il allait envoyer plus qu’il ne fallait. Donc, je ne me suis pas plus inquiété que ça. Il est passé au 40e km en 2h54’16’’ et au marathon en 3h02’36’’. Puis, il a conclu les 10 derniers km en 41’15’’, soit à 4’07 de moyenne.
. De quelle manière s’explique cette progression spectaculaire ?
- Désormais, il possède une maîtrise accrue du 50 km. Aussi, il récolte le fruit du cumul de plusieurs années de travail.
. Et le stage d’Albuquerque ?
- Aujourd’hui c’est facile de dire que c’était judicieux, puisque tout a fonctionné. Cependant, je trouve que cela reste un lieu propice à l’entraînement. Au niveau de l’altitude, c’est situé entre 1600 et 2000 mètres. Ce qui reste raisonnable et en plus, il s’agit d’un plateau. Ainsi, Yohann peut s’entraîner sur des parcours plats. Mais avant tout ce choix était guidé dans l’optique de Daegu, où l’on va se retrouver un peu dans une configuration semblable à celle de Reims. Sauf qu’en plus, il y aura la chaleur et un fort taux d’humidité. Là, on voulait voir comment 15 jours suite à la redescente à une faible altitude et 9 heures de décalage horaire dans le sens Ouest-Est, de quelle manière l’organisme allait réagir.
. Aujourd’hui, où Yohann vous a le plus impressionné ?
- Dans les 10 derniers km. Deux choses m’ont marqué. Un, sa vitesse. Deux : Il n’a vécu aucune défaillance. A Barcelone, à partir du 40e km il avait le visage marqué. Là rien. Pourtant, il s’est arraché.
. Quel est votre sentiment à propos de cette réussite ?
- Je savais qu’on avait suivi une bonne préparation et je pensais qu’il avait ce chrono dans les jambes. Et le fait que ça s’est déroulé à Reims, ça lui a mis une pression supplémentaire. Mais, il lui fallait ça pour se transcender. En fait, cette réussite résulte d’un travail d’équipe. D’ailleurs, cette équipe avait été décriée à une époque. Cependant cela fonctionne, grâce à la sophrologue, au médecin, à l’ostéopathe, à Olivier Gui qui a organisé cet événement et à moi qui nous mettons au service d’un athlète au potentiel fabuleux. Nous travaillons de concert.
. A propos de potentiel, jusqu’où peut aller Yohann ?
- Aujourd’hui, on a déjà une partie de la réponse. Je pense que le record du monde sur route est à sa portée. Il a démontré que pour sortir un gros chrono, il était impératif de réaliser un negative split et non de diviser la performance envisagée par 50. Il faut se retenir durant la première partie de l’épreuve et se lâcher dans la seconde. Il est passé au 1er 25 km en 1h49'32'' et au second en 1h45'. A Daegu, il pourra prétendre au titre. Mais après comme tout champion, il va devoir rebondir et ne pas s’endormir sur cette performance. Puisqu’il la réussit, il est normal qu’il la fête, mais à un moment il faudra l’oublier, remettre les compteurs à zéro en vue du nouvel objectif, s’il veut gagner.
Dans les jours qui viennent, que va-t-il faire ?
Il faut qu’il prenne 3 semaines de repos. Moi, aussi parce que j’ai besoin de décompresser un peu. Yohann t’expliquera que l’on a vécu une période difficile à l’occasion du stage d’Albuquerque. Et aujourd’hui, à force d’hurler dans le mégaphone pour lui donner des consignes et les temps de passage, je n’ai plus de voix. En plus, avec toutes ces émotions, je me sens vidé.
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Photos : Christophe Rochotte