
Le Kenya est un champ d'investigation exceptionnel de part son histoire, sa main mise sur le cross et le demi fond et de part cette industrie du marathon. Il y a deux ans, VO2 était reparti sur la route du marathon à la découverte de ces camps d'entraînement. Cette fois, destination Nairobi pour couvrir le championnat national de cross où l'on mesure qu'elle peut être la puissance du système kenyan.
L’Erythrée reste l’une des dernières dictatures où mener une enquête journalistique relève de l’impossible.
Depuis deux années, j’ai cherché en vain à enquêter dans ce pays qui depuis 10 ans a émergé dans le demi fond, en cross et sur marathon avec assez de résultats au plus haut niveau mondial pour développer mon intérêt afin de mieux cerner les structures de développement de ce sport utilisé là aussi à des fins diplomatiques. La bonne vieille recette des grands frères cubains ou même encore éthiopiens, le voisin ennemi.
Mais en cet hiver, nouveau refus d’obtenir un visa permettant de se rendre à Asmara pour couvrir les championnats de cross ou les championnats d’athlétisme. Malgré un entretien long et fastidieux avec le secrétaire de l’ambassade à Paris jouant avec mes nerfs et ma patience.
Ayant attendu ce précieux visa jusqu’au dernier moment, je me suis replié tout naturellement sur le championnat national de cross au Kenya.
DESTINATION NAIROBI
Paradoxalement, j’ai mené une quinzaine d’enquêtes dans ce pays mais en 20 ans, je n’ai couvert que par deux fois ces trials qui depuis deux ans ne sont plus organisés sur l’hippodrome Ngong mais dans un parc aux accents de savane, non loin du centre ville et aux portes du parc animalier. Le décor est posé, il m’inspire, me séduit. C’est un beau champ de cross comme je les aime.
Au Kenya, j’y ai bien sûr mes antennes, mon réseau, mes connaissances, de multiples contacts mais lorsque vous arrivez sur un tel évènement, vous êtes pris dans une véritable tornade avec des champions du monde et olympiques par dizaines, tout autant d’entraîneurs réputés, des managers en pagaille, des officiels au contact courtois, bref, un véritable labyrinthe dans lequel il faut vite étayer son dossier, son reportage pour ne pas se disperser. Votre mémoire visuel ne doit pas être défaillante !!!
Ici pas d’accréditation, pas de bénévoles belliqueux, pas de télés arrogantes. Même si ce championnat est organisé selon des normes presque occidentales, cela reste bon enfant. Un régal. Loin d’un Paray le Monial où pour un pied de travers, vous vous faites rappeler à l’ordre par un bénévole ou un officiel zélé.
Ce championnat kenyan permet de mesurer l’extraordinaire potentiel du Kenya, d’évaluer cette industrie du running, d’appréhender les rouages d’une fédération à la fois rigoriste et laxiste. En moins de 5 heures avant que les dernières trompettes ne sonnent la fin de ce championnat, vous êtes soumis à un véritable bombardement d’infos.
Heureusement après le cross, les discours officiels, l’annonce des qualifiés pour le Mondial de cross durent près de deux heures sous un soleil de plomb. C’est l’instant des rencontres, les bonnes et moins bonnes lorsque l’on vous fait comprendre que vous déranger. A chercher ces coureurs loin d’être farouches mais peu bavards transpirant leur dernière goutte de sueur sous la tente du contrôle anti dopage transformée en grille pain.
C’est finalement la course des juniors filles qui me fait la plus grosse impression de part la densité et l’allure du peloton. Cela se confirmera un mois plus tard à Punta Umbria pour le Mondial. Et que pensez de ce marathonien, Geoffrey Mutai vainqueur chez les hommes après avoir couru 48 heures avant une sortie longue à la kenyane, c'est-à-dire au carton. La polémique enfle et nourrit les discussions. Un marathonien qui prend le dessus sur les crossmen et les pistards… ! C’est ça le Kenya, un trop plein de tout. Mais faudrait il s’en priver et s’en offusquer ?
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