
Pour chaque numéro, la rédaction de VO2 Runinlive cherche à faire découvrir une épreuve authentique qui permet de découvrir à la fois une compétition originale mais aussi le pays où celle-ci est organisée. Pour ce numéro 217, destination le Bénin pour le Marathon de Parakou. Christophe Rochotte raconte comment il a réalisé ce reportage difficile à monter compte tenu des contraintes imposées aux journalistes.
. Alors que le Bénin est loin d'être une nation de coureurs à l'image de l'Afrique de l'Est et du Kenya, comment trouve-t-on la piste de cette épreuve ?
- L’an passé, la veille du Marathon d’Annecy après consultation du plateau, je remarquai la présence d’un athlète béninois, auteur d’un chrono de 2h32’ à Parakou. Voulant en savoir plus, j’ai demandé à André Monnier, alors organisateur, le pourquoi, le comment de la présence de Patrice Lompo. Il m’a expliqué qu’existait une forme de partenariat entre le Marathon d’Annecy et celui de Parakou. Pour une raison simple, Saint-François de Sales, créateur de l’ordre des Salésiens était originaire d’Annecy. Or, en 2008 Père Guillaume, prêtre béninois, salésien et marathonien venu rendre visite aux autres membres de la communauté tenait à courir le Marathon d’Annecy. Malheureusement, les délais d’inscription étaient forclos. Maiss André Monnier, mis au courant de la situation a décidé de faire une exception et a accordé un dossard à cet homme d’église. Tous deux ont été amenés à se rencontrer. Guillaume a alors évoqué sa volonté de développer un marathon à Parakou et a demandé des conseils d’organisation à André. Les deux hommes n’ont pas cessé d’échanger et en 2010 s’est déroulée la première édition du Marathon de Parakou et le vainqueur a été invité à courir à Annecy. Lors de la Pasta-Party, j’ai été frappé par la détermination et l’enthousiasme de cet homme, qui s’est démené afin de mettre à nouveau sur pieds un marathon en Afrique de l’Ouest avec les moyens du bord. Donc, pourquoi ne pas lui apporter un coup de pouce médiatique.
. Cette course est elle vraiment à l'image de ce personnage très charismatique qu'est l'organisateur ?
- Tout-à-fait. Souvent, à propos d’une épreuve qui nous plaît, on a coutume de dire : « Ca fonctionne, parce qu’elle possède une âme » Et cette « Ame » s’avère souvent le reflet de la personnalité de l’organisateur, qui en l’occurrence considère que la course contribue à favoriser la paix entre les hommes. Ce genre de propos apparaîtra banal, voir tel un truisme vu d’ici. Cependant, en Afrique la réalité est différente, en ce sens, où au sein de chaque pays vivent plusieurs ethnies, avec leur langue, leurs traditions, leur culture, leurs croyances et bien souvent elles ne se fréquentent pas, voir s’opposent, ou en viennent à s’affronter, pour X raisons qu’il ne nous appartient pas de relater ici. Néanmoins, à défaut de rêver à un melting pot, des actions soutenues par des hommes de bonne volonté contribuent à ce que tout le monde cohabite sans violences. Ainsi, du Marathon de Parakou. D’ailleurs Guillaume, figure très respectée considère que ce marathon relève d’une mission. Et cela fonctionne. Tous les participants acceptent de prendre le départ revêtus du T-shirt blanc fourni par l’organisation.
Ensuite, si le marathon ne réunit que 83 coureurs, les autres distances en rassemblent 750 et donc Guillaume a réussi. Ensuite, on peut parler d’une vraie fête. Durant la traversée de Parakou, tous les coureurs sont applaudis, il règne un sentiment de joie rarement rencontré. Les innombrables motos-taxi, pourtant peu respectueuses du code de la route attendent le passage du dernier coureur, avant de reprendre leur course folle, quand en France des signaleurs se font agresser. Enfin, il importe d’indiquer qu’en dépit de sa foi, Père Guillaume n’use pas de son charisme à des fins de prosélytisme. Des musulmans, des chrétiens, des athées et d’autres viennent. Personne n’est contraint de prier et aucune messe n’a lieu à l’issue de la manifestation et excepté le droit d’inscription, (1,50 euros pour l’instant) aucun argent ne vous sera réclamé.
. Est ce une épreuve où l'on peut découvrir et mieux comprendre l'Afrique dans toute sa problématique ?
- Je le pense. L’on s’y rend seul et non par l’intermédiaire d’une agence de voyages qui pourrait être tentée d’aseptiser le déplacement en parquant ses clients une semaine dans un resort, où ils ne voient rien du pays. Donc, puisque le Bénin n’est pas envahi par les touristes, il arrive souvent que l’on se retrouve l’unique occidental dans un village et là commence la découverte de l’Afrique. Il suffit de s’asseoir à la table d’un « Maquis » petit bar-restaurant du cru et rapidement des conversations s’engagent. En plus, Parakou n’a rien à voir avec le quartier d’affaire d’une capitale africaine, avec son lot d’expatriés et où l’on retrouve le confort de la société occidentale. Bref, loin de Cotonou, il est possible de rencontrer le pays réel et de se trouver plonger dans un autre monde. J’avoue que c’est déstabilisant.
. Aujourd'hui aucun voyagiste ne propose cette destination, est ce alors accessible à tous de monter son propre voyage ?
- La langue officielle du Bénin étant le Français, tous nos compatriotes seront donc en mesure de communiquer et de vivre cette aventure. Plusieurs compagnies aériennes desservent Cotonou depuis Paris. Ensuite, il existe des bus pour se rendre à Parakou, où l’on trouve des hôtels bon marché et où l’on peut découvrir la cuisine locale. Seule vraie contrainte, se faire vacciner contre la fièvre jaune. Et ce déplacement demeure abordable au plan financier. Pas plus cher que certaines épreuves françaises, tout compris. Et comme le répète inlassablement Guillaume : « Venir chez nous, c’est participer à la construction de l’Afrique »
. Reportage à découvrir dans le numéro 217 de VO2 Runinlive, en vente dans tous les bons kiosques