
Fan d’ultra, Patrick Bonnot, 45 ans ne se contente pas de courir et d’aller au bout de défis difficiles tels la Transe Gaule, ou encore la traversée du Ténéré de Bilma à Agadès, nommée 555. A dessein de partager sa passion, il a décidé de se lancer dans l’organisation. En 2010, il a crée l’Ultra Trace Saint-Jacques, une course par étapes de 720 km à couvrir en 12 jours entre le Puy et Saint-Jean-De-Pied-De-Porc, qu’il considère comme « La petite sœur de la Transe Gaule ». Sur cette voie qu’il qualifie de « Magique », nul doute que les coureurs vivent quelque chose de transcendantal.
. Comment es-tu venu à l’ultra ?
- En fin de compte, cela a commencé très tôt. J’ai toujours aimé relever des défis. Par exemple, gamin je me fixais pour objectif de parvenir le plus vite possible en haut d’une bosse en courant et à peine en haut, je redescendais illico. Ensuite, en 1985 j’ai été parmi les pionniers du triathlon. J’ai participé à celui de Nice et à celui de la Réunion. Puis, je me suis orienté vers le raid multisports. Avec des collègues policiers, on voulait tenter l’aventure du Raid Gauloises, mais nous n’avons pas trouvé le budget. En fait, le raid multisports m’a mis le pied à l’étrier et m’a encouragé à aller vers des challenges de plus en plus relevés, plutôt que de partir à la recherche de la performance chronométrique sur des distances données. Je n’ai jamais aimé courir après un temps, obsédé par le chrono. Tout simplement, parce que cela implique des contraintes d’entraînement. Notamment respecter un programme. Or, je ne veux pas me sentir entravé. Le dépassement de soi, je le recherche autrement et plus particulièrement par le biais de l’ultra sur les chemins de traverse, où je me rapproche de l’état de nature.
. La genèse de l’Ultra Trace de Saint-Jacques ?
- A la base, il y avait l’envie d’organiser une épreuve, afin de faire partager aux autres ce que l’on vit lors d’un ultra en termes de plaisirs et de bonnes souffrances. A l’instar d’un artiste qui crée une œuvre, je voulais conceptualiser mon imaginaire dans le domaine athlétique. Au départ, pour me convaincre que j’étais capable de concrétiser un projet sportif, j’ai commencé par lancer un 10 km dans mon village situé en région parisienne dans la Vallée de Chevreuse et des courses atypiques, à l’image de trails de 8 km dans la boue. Ca a marché. Donc, ça m’a rassuré et convaincu que je pouvais donner libre cours à mes rêves. J’avais pensé à la diagonale qu’est la Transe Gaule, mais Jean-Benoît Jaouen m’a précédé, alors il me fallait trouver autre chose. Notamment à Strasbourg-Lyon, mais là encore cela revenait à me limiter à un copier-coller de la Transe Gaule. Comme je recherchais un parcours à majorité sur chemin, l’idée d’emprunter l’une des voies menant à Saint-Jacques m’est venue, parce que c’est à la fois mythique, magnifique et balisé. Donc pratique. Après, dans un premier temps en avril 2009 j’ai fait la reconnaissance en VTT, avant de recommencer en courant au mois de novembre, histoire de me rendre compte si ce projet était réaliste. J’ai réussi en 12 étapes et à partir de là, si moi j’avais été apte à relier le Puy à Saint-Jean-Pied-De-Porc dans les Pyrénées, soit 720 km, on peut considérer que c’est accessible au plus grand nombre et ainsi naquit l’Ultra-Saint-Jacques en avril 2010.
. De quelle manière fonctionne l’épreuve ?
- Elle commence par un prologue de 24 km, suivi de 11 étapes, dont la distance varie entre 55 et 70 km. Les coureurs bénéficient de 4 à 5 ravitaillements par jour et la moyenne horaire obligatoire à respecter est de 5 m/h. Tous les soirs, nous sommes accueillis dans un village, où l’on nous offre le gîte, soit dans un gymnase, un collège, voir des gîtes et tous les participants se retrouvent pour partager le dîner dans un restaurant. Ce qui contribue à générer une excellente ambiance. Pendant 12 jours, je dirais que c’est tribal. L’an passé, il y avait 14 pionniers au départ. 9 ont réussi. Cette année, on a limité à 25 inscrits et c’est déjà complet. Il y a parmi eux 8 étrangers : 4 Hollandais, un Belge, 2 Allemands et un Coréen. Je veux que tout le monde aille au bout. Mon plus grand plaisir, c’est que tout le monde vive pleinement son rêve et découvre de supers sensations au-delà de la souffrance.
. Quand tu emploies l’adjectif « Tribal » ne te réfères-tu pas à Alain Gestin qui évoque ses coureurs en parlant de sa tribu ?
- Alain m’a inspiré. Jean-Benoît Jaouen également. J’ai couru la 555 au Niger en 2004 et en 2005, j’ai fini la Transe Gaule. A leurs côtés, en m’engageant dans des défis un peu fous, j’ai beaucoup appris.
. A quoi ressemble le parcours ?
- On suit le GR 65 à 95%. Par moments, nous devons nous en écarter, parce qu’il n’est pas très bien balisé. Par exemple, lors de la traversée de l’Aubrac avec les pistes de ski encore enneigées. Cet effort est difficile avec ses 20000 mètres de dénivelé positif et négatif. Aussi, dans l’Aubrac à 1400 mètres d’altitude, il faut affronter une température de -2°. Toutefois, c’est magique. Déjà entre le Puy et St Jean, on passe par une diversité de paysages somptueuse et il se dégage du chemin une quiétude apaisante, propice au dépassement de soi. Enfin, on rencontre des gens merveilleux. A cette saison, seuls les authentiques pèlerins partent sur les traces de Saint-Jacques. Il n’y a pas la foule. Le chemin n’est pas encombré par les randonneurs.
. A l’instar de la Transe Gaule, ou de la 555 ne peut-on pas considérer l’Ultra Trace tel un tremplin pour aller plus loin ?
- C’est une bonne école qui permet de se découvrir, car au bout du voyage on ne trouve que soi-même et en effet, elle peut constituer un tremplin pour aller plus loin. Certains rêvent au 18 étapes de la Transe Gaule, d’autres aux 64 jours de la TransEuropaLauf, prévue l’an prochain.
. As-tu d’autres projets dans le domaine de l’organisation ?
- Oui. Non seulement des trails atypiques, voir des épreuves courtes sur route, mais aussi la Greenwich Race. Concernant cette dernière, le but consisterait à longer la partie française du méridien de Greenwich. 700 km en 8, ou 9 jours. L’épreuve partirait de Villers/Mer dans le Calvados et finirait sous la cascade du Cirque de Gavarnie dans les Pyrénées. Un peu comme Mike Horn qui ne se décalait pas de plus de 60 km du nord, ou du sud de l’équateur, nous nous n’oscillerions pas plus de 3 km par rapport à l’est, ou à l’ouest du méridien. J’espère que je parviendrai un jour à donner vie à ce projet. La difficulté demeure le balisage pour tracer la route.
. Et à quelles épreuves comptes-tu t’inscrire ?
- On veut toujours plus et mon prochain défi sera la TransEuropaLauf en 2012, où je vais retrouver mes potes Jean-Benoît Jaouen, Gérard Denis et Christophe Midelet. En compagnie de Gérard et de Christophe, j’avais couru la Transe Gaule en 2005, la seule année où il n’y a pas eu d’abandons. On se souvient tous de cette expérience unique. Obligatoirement, cela soude encore plus le groupe.
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Pour en savoir plus : www.ultratrace.fr