
Suite à une préparation spécifique de deux mois sur les routes du comté d’Owego, dans le New Jersey, Erin Taylor-Talcott, 33 ans a réussi sur 50 km marche les minima masculins pour les US Trials, passage obligé pour tout prétendant à une sélection olympique. Or le 50 km, tant aux Trials qu’aux JO n’est pas ouvert aux femmes. Malgré tout, la USATF l’autorisera-t-elle à participer à cette épreuve de qualification en compagnie des hommes ?
Au final, après de longues et fastidieuses démarches, Erin a obtenu gain de cause et le 22 janvier à Santee, Californie, elle pourra donc s’aligner au départ du 50 km normalement réservé aux hommes.
Le 50 km demeure en athlétisme, le dernier vestige de l’inégalité homme femme. Le marathon féminin a été accessible aux JO de Los Angeles en 1984 et le 20 km marche à Barcelone en 1992.
Peut importe à Erin qu’aux Etats-Unis le 50 km demeure une discipline marginale, puisque seulement une douzaine d’athlètes ont réalisé les minima en vue des Trials et qu’un seul apparaît en mesure de décrocher son ticket olympique, elle tenait à obtenir le droit de concourir. Ceci afin d’éveiller les consciences et de démontrer l’intérêt manifesté par les femmes pour cette spécialité.
Par contre, impossible d’envisager les JO. D’une part, son record étant de 4h41’36’’, elle sait que les minima olympiques fixés à 4h09’ ne sont pas à sa portée. D’autre part, pour l’instant l’IAAF n’a pas l’intention d’organiser un 50 km féminin. La fédération internationale considère que le 50 km ne concerne pas assez de femmes et donc, qu’il n’y a pas d’intérêt à le rendre officiel lors de grands championnats.
Cependant, pour elle il apparaissait normal de prétendre aux Trials, car elle avait accompli les minima masculins de 4h45’. Un chrono à des années-lumière des standards européens, chinois, australiens et sud-américains.
Comment l’IAAF réagira-t-elle si à l’occasion de cette compétition, Erin se retrouve en mesure d’intégrer le team national formé dans l’optique de la coupe du monde, qui aura lieu en Russie, au mois de mai. Une telle hypothèse semble plausible. Les conditions de sélection pour cette épreuve étant beaucoup plus accessibles.
Néanmoins, selon les règles édictées par l’IAAF, ce championnat semble réservé uniquement aux hommes.
« Ce combat s’annonce difficile, mais si mes résultats me permettent de postuler pour l’équipe nationale, je vais me battre. Quel critère de sélection doit être pris en compte : le genre, ou la performance ? Au USA un titre féminin est attribué sur le 50 km, au cours d’une épreuve mixte. Je l’ai remporté deux fois et j’ai dominé des hommes. Notamment mon mari, 3’ derrière moi » : explique-t-elle.
Avant de poursuivre : « Le plus frustrant par rapport à la coupe du monde, c’est que je n’ai pas obtenu de réponse franche de la fédération. Les instances louvoient. En fait, ils ont peur que je batte trop d’hommes et ça les gêne. Mais, ce n’est pas de ma faute. Qu’ils soient plus rapides. Je pense que les officiels devraient être fiers. Ce serait bon pour le 50 km, parce que mon histoire attirerait l’attention »
Si Erin est déboutée de sa demande, elle se tournera vers le 20 km afin d’essayer de gagner son ticket pour Londres. Les Trials relatives au 20 km sont programmées en juin.
Cependant, la distance qui la fascine reste le 50 km.
D’ailleurs, elle s’est fixée pour ultime objectif de passer les minima masculins sur le 50 km à l’horizon des JO de Rio, tout en reconnaissant la difficulté de ce challenge :
« Ca va être dur. Ca équivaudra à un record du monde féminin, mais je ne me fixe pas de limite et je me dis qu’il faudra bien qu’il ait un commencement pour le 50 km féminin »
En attendant, à l’instar de la plupart des athlètes, elle va devoir concilier son entraînement de haut niveau impliquant 145 km de marche par semaine avec une activité professionnelle. Musicienne, elle joue du hautbois et du basson, dans un orchestre classique.
De quoi transposer son rêve en une Chevauchée des Walkyries.
| |||
|---|---|---|---|