
Surtout connu en tant qu’entraîneur de Yohann Diniz, que l’on ne présente plus, Pascal Chirat occupe également la fonction de manager de la marche auprès de la FFA. A ce titre, il tenait à être présent aux 50 km de Dudince, en Slovaquie, où 3 athlètes français étaient partis à la quête des minima pour Daegu, fixés à 3h54’. Deux d’entre eux réussiront : Bertrand Moulinet, 3h50’49’’ et Cédric Houssaye, 3h53’24’’. Quant à Hervé Davaux, il renoncera à la mi-parcours. Au-delà de ce succès, Pascal revient sur la dynamique qui anime actuellement la marche athlétique en France.
. A combien avaient été fixés les minima sur le 50 km ?
- Il faut distinguer les minima A et B de l’IAAF fixés à 3h58’ et 4h09’, de ceux de la FFA établis à 3h54’ et que devaient réussir les marcheurs français.
. L’épreuve de Dudince en Slovaquie constituait-elle pour eux la dernière opportunité d’y parvenir ?
- Oui. D’un point de vue stratégique, nous ne voulions pas d’une course aux minima et la date pour se qualifier avait été arrêtée au 30 mars, parce qu’il importe que les athlètes récupèrent bien et n’aient plus qu’à se concentrer sur la préparation des Mondiaux de Daegu, prévus début septembre.
Dans cette optique, on avait également mentionné que les minimas ne pouvaient pas être tentés à l’occasion de la Coupe d’Europe, qui aura lieu le 21 mai à Olhao, au Portugal. Ce qui signifie que lors de cette échéance, aucun des sélectionnés français, à savoir, Yohann Diniz, Bertrand Moulinet et Cédric Houssaye ne seront alignés.
. Dans le monde de la marche que représente Dudince ?
- Cette épreuve est intéressante à double titre.
D’une part au niveau de sa date. A cette période, en Slovaquie il ne fait pas très froid et pas encore trop chaud. Après, le vent peut souffler. Cette année, les marcheurs ont commencé à le sentir à partir du 25e km et surtout, durant les 15 derniers.
D’autre part, au fil des ans le savoir-faire des organisateurs a fini par s’imposer et Dudince est devenue un rendez-vous d’envergure avec des vainqueurs en moins de 3h40’ et où l’on retrouve de la densité au plan des performances. Ce qui favorise la réalisation de chronos. Par exemple, Bertrand avec 3h50’49’’ et Cédric avec 3h53’24’’ finissent respectivement 8e et 10e du meeting.
. Escomptiez-vous 3 qualifiés aux Mondiaux sur le 50 km ?
- En plus de Yohann, j’avais bon espoir qu’il y ait au moins un qualifié de plus. Je n’ai pas été surpris par Cédric. Concernant Bertrand, le doute planait. Vu les 1h21’50’’ qu’il avait sorti au 20 km de Lugano, 6 jours avant, moins de 3h54’ sur 50 km étaient envisageables, mais allait-il être en mesure de récupérer, dans un laps de temps si court ?
Là, il a démontré qu’il dispose de capacités de récupération importante et qu’il est un garçon solide. L’intéressant, c’est que nous sommes sur une bonne dynamique, tant sur le 50, que sur le 20 km. Bertrand progresse et son record sur 20 km va encourager les autres jeunes tels Antonin Boyez et Kevin Campion.
Hervé Davaux avait également décidé de se présenter à Dudince, mais il a abandonné à la mi-course. Sa préparation avait été perturbée par une blessure en janvier. Il a été arrêté un mois en raison d’une sérieuse entorse consécutive à un accident domestique dans son garage. Après, en dépit d’un stage en Afrique du Sud, où il s’est bien entraîné, cela n’a pas été suffisant pour les minima de Daegu. Désormais, il lui reste la possibilité de tenter les minima sur le 20 km, ou ceux du 50 en vue des JO de Londres.
. Quels sont les minima sur le 20 km ?
-1h21’10’’.
. Comment s’explique la dynamique actuelle dans le milieu de la marche française ?
- Sur 50 km, les minima sont difficiles mais abordables et c’est une des raisons pour lesquelles les athlètes se transcendent. Si, les minima avaient été de 3h51’, ou de 3h52’, ils n’auraient pas réussi les chronos qu’ils ont réalisés dimanche, parce que déjà ils auraient dû suivre un tableau de marche plus relevé avec évidemment plus de risques d’échouer. Par contre, bien qu’ils sachent que 3h54’ c’est dur, ils abordent la compétition avec plus de sérénité, car ce qui leur est demandé demeure réalisable.
A court terme, sur le 20 km, je crains que cela s’avère compliqué avec un minimum de 1h21’10’’. Il faut comprendre que la marche est une discipline, où l’âge de maturité se situe entre 25 et 35 ans. Or le niveau d’exigence sur le 20 km est trop élevé pour des jeunes au début de leur carrière, à l’image de Kevin Campion, ou Antonin Boyer, qui se situent en 1h24’ et qui vont progresser par paliers. Déjà 1h22’ ce serait pas mal. Là, 1h21’10’’, ils risquent de ne pas y arriver. Malgré tout ces jeunes sont animés par une dynamique pour les raisons suivantes :
1 : Ils ont la volonté de s’engager et de réussir. Donc, ils s’en donnent les moyens. S’engager ça signifie opter pour le biquotidien, partir en stage, où l’on peut s’entraîner dur, puisque l’on peut se consacrer uniquement à la marche, vu que les athlètes bénéficient de soins et peuvent bien récupérer.
2 : En la personne de Yohann, il existe un leader dans la discipline. Par un effet de synergie, il contribue à l’élévation du niveau. Désormais, les athlètes veulent réussir des performances de haut niveau et ne plus se contenter d’être le meilleur français.
3 : Le soutien de la fédération, par le biais de l’aide personnalisée et de la possibilité de bénéficier d’horaires aménagés dans leur travail, s’ils figurent sur les listes ministérielles.
Donc, ils sont confortés dans leur engagement.
Bon, ce que l’on n’arrive pas encore à faire, c’est à fonctionner sur des plans d’entraînement communs. Cependant, en janvier les athlètes ont vécu un stage ensemble. Cela a créé une émulation. Ils ont pu marcher avec le leader de la discipline. Ca les valorise et ça leur donne envie de progresser.
. Qui, mis à part Yohann semble en mesure de réaliser les minima sur le 20 km ?
- Bertrand Moulinet peut y arriver, il est à 40’’. Kévin Campion a fait de gros progrès, mais il est blessé. Pareil, Antonin Boyez s’était également blessé en salle. Or, pour ces minima, il faudra se présenter à 100%. Donc, ça risque d’être difficile pour eux. Mais à moyen terme, je ne suis pas inquiet. Tout en s’entraînant dur, ils doivent accepter de pas forcément parvenir au chrono rêvé tout de suite et faire preuve de patience. On ne gagne pas deux minutes du jour au lendemain. Seul un gotha d’athlètes passent sous les 1h21’10’’.
. Et concernant les féminines ?
- Le minima est de 1h31’. Une seule possibilité Sylvia Korzeniowska. Elle possède un record de 1h30’31’’, qui date de 2008. Sans vraiment avoir arrêté, après les JO de Pékin, elle s’est moins entraînée. Mais, cela fait 6 mois qu’elle a repris sérieusement. Ca allait plutôt bien, mais 15 jours en arrière, elle est tombée malade et elle a dû abandonner aux 20 km de Lugano. Elle va prendre part aux championnats de France le 17 avril, histoire de constater à quel niveau elle se situe et si elle peut aller chercher les minima.
Mais dans son esprit, ce qui l’intéresse surtout, ce sont les JO. Ca lui ferait 3 participations. Deux pour la Pologne, une pour la France. Ensuite, elle mettra fin à sa carrière internationale. Donc, elle est là pour temporiser, car derrière elle, on ne trouve que deux jeunes : Emilie Menuet et Irène Pastorino auxquelles 5 ans de boulot vont être nécessaires avant d’atteindre le niveau des seniors.
Et ce n’est pas gagné. On peut être un bon junior, un bon espoir et ne pas passer le cap, une fois senior.
Le problème chez les filles, c’est qu’il manque une locomotive et qu’en plus, il n’y a pas de densité. En ce qui concerne l’avenir, pour l’instant je n’ai que deux noms. Si une décide d’arrêter pour X raisons, ça se complique encore plus. Au Kenya, ce problème n’existe pas, il y a des centaines d’athlètes qui frappent à la porte.
. Enfin, Yohann participera-t-il à la Coupe d’Europe sur le 20 km ?
- C’est en suspens. Depuis Reims, on n’a pas encore procédé au debriefing. Il faut tout peser et analyser tous les paramètres. J’ai ma petite idée, mais tout le monde comprendra que Yohann soit le premier informé.
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Photos : Christophe Rochotte