
Osez le Mont légendaire clament les organisateurs de cette classique jurassienne qui ce matin célébrait sa 27e édition. Cette compétition de 17,5 km, qui au départ de la cité thermale de Salins-les-Bains se terminent à quelques encablures du sommet du Mont Poupet et qui compte pour le challenge national de course en montagne n’épargnent pas les organismes, en raison de son tracé exigeant. Regroupés Place des Salines avant d’être libérés par le starter et comme tassés au fond de la vallée, les 1200 concurrents remarquent au loin sur les hauteurs une croix matérialisant l’arrivée. Ce symbole les impressionne. Ainsi, ils savent que ce n’est seulement qu’à l’issue de cette Via Dolorosa, qu’ils connaîtront la délivrance, ou plutôt la joie d’être parvenu au bout de ce défi dantesque, les confortant de la sorte dans leur choix d’avoir osé se confronter avec le Mont légendaire.
En ce dimanche de pentecôte, si pour la plupart des participants le but se limitait à venir à bout de ce défi dantesque, nombre d’étrangers tenaient à se mêler à la lutte pour la victoire.
Notamment, les Burundais de l’AS Rispoli, des Kényans, des Ethiopiens, des Belges, des Américains, des Croates et d’autres.
Passant en 2’58’’ au 1er km, les Burundais asphyxieront rapidement leurs adversaires. Au 3e km, seuls 3 hommes demeuraient toujours en mesure de l’emporter : les Burundais Willy Nduwimana, vainqueur 2010 et Onesphore Nkunzimana, plus le Rwandais Gervais Harizimana, 33e aux mondiaux de cross cette année.
Pointés avec deux minutes, les autres favoris dont le Belge Mickael Brandenbourg préféraient jouer la prudence, espérant que les leaders ne parviendraient à suivre un tel rythme jusqu’au sommet.
Toutefois, se sentant en confiance, Willy Nduwimana portera une accélération dévastatrice au 5e km. Ses deux compagnons d’échappée n’y résisteront pas et n’auront d’autre choix que d’admettre la suprématie de cet athlète semblant impressionnant de facilité.
Désormais, si la première place lui apparaissait acquise demeurait une interrogation : Willy réussirait-il à battre le record de l’épreuve ?
Pourtant, le Croate Drago Paripovic en terminant en 58’35’’ en 1994 avait placé haut la barre.
Néanmoins, au fil de la traversée des villages parsemant le parcours et servant de points de repères au chronométreur, ce diable de Burundais ne cessait d’augmenter son avantage.
Epuisé, par les deux derniers km constituant un véritable mur et comportant des secteurs présentant une inclinaison de 18%, il finira en 57’12’’, avant d’aller s’écrouler dans l’herbe pour vomir et d’avouer :
« C’est dur. Les bosses sont raides et les descentes font encore plus mal aux jambes, mais cette année je voulais battre le record de l’épreuve (synonyme d’un doublement de la prime, soit 900 euros). J’ai vraiment souffert dans les 3 derniers km, en raison du réveil d’une douleur au niveau des releveurs »
Il précède son compatriote Onesphore Nkunzimana, inscrit de dernière minute, 59’58’’ et le surprenant Belge, Mickael Brandenbourg, 1h00’19’’.
Ce dernier, à peine 24 ans et auteur d’un temps de 29’35’’ sur 10000 mètres a opté pour une course tactique :
« Avec tous les étrangers qu’il y avait, jamais je n’aurais imaginé monter sur le podium. J’étais déjà venu en 2004 et en 2007 et j’ai fini 9e. Cette fois-ci, je ne suis pas parti trop vite. Je ne voulais pas me griller. Je les ai laissés filer et au début, j’évoluais à la 8e place. Dès la première difficulté, cela a commencé à craquer et avant d’entamer la dernière côte, j’étais 4e. J’ai été cherché le podium au mental. J’ai gagné 7’ en 4 ans. Je pense que j’ai le potentiel pour battre un jour le record de l’épreuve. Comme j’habite dans les Ardennes, je vais pouvoir m’entraîner sur des terrains vallonnés »
Premier Français en 1h04’32’’, Gilles Segris se satisfera de la 10e place.
Côté féminin, la Kényane Gladys Chepchir se livrera à un cavalier seul. Il s’agissait pour cette jeune femme de 25 ans de son premier déplacement en Europe.
Détentrice d’une marque de 31’09’’sur 10 km, elle se détachera inexorablement à partir du second km et s’en ira quérir la victoire en 1h09’54’’. Maintenant, forte de ce succès elle compte se lancer sur semi marathon, avec pour ambition un chrono de 1h11’.
Elle devance l’Ethiopienne Gene Adeke, encore espoir, 1h10’53’’ et la Marocaine, Fatiha Benchetki, 1h13’35’’, dont on attendait mieux, suite à sa 11e place aux mondiaux de cross cette saison.
4e en 1h14’33’’, Adeline Roche, championne de France 2010 du marathon en 2h38’31’’ effectuait là son retour, suite à une blessure.
A l’issue de ce rendez-vous, tous les coureurs loueront la qualité de l’organisation et remercieront le public enthousiaste, peu avare d’encouragements, donnant de la sorte à cette Montée du Poupet, des allures d’une étape de montagne du Tour de France.
Nul doute que cette ferveur galvanisera Paul Jeandot et son équipe aux commandes depuis le commencement, afin de continuer jusqu’à la 30e édition.
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