Vice-championne du Monde l'an passé, championne d'Europe il y a 10 jours, l'ex-championne de France de cross juniors et espoirs a réussi sa métamorphose de frêle athlète en solide duathlète.
Sandra, peux-tu nous raconter ta course des championnats d'Europe à Limerick ?
C'était un format plus long que les courses habituelles de Grand Prix. Là, on avait 10 km à pied, 40 km de vélo et 5 km pour finir. C'est parti lentement et j'ai durci la course au 5e kilomètre emmenant avec moi Sabrina Godard-Monmarteau et Ruth Van der Meijden, deux filles qui courent sur le Grand Prix Français. On prend le vélo toutes les trois et je me sentais vraiment bien à vélo. On s'est bien relayées ce qui nous a permis de faire le trou et poser le vélo avec près de 2' d'avance sur le peloton. J'ai fait une belle transition et j'ai attaqué tout de suite Van der Meijden pour creuser l'écart. Et Sabrina qui était cuite à la fin du vélo a réussi à maintenir sa médaille de bronze.
A t'écouter, on a presque l'impression que c'est grâce à ton aisance en vélo que tu as pu obtenir ce titre car tu étais la plus fraîche pour la seconde course à pied ?
C'est exactement ça et c'est même incroyable : j'ai plus confiance en vélo qu'en course à pied en ce moment. A tel point que lundi dernier, lors des championnats de France à Chateauroux, je me suis même permise de partir seule en vélo et de poser seule avec une belle avance pour remporter le titre de Championne de France.
Comment expliques-tu ça, car à tes débuts en duathlon en 2007, tu subissais la partie vélo en attendant patiemment la seconde course à pied ?
Ca remonte à loin ça ! Depuis je suis devenue une vraie duathlète, alors qu'au début j'étais une ex-coureuse à pied qui n'avait plus beaucoup de motivation et qui s'essayait à cette discipline. Une vraie duathlète, ça veut dire que je m'entraîne autant en vélo qu'en course à pied, 5 séances de chaque par semaine auxquelles je rajoute 2 séances de PPG. Et bien sûr je travaille la principale difficulté de ce sport, la reprise de course à pied après le vélo, en faisant des séances de multi-transitions, course à pied/vélo/course à pied/vélo, etc...
Est-ce que tu prends autant de plaisir à faire du duathlon que tu en prenais quand tu courais ?
Totalement. C'est assez étonnant car j'ai découvert ça sur le tard, mais j'aime vraiment rouler. Mon coach, Stéphanie Gros, doit même me freiner un peu car j'aurai tendance à trop rouler, surtout l'hiver. J'ai toujours pris le sport pour ce qu'il était, un grand plaisir. J'ai connu des grandes joies en athlé, notamment mon titre de championne de France espoirs de cross à Carhaix en 2000 ou mes deux titres juniors en cross et sur 3 000 m en 1997. Aujourd'hui, c'est en duathlon que ça se passe, j'en suis super ravie mais à aucun moment, je prends ça comme une revanche sur une carrière d'athlé qui ne se serait pas développée comme elle l'aurait pu. Je n'ai aucun sentiment de frustration. Le duathlon, c'est une nouvelle rencontre, une nouvelle aventure, une nouvelle façon de s'entraîner. Et je lui dois même ma médaille de bronze en cross l'an passé à La Roche sur Yon.
Pour quelles raisons ?
La première, c'est qu'en 2006, j'avais quasiment arrêté le sport, je ne faisais plus de compétitions, juste de l'entretien. Et en discutant avec des copains, (il y a beaucoup d'anciens athlètes qui ont basculé sur le duathlon), ils m'ont donné envie d'essayer. Je me suis donc entraînée plus sérieusement l'hiver 2006-2007 pour participer au Grand Prix avec mon club, le TOC Cesson. Le duathlon m'a remis le pied à l'étriller. La seconde raison, c'est que depuis que je fais du vélo, j'ai vraiment gagné en solidité physique et en puissance, deux qualités importantes pour le cross. Avant, je me blessais souvent, aujourd'hui, beaucoup moins. Et à La Roche, sur un parcours compliqué avec beaucoup de vent, j'ai vraiment senti que j'étais solide.
Est-ce que ça ne te donne pas envie de faire une saison estivale d'athlétisme ?
Non, vraiment pas. Je suis duathlète maintenant et je ne sais même pas où et quand ont lieu les championnats d'Athlétisme. Je fais les cross l'hiver car ils s'intègrent dans ma préparation du duathlon, mais même l'hiver, je ne mets pas le vélo de côté. Pour l'été en revanche, mener les deux saisons de front ne serait guère possible.
Pour revenir sur les championnats de France de cross, tu es passée un peu à côté cet hiver, seulement 15e. Une explication ?
Oui, une : le surentraînement. J'en parle aujourd'hui, après mes deux titres de duathlon, j'ai donc du recul, mais au soir des France de Paray-le-Monial, je n'étais pas fière. Mais c'était un mal pour un bien car je n'ai vraiment pas compris ce qui m'était arrivé ce jour-là. J'ai fait des analyses et on s'est rendu compte que j'étais en surentraînement et que je n'arrivais plus à encaisser les séances de hautes intensités. Dès lors, j'ai passé presque 4 semaines à ne faire que du travail aérobie, long et lent et surtout à l'envie, le temps de récupérer. J'ai pu refaire quelques séances d'intensité début avril, juste à temps pour me rassurer avant les Europe. Le gros du travail avait été fait l'hiver, cette période ne m'a donc pas trop handicapée. Et de toute façon, si j'avais voulu continuer en intensité, je serais arrivée totalement cuite aux Europe.
Quels sont tes objectifs pour la suite de la saison ?
J'ai appris en début de semaine que j'étais sélectionnée pour les championnats du Monde de duathlon qui auront lieu à Gijon en Espagne fin septembre. Ce sera le gros objectif de ma saison désormais. En attendant, il y a les manches du Grand-Prix avec Cesson. On a perdu Alexandra Louison à l'intersaison, ça va être compliqué pour le titre, surtout qu'on a mal démarré la première manche. Mais je reste confiante pour une place sur le podium.
|
|
|---|---|
|
|