
« Le cross country va-t-il plonger ? ». Les éditorialistes anglais ont posé cette question cruciale à l’approche du Mondial sur certains sites internet dédiés à l’athlétisme. Car quel peut être l’avenir du cross dès lors que le Mondial ne sera organisé que tous les deux ans ? Peut-on craindre une perte de crédibilité, une perte d’audience médiatique, une perte de compétitivité ?
L’IAAF malgré la montée au créneau des vieilles gloires du cross africain telles que Paul Tergat dénonçant une telle mesure, n’a pas eu d’états d’âme à sacrifier ce championnat le plus vieux dans l’histoire de l’athlétisme. Malgré le succès d’un Mondial tel que celui de Mombasa en 2007 au bord de l’océan indien, spectacle extraordinaire revivifiant la discipline.
Les raisons invoquées d’une telle décision sont multiples : le manque de compétitivité des crossmen européens, américains et asiatiques face à l’armada africaine, la difficulté à trouver une ville d’accueil, la difficulté à vendre les droits télévisés permettant de financer un tel championnat.
A cela, les objections sont multiples. Le cross européen ainsi que le demi fond américain ne se porte pas si mal sauf que de nombreuses fédérations défaitistes ont décidé de « geler » les équipes nationales soit en boycottant cet évènement, soit en n’envoyant que des coureurs isolés qui se retrouvent esseulés dans un tel contexte. Cette année, à Punta Umbria, seules deux équipes européennes seront au complet, l’Angleterre qui veut encore défendre les intérêts du cross et de son équipe et l’Espagne qui ne pouvait pas faire moins. Alors que 4 nations européennes n’enverront qu’un seul junior pour faire grimper le chiffre de nations présentes.
Ainsi le cross n’est plus tout à fait en mesure de lutter contre la montée en puissance de la course sur route. C’est un vieux débat mais la concurrence n’a jamais été aussi forte avec une « offre » de plus en plus alléchante du côté de la route détournant certains des meilleurs crossmen d’une discipline hivernale qui n’est plus en mesure d’assurer le même retour financier. Comment lutter contre des épreuves offrant jusqu’à 250 000 $ de primes comme pour le RAK aux Emirats ou bien 140 000 $ pour le semi marathon de New York organisé le même jour que le Mondial de cross et qui réunira certains des meilleurs coureurs de demi fond de la planète dont Mo Farah, le récent champion d’Europe en salle sur 3000 m.
Le cross peut-il se sortir de cette grosse ornière ? Une seule mesure pourrait lui redonner le lustre qu’il mérite. Qu’il soit intégré dans le programme des Jeux Olympiques d’hiver. Le dossier est sur la table du comité olympique mais a-t-il vraiment une chance d’aboutir alors que les nations africaines n’ont certainement pas le poids suffisant pour faire avancer un tel dossier.
> Photo Gilles Bertrand