
12 km sous un soleil printanier attendent les 118 coureurs qui vont s'élancer pour le cross long hommes avec un grand favori, le Kenyan Geoffrey Mutai.
Après le quinquennat Tergat de 1995 à 1999, le Kenya fut à la peine pour accéder à la plus haute marche du podium. Il faudra laisser passer l'imposteur Mohammed Mourhit puis l'ère Bekele de 2002 à 2008 entrecoupée par les victoires de l'Erythréen Tadese à Mombasa suivie de celle de l'Ethiopien Gebremariam en Jordanie avant que Joseph Ebuya ne montre ses épaules musculeuses sur le devant du pack pour s'imposer avec une aisance étonnante dans le froid humide polonais.
La machine de guerre kenyane est-elle relancée ? On peut le penser même si le tenant du titre sera absent, incapable de se qualifier pour ce Mondial après un hiver à courir le cacheton et à retrouver les jambes de feu qui l'avaient porté si haut et si fort l'an passé.
Joseph Ebuya a donc laissé la porte ouverte pour qu'une flopée de coureurs s'engouffre lors des trials disputés dans le parc Uruhu à Nairobi le 19 février dernier. Avec à leur tête un marathonien gavé d'endurance et de séances longues, Geoffrey Mutai qui réglait son compte à toute cette tribu s'échinant à ses trousses.
Ainsi ce marathonien, second au Mondial de Berlin sur marathon en 2009 et auteur d'un temps de 2h 04'55 » à Rotterdam se retrouve en position de favori pour ce Mondial qui sera disputé sous un beau soleil et une température approchant les 24 degrés. Cela ne sera pas sans rappeler le Mondial de Villamoura en 2000, une cité portugaise non loin de Punta Umbria qui avait accueilli ces mondiaux de cross et qui avait vu la victoire du Belge Mourhit provoquant la stupéfaction dans le clan des observateurs avisés. Celui-ci tombera pour dopage deux années plus tard.
Pour le Kenya, la menace viendra bien entendu de son propre camp, 6 Kenyans qualifiés à la dure et qui se sont entraînés à la dure à Embu, le lieu privilégié où l'équipe nationale a forgé tant et tant de succès, 13 en individuel pour le cross long, 4 pour le cross court et 30 par équipe.
Derrière l'équipe kenyane qui aura consigne de porter son leader vers la victoire, trois coureurs semblent se distinguer pour jouer les trouble-cross.
Le jeune Ethiopien Mesfin qui a remporté le titre national à Jan Meda. Ägé de 22 ans, après avoir terminé 10ème en 2009 et 19ème en 2010, celui-ci a l'expérience pour rester au contact. La forme semble être là pour preuve une victoire confortable lors du championnat national avec 19 secondes d'avance. Mais cela ne cache-t-il pas un énorme déficit d'une équipe éthiopienne qui depuis le retrait de Bekele marque le pas, de nombreux coureurs se détournant du cross pour se lancer sans attendre vers la route beaucoup plus lucrative.
Autre prétendant au titre, l'Ougandais Kipsiro. Médaillé d'argent en 2009, celui-ci fort de ces deux titres sur 5000 m et 10000 m lors des Commonwealth Games 2010 n'a pas caché ses intentions de se battre aux côtés des Kenyans.
Enfin, dernier trouble cross dans ce peloton fort d'une petite centaine de coureurs, l'Erythréen Medhin. Rien n'a filtré côté informations sur ce coureur qui avait conquis l'argent en 2010. L'une des dernières dictatures pures et dures du continent africain cultivent encore le secret comme au temps de la guerre froide.
Et les Français dans tout cela, et bien souhaitons simplement à Hassan Chahdi, le leader tricolore, de se livrer comme ce fut le cas à Paray le Monial et d'engranger de l'expérience au plus haut niveau mondial pour d'autres joutes.