
Ce championnat du Monde de cross-country n’a pas connu la main-mise totale du Kenya, vécu en 2010 en Pologne. Cette année, son rival éthiopien joue les troubles fêtes, et le bilan est plus équilibré entre les deux pays. Ils repartent ainsi avec le même nombre de médailles, 3 en individuel et 3 par équipes…
Les géants n’ont pas cillé. Ethiopie et Kenya demeurent les patrons du cross. Alors que Ouganda, Erythrée, Bahrein, Afrique du Sud, tous ces pays avides de les titiller, demeurent une nouvelle fois confinés sur les strapontins. Ce 39ème Championnat du monde confirme l’omniprésence des deux voisins d’Afrique de l’Est, et à la domination plus globale de l’Afrique sur tous les podiums. Avec finalement deux exceptions à cette règle, celle de la médaille de bronze du Japon chez les juniors filles, et des Etats-Unis chez les seniors femmes.
Une réussite américaine qui a beaucoup plu aux Kenyans. Peter Angwenyi, le porte-parole de la Fédération du Kenya, me l’explique : « C’est bien de voir un coureur des Etats-Unis qui vienne se battre à nos athlètes. » Shahane Flanagan a rendu un fier service aux athlètes du Kenya et de l’Ethiopie en allant les titiller jusque dans la dernière ligne droite, apportant une visibilité plus large à ces performances.
La médaille de bronze de l’Américaine cautionne aussi une certaine polyvalence, entre le marathon et le cross. Deux disciplines que Shahane Flanagan ne veut opposer : « Le cross est utile pour le marathon, et le marathon est utile pour le cross. Je pense que mon entraînement cet automne dernier pour le marathon de New York a été très utile aujourd’hui. »
Et cet été, ce sera la case « piste » qui sera cohée par Shahane Flanagan, pour prendre part aux 10.000 mètres dès championnats du monde de Daegu, où elle retrouvera probablement Linet Masaï, la championne du monde en titre, qui termine aujourd’hui une nouvelle fois seconde, une place qui ne comble pas Linet Masaï. Car elle espérait bien que ce Mondial serait enfin le « sien ». Son visage fermé et triste témoigne de sa profonde déception alors que la toute petite Vivian Cheruiyot affiche un grand sourire.
Les deux jeunes femmes peuvent être satisfaites car elles ont frôlé le « pire » : l’exclusion de l’équipe nationale. La Fédération du Kenya leur a interdit de disputer le 10 km de Porto Rico, et les a invitées à reprendre l’avion vers le Kenya au plus vite sous peine de sanctions… Comme me le souligne Peter Angweniy : « Vous voyez, on a bien fait. Aujourd’hui elles font le doublé ».
Cette décision avait fait couler beaucoup d’encre au Kenya. Surtout que la Fédération avait réellement fait sortir de la sélection Patrick Komon qui avait préféré courir à Porto Rico, où il avait terminé 4ème. Patrick Komon, qui avait été médaillé d'argent au Mondial de cross il y a trois ans, avait ainsi été remplacé dans l’équipe par Paul Tanui, qui finit 2ème à Punta Umbria. Une médaille d’argent qui valide, elle aussi, l’autoritarisme de la fédération.
Comme me le souligne Peter Angwenyi : « Nous travaillons sur un plan fixé après les JO de 2008, et bâti dans l’optique des JO de 2012. Ce Championnat du monde de cross était une étape, comme celui de Daegu cet été le sera. » Une étape très bien négociée, avec au final 6 médailles d’or, et la plupart des athlètes qui finissent dans le TOP 10.
Un élément qui témoigne de la densité des athlètes au Kenya, bien plus forte que chez son voisin éthiopien. Malgré tout, Yelma Berta de la Fédération Ethiopienne avoue être satisfait par ces six médailles : « Nous repartons contents. Même si je suis un peu déçu par les résultats des seniors filles. J’espérais mieux, individuellement, ou par équipe. »
Le terrain de cross se vide. Sur la pelouse à côté de l’arche d’arrivée, l’équipe du Japon se regroupe, les athlètes assis par terre écoutent leurs dirigeants les féliciter pour leur participation. Dans cet océan de mauvaises nouvelles venues de leur pays, la satisfaction dapportée par une médaille de bronze dans un Championnat du Monde de cross paraît un peu mince. Mais comme toujours, la vie doit continuer…
> Photos Gilles Bertrand