
Mahiedine Mekhissi et Bouabdelah Tahri ont offert à la France un superbe doublé sur le 3000 mètres steeple, après une course d’anthologie menée foulée dans foulée jusqu’à la dernière ligne droite. Au bout, l’or pour Mekhissi et l’argent pour Tahri !
« J’ai eu un pincement au cœur en le doublant ! J’aurais voulu qu’il gagne. Je suis content d’avoir gagné, mais je suis aussi déçu pour lui. » Mahiedine Mekhissi est un peu partagé, il l’avoue. Heureux de sa victoire, et un peu triste aussi. Mais très vite, il insiste : « Aujourd’hui, ce n’est pas Mahiedine qui gagne, c’est la France qui gagne, c’est le plus important. »
C’est justement ce que souhaitaient les deux athlètes. Un doublé 1 et 2 pour la France. Et le meilleur moyen pour l’assurer était la course d’équipe. Juste comme l’avait imaginée Mekhissi, après sa demi-finale. Il avait insisté : « Ce n’est pas une bonne idée que pour moi. Pour Bob aussi, car avec une course rapide, cela diminuerait les risques de surprises. » Mahiedine l’avait imaginée exactement comme elle s’est déroulée : un relais tous les 400 mètres, et à la fin « Que le meilleur gagne ! »
Mais qui eut cru que Bob Tahri allait accepter cette idée-là ? Probablement pas grand monde tant il avait paru hostile à un tel scénario. Et finalement, c’est dans la chambre d’appel que Mahiedine s’est avancé vers lui : « Je lui ai dit Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Tu es chaud pour une course d’équipe ? » La réponse fut oui, avec un relais programmé tous les 400 mètres. Un scénario respecté à la lettre, et dans la dernière ligne droite, Mahiedine accélère, et dépasse Bob.
Dès leur tour d’honneur terminé, tous les deux avec le drapeau, ils tiennent les mêmes propos. Bob : « On a fait une course de bonhommes ! Je suis content pour lui, et pas déçu pour moi. Je le respecte beaucoup.» Mahiedine : « On a fait une course d’hommes ! »
Les deux hommes viennent de recevoir leur médaille, ils attendent près de la salle de conférence de presse. Maintenant que la course est finie, Bob paraît un peu abattu. Il m’avoue : « Je suis un peu déçu. J’ai mal au tendon au mollet. Depuis les séries. » Son mollet affiche effectivement une grosse tâche marron.
Dialogue à deux voix sur cette course d’équipe.
Bob : « Ca s’est fait au feeling. Et ensuite ça s’est bien enchaîné pendant la course ». Mahiedine : « On a fait chacun notre part du travail. » Bob : « Dans les derniers 800 mètres, je suis passé devant, j’ai durci la course dans les 500 derniers mètres, mais je ne pouvais plus. » Mahiedine : « Ca s’est joué à rien ! » Bob : « Dans une course lente, tout le monde a sa carte à jouer, les téméraires peuvent s’en sortir. » Mahiedine : « On voulait se débarrasser de tout le monde. J’espérais une course d’équipe. Même pour Bob, c’était mieux. Et puis à la fin, que le meilleur gagne. Mais je ne peux même pas dire que je suis meilleur que lui. Au France, il m’a battu. Ca se joue sur la forme du moment. On a le même niveau, ça se joue sur rien. On voulait faire le doublé, mais il n’y a qu’un gagnant. Il mérite le respect. C’est un grand frère pour moi. Pour moi, Bob, c’est la référence, il y a dix ans, je le regardais à la télé. On est des grands copains ! Si on ne s’entendait pas, on n’aurait pas fait cette course d’équipe ! »
Bob s’éclipse pour rendre visite au médecin. Lui aussi a insisté sur leur bonne entente, une manière de répondre aux rumeurs de rivalité malsaine entre eux : « Si on ne s’entendait pas, on n’aurait pas fait ça aujourd’hui. On a défendu des valeurs ! »
Odile Baudrier – retrouvez
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La course en détails :
1er 200 m : Mekhissi en tête avec Tahri derrière lui –
1er 400 m : les deux hommes ont déjà forcé l’allure et ils sont nettement détachés – Au passage du 400 m Tahri prend le relais de Mekhissi – l’avance est creusée
Après 800 mètres, Mekhissi à côté de Tahri, puis juste devant – les autres coureurs sont très loing derrière
1200 mètres : Mekhissi et Tahri ensemble sur la rivière – puis Tahri reprend la tête – ils ont déjà 20 mètres d’avance – Tahri regarde l’écran géant
1600 mètres : Ensemble sur la rivière – Mekhissi relance – côte à côte – à l’arrière l’Espagnol appelle les autres pour remonter
2000 mètres – Mekhissi devant Tahri – ensemble sur la rivière – Tahri relance
2400 mètres – Tahri a 1 mètre d’avance à la rivière et Mekhissi grimace
A la cloche : tous les deux – Thari allonge la foulée – dans la ligne droite, Mekhissi s’accroche