
Décidemment, il n’y a pas de vérités en sport. Les poncifs d’un jour, les gros titres d’un matin de championnat ténébreux, les questionnements et autant de discussions de vestiaires, bref tous ce qui entretient un étalage de débats éternels, sont parfois chassés aux oubliettes, le championnat suivant.
Cela se murmurait encore au club France alors que le nombre de médailles tricolores ne cessait de croître. L’athlé dans nos provinces est en danger.
Décalage total entre la réalité du terrain où la récurrence des problèmes des clubs peut nourrir un vrai discours de candidat à la présidence de la FFA et ces 18 médailles portant la France à la seconde place européenne.
Finalement la question reste entière : l’athlétisme français se porte-t-il mal ? Certes les bénévoles vieillissent, les clubs sont fauchés, les ligues se sentent parfois méprisées de la maison sis au stade Charléty, des catégories d’âge sont sinistrées, un athlé féminin déclinant dont notamment dans la communauté musulmane mais au final, malgré une base récriminante, l’équipe de France est aujourd’hui performante. Les résultats sont là, nets et précis comme une table hongroise pour affirmer le succès d’une équipe dirigeante.
Alors le ver est-il vraiment dans le fruit ? Ou bien cette grosse machine forte de ses 200 000 licenciés tourne à plein régime ? Une équipe de France montrée en exemple comme autrefois la Suède qui s’invita brièvement et bizarrement dans le concert mondial dans l’aspiration d’une Kluft qui n’est plus que l’ombre d’elle même. Une équipe de France qui se cherche des recettes du côté de la Jamaïque (une convention a été signée) mais qui n’a peut-être nullement besoin de ce joint venture avec une île aux résultats collectifs contestables.
Avec des championnats d’Europe organisés désormais tous les deux ans, et bien voilà l’opportunité de confirmer et de mettre fin aux vieux débats. De donner envies, de susciter des vocations d’athlètes et d’entraîneurs pour que l’athlé des provinces puisse nourrir encore et longtemps cette belle équipe de France.
L’ECHEC DES GRANDS ENTRAINEURS DE SPRINT
Il y a eu la génération Urtebise qui la larme à l’œil commentait les faits glorieux de son « Stéphane ». Dans la même décennie, la génération Piasenta pour alimenter les colonnes relayant maints et maints coups de gueule et états d’âme de cet entraîneur iconoclaste et extraverti. Arrivée l’heure de la retraite, c’est la génération Longuèvre qui a pris le pouvoir des pistes mais surtout des médias pour se vendre soi-même autant que pour décortiquer l’abattage de haies du bucheron Doucouré, tristement balourd sur la piste de Barcelone.
Avec Christophe Lemaître et Myriam Soumaré, voici venu le temps des entraîneurs de banlieues ou de province. Ce n’est pas tout à fait une nouveauté mais les exploits des deux sprinters sont tels que Pierre Carraz d’Aix les Bains et Olivier Darnal du 9.5 ont été précipités dans le tourbillon enivrant de victoires. Loin de la maison mère, de l’INSEP et de ces intrigues, ils se sont retrouvés dans le feu roulant des questions et des interrogations qui ont suivi le triple sacre de Christophe Lemaître et le tir d’obus de Myriam Soumaré.
|
|
|---|
On ne les appelle pas coachs mais simplement et encore entraîneurs. Entraîneurs de l’ombre hier, dans la lumière aujourd’hui et sans doute demain, poussés à décortiquer cette soudaine grande et future longue histoire, leurs passés respectifs pour jeter de probables solides fondaisons, ainsi qu’un bref aperçu de leur méthode qui en a surpris plus d’un. Bousculant les dogmes, incendiant presque les vieilles chapelles. Le sujet mérite de s’y attarder pour mieux comprendre les raisons de tels succès dont la transparence totale s’impose de droit.
L’EUROPE EN PASSANT PAR L’AFRIQUE
Alors que le Bahreïn et le Qatar, ces deux pays du Golfe des Emirats furent cloués au pilori en allant puiser dans le réservoir kenyan, éthiopien et marocain pour construire des équipes argentées mais aux pieds d’argile, on se moque bien des nations européennes qui ont suivi le même chemin.
Les deux principales : la Turquie qui pleure son adhésion à la Communauté Européenne depuis 1959 et l’Azerbaïdjan, république du Caucase gavée de pétro-dollars.
Ces deux nations ont choisi le sport et l’athlétisme en particulier pour être reconnues pleinement comme nations étoilées.
L’avenir de la Turquie dans le concert européen se joue aujourd’hui en vue d’une adhésion, dans le meilleur des scénarios en 2013. La Turquie européenne ? Qui en douterait aujourd’hui au terme de cette compétition où de grands drapeaux rouges ont flotté à trois reprises (10000 m et 5000 m femmes, 100 m haies), la Turquie terminant 5ème nation avec 3 victoires pour un pays au carrefour de tous les mondes.
Ces Europe auront donc été ceux du nationalisme exacerbé. Chacun ne regardant que par le prisme étroit et réducteur d’une équipe, d’un maillot, d’un hymne, d’un tableau de médailles. Vrai pour la France très représentée dans les tribunes d’un stade qui aura attendu le vendredi pour se remplir décemment. Encore plus vrai pour les petites nations qui cherchent à exister dans ce florilège de drapeaux. Une Europe multiraciale et ouverte sur le Monde qui n’a plus de complexes à enrichir les équipes nationales en puisant principalement dans le réservoir africain autant pour le sprint que pour le demi-fond.
Ainsi se construit l’Europe de l’athlétisme, ouverte sur le Monde en puisant dans le vivier africain pour encore mieux se replier sur soi-même en se drapant des couleurs nationales. Quel paradoxe !
MONSIEUR LEMAITRE
Point de Bulgares massives courant le 200 comme une Veronica Campbell ? Point de doublés suspects en demi-fond même si Arturo Casado et Nuria Fernandez remportent les deux 1500 m hommes et femmes ? Certes parfois des victoires vaguement ambigües mais réalisées par des athlètes représentant des nations rangées au plus bas sur l’échelle de nos préoccupations. Enfin, point de délits de faciès comme observés lors de certains championnats où des médailles surprenantes se voilent de tous les doutes qui affolent l’écriture des observateurs. Surtout pas sur marathon remporté par le très germanique Viktor Rothlïn après un très incroyable retour au premier plan. Que devions-nous en penser ?
|
|
|---|
Alors, personne n’a boudé son plaisir et les vents de l’enthousiasme et la fraîcheur apportés par maintes victoires et 18 médailles français dont 8 en or ont repoussé le spectre du dopage qui ne fut qu’un voile léger venant parfois s’échouer dans les recoins du stade lorsque certaines performances furent jugées brutales et incompréhensives.
Alors que l’on s’attendait trop naïvement ou trop précipitamment à un sacre espagnol en demi fond qui n’arriva point, habitués que nous étions à juger avec scepticisme les envolées meurtrières des coureurs ibériques, ils n’y eut rien qui puisse venir contrarier ces championnats. Pas même certains retours au premiers plans gommés par la fraîcheur d’un sprint français si brutalement retrouvé, d’un demi-fond pas si moribond lorsqu’on limite celui-ci à l’Europe avec l’enthousiasme des espoirs Smail, Oualich et Kowal. En témoignant de leur déception profonde, ils ont prouvé toute la hargne qu’ils avaient à vouloir conquérir l’Europe. Et de grands leaders dans leur discipline respective, Yohann Diniz impérial pour rendre populaire ce sport si ingrat qu’est la marche, Renaud Lavillenie homme orchestre dans les cieux de Barcelone. Et le gamin, c’est ainsi qu’on le surnomme de façon paternelle et que l’on appellera bientôt Monsieur Lemaître.
Photos de Gilles Bertrand