
Sophie Duarte du CA Balma, sélectionnée olympique à Pékin, finaliste à Berlin l’an passé et titulaire d’un record de 9’25’’62 a connu une période de doute cette saison, suite à deux bronchites consécutives. Une fois la confiance retrouvée, à l’occasion de meetings à l’étranger et de la Coupe d’Europe, où elle avait pris la 5e place, elle n’est pourtant pas parvenue à réaliser les minima beaucoup plus relevés que l’année précédente. Puis, lors des championnats de France Elite à Valence, où faute d’adversaires à sa mesure elle n’a eu d’autre choix que de se livrer à contre-la-montre dans un stade, où la température flirtait avec les 40°. Ainsi, dans de telles conditions elle ne pouvait passer le cut. Néanmoins, 7e au bilan européen, elle sera repêchée et pourra concourir aux Europe de Barcelone. Confiante dans sa préparation et forte de son expérience des grands championnats, elle aborde ce rendez-vous avec optimisme, puisque par rapport à 2009 elle estime se situer au même niveau de forme. En effet, elle avait dû attendre le 20 juillet, afin de battre son record. De plus, elle a déjà battu nombre de ses concurrentes cet été.
Comment s’explique cette course aux minima ?
Déjà ma préparation a été un peu bouleversée, en raison de deux bronchites consécutives. J’avais même dû renoncer aux France de cross. Suite à ça, j’ai connu une petite perte de confiance. Mais ça fait partie des aléas de la vie. On connaît tous des hauts et des bas et il faut faire avec. Heureusement, je ne me suis jamais sentie esseulée. J’ai pu compter sur le soutien des membres de mon club, le CA Balma, de mon entraîneur Roger Milhau, plus de mon ami et ainsi j’ai pu surmonter ces temps difficiles.
Aussi, les minima n’étaient-ils pas plus relevés par rapport à l’an passé ?
Oui, ils étaient élevés : 9’33’’ contre 9’40’’ pour Berlin l’an passé et pour les filles ils ne correspondaient pas au niveau européen. Néanmoins, il faut être capable de courir vite pour être plus serein à l’abord d’un championnat et il vrai que je me suis placé dans l’embarra en me présentant aux France, sans les avoir réalisés. Surtout qu’il ne fallait pas escompter qu’on les réussisse dans le chaudron de Valence. Je crois que nous, les athlètes de demi-fond, on a été un peu oublié aux France. Toutes nos courses, qu’il s’agisse du steeple, ou encore du 5000 masculin avaient été programmées à 16 heures, dans des conditions climatiques suffocantes avec une température proche des 40°. Nous ne sommes pas des nageurs à qui ça ne poserait pas de soucis de se plonger dans une piscine à une telle heure. Enfin, j’ai été repêchée au regard du niveau européen. Cette année, pour l’instant je suis 7e au bilan européen. Et à différentes occasions, même si le chrono n’a pas été au rendez-vous, j’ai mouillé le maillot. Je termine 5e de la Coupe d’Europe. Puis, au meeting de Liège, même s’il est clair que je ne passe pas les minima, j’ai pu me bagarrer avec la Kényane. Donc, ces exemples démontrent qu’il se passe quelque chose et que je me rapproche de mon meilleur niveau. L’année n’est pas finie. L’an passé à la même période, je n’étais pas mieux. J’ai battu mon record le 20 juillet. Or, les Europe débutent fin juillet. Voilà pourquoi j’ai très envie et que je demeure optimiste. Et je ne manque pas d’expérience au plan international. Aussi ce qui me booste, c’est que je bénéficie des encouragements de mon entourage, qui croit en moi. Maintenant, il faut que j’honore cette sélection. Je ne me satisfais pas du fait d’être simplement sélectionnée. Je dois démontrer que je la méritais.
En quoi a consisté la dernière phase d’entraînement ?
Je suis resté en plaine pour m’habituer à la chaleur. Sinon, comme d’habitude par une séance de 8’30’’ à J-16, des répétitions et puis plus tard une sortie de 15’ à propos de laquelle mon entraîneur et moi étions satisfaits. Ce qui est de bon augure, parce qu’avec moins de Russes que d’habitude la configuration du championnat devrait être plus tactique. Ce qui implique d’être en mesure de finir très vite pour passer en finale. En fait, ces 15 derniers jours, je n’ai rien fait d’hyper dur. Cela reste de l’affutage. Le travail avait été fait en amont et il ne faut surtout pas tomber dans la peur de ne pas en faire assez. Donc, il importe avant tout de bien récupérer, de bien dormir et d’être bien dans ses baskets. Faire en sorte d’être aussi cool que les Kényans. Nous, Européens, on est un peu trop dans le stress.
De quelle façon Sophie dompte-t-elle le stress négatif ?
Pour l’instant, je ne suis pas encore de préparation mentale. Mais avec Roger Milhau, on a évoqué cette possibilité et je vais sans doute y venir. On a constaté que suite à mes bronchites, je m’étais un trop affolée. Il est vrai que le stress n’est pas évident à gérer et par moment l’intervention d’un spécialiste peut s’avérer utile. Pas en ce qui concerne la gestion de la compétition en elle-même, parce que je sais faire, mais par moment lorsqu’au cours de la saison, l’on se retrouve face à des phases de doute qui paralysent. Je suis motivée à l’idée de découvrir cela. Ca veut dire que j’ai de nouvelles choses à explorer. Je me suis rendue à Barcelone dès samedi. Je tenais à y aller assez tôt avant ma série prévue mercredi 27 à 11h30, pour vivre dans l’ambiance du championnat. Ca me permet de mieux me concentrer et de rentrer dans ma bulle, mais sans trop m’y enfermer non plus, car il faut éviter de trop tourner en rond dans sa chambre et ne pas se focaliser uniquement sur la compétition. En fait, il faut avoir une vie qui ne tourne pas qu’autour de l’épreuve. Sans faire de tourisme qui serait énergivore et tout en évitant la chaleur, il ne faut pas hésiter à bouger un peu.
Qu’attends-tu de ce championnat ?
Je le prends comme un défi et je ne veux pas griller les étapes. Pour l’instant, le jour J et l’heure H se limitent à la série.
Qui sont les favorites ?
Les Espagnoles à domicile et plus particulièrement Martha Dominguez, titulaire d’un record de 9’09’’. Je ne vois personne la battre. Il faudra également compter avec les Portugaises. Après, tout le monde se vaut. Je vais retrouver des filles que je connais, qui me connaissent et que j’ai déjà battu au meeting de Rome et à la Coupe d’Europe et ce malgré un mauvais chrono. Donc, sur la ligne de départ à part Martha Dominguez qui possède un énorme avantage vu ses performances passées, les compteurs vont être à zéro.
Photo : Yves-Marie Quémener