
Si Yohann Diniz, figure emblématique de la marche a décidé de s’aligner sur le 50 km à Barcelone, un second marcheur en la personne d’Hervé Davaux représentera la France, mais sur le 20 km. Il n’est pourtant pas un inconnu, puisque l’an passé il avait réalisé 3h57’ à Berlin, lors de sa première participation à un grand championnat. Cette année, faute d’avoir pu réussir les minima sur 50 km, il a décidé de tenter sa chance sur le 20 km. Plusieurs tentatives lui seront nécessaires. Mais le 19 juin, à la date limite d’expiration pour atteindre ces minima, il finira 3e aux 20 km de la Corogne en 1h22’29’ et décrochera sa sélection à une seconde près, car les minima avaient été fixés à 1h22’30’’. Au vu de ses résultats sur le circuit IAAF cette saison et de son chrono synonyme de record personnel, Hervé envisage une place dans le top 10.
Les France Elite s’inséraient-ils dans ton entraînement ?
Oui, parce que suite aux 20 km de la Corogne, le 19 juin, j’ai pris une semaine de repos pour décompresser. J’en avais besoin, car psychologiquement la quête de ces minima avait généré une certaine tension et une fois que je les ai réalisés, tout s’est relâché et j’ai connu comme une petite baisse de régime. Mais une semaine relax a suffi pour me remobiliser et continuer de m’entraîner en vue des Europe, où j’étais enfin sélectionné. Donc, fin juin j’ai entamé un nouveau cycle, dans lequel rentraient le meeting de Reims sur 5000 mètres et ensuite les France Elite sur 10000 mètres à Valence. Suite à Valence, il me restait 3 séances spécifiques à placer. La dernière a eu lieu le lundi 19. Tout s’est passé sans difficulté. Maintenant, je me limite à de l’entretien.
Pourrais-tu détailler le but de ces séances ?
Avec mon entraîneur, on a travaillé en augmentant le volume d’allure spécifique 20 km et en modulant également le rythme. La vitesse approchait les 15 km/h. A titre d’exemple, je pourrais citer une séance extrêmement dure. Il s’agissait d’enchaîner 4 fois un 1000, un 2000 et un 500 avec des temps de récupération très courts. Une minute entre le 1000 et le 2000 et 40 secondes entre le 2000 et le 500. Les 500 étant effectués à une vitesse très supérieure à l’allure spécifique, soit en 1’50’’, alors que les 1000 étaient alignés en 3’50’’ et les 2000 en un peu moins de 8’. Le but consistait à s’adapter au fait qu’à l’occasion des Europe, il y aura énormément de changements de rythme durant le 20 km et aussi ça va devenir dur à partir d’une heure d’effort. Donc, en accumulant jusqu’à 15 km d’entraînement à l’allure spécifique avec des variations d’allure, on a voulu se mettre dans les conditions de ce que va être l’épreuve au-delà d’une heure.
Pourquoi n’es-tu parti de préparer en altitude ?
D’une part, au niveau de mon boulot, je n’avais pas la possibilité de partir du jour au lendemain, suite aux 20 km de la Corogne. D’autre part, j’ai toujours un peu de mal à récupérer après la première semaine en altitude. Donc, je ne considère pas le fait d’être resté en plaine comme un handicap. En plus, cela m’a permis de m’adapter à la chaleur qui sera un facteur déterminant à Barcelone, où je suis arrivé samedi, sachant que l’épreuve est programmée mardi 27 à 8 heures. J’ai choisi de ne pas arriver sur place au dernier moment, parce que j’ai passé l’année à me rendre sur des compétions la veille pour le lendemain, que ce soit en Italie, en Espagne, ou en Lituanie. J’avoue que ce n’est pas l’idéal. Le voyage laisse des traces malgré tout. Là, comme j’ai pu avoir la possibilité d’arriver deux, trois jours avant, je vais pouvoir prendre mes marques et bien récupérer, afin de réussir quelque chose de bien sur place.
Combien mesure le circuit ?
Un km. Ca ne me gêne pas. Ca passe bien. Cette année, je n’ai pratiquement tourné que sur des circuits d’un km et contrairement à ce que pourrait penser ceux qui n’ont jamais essayé, je trouve que ça passe vite.
Cette année, tu as eu l’occasion de côtoyer la plupart des Européens. Lesquels te semblent les plus coriaces ?
Au niveau des Européens, il y avait le Norvégien Erik Tysse qui vient de tomber pour dopage à la CERA, une nouvelle génération d’EPO. Le contrôle datait du 1er mai, à l’issue des 20 km de Cesto San Giovanni, où il avait terminé second derrière Schwazer et devant Yohann. Quant à moi, j’avais fini 5e. Il avait également gagné au Portugal devant Yohann et pris la 4e place de la Coupe du monde sur le 20 km au Mexique. Il était vraiment très fort. Désormais, il va falloir compter avec les Russes et plus spécialement avec Valery Borshyn, champion olympique et champion du monde l’an passé. Il y aura aussi l’Italien Alex Schwazer, champion olympique du 50 km qui a décidé de tenter le doublé. Après, cela reste relativement ouvert. Sur les compétitions auxquelles j’ai participé cette année sur 20 km, en Italie je finis 5e européen, en Lituanie je gagne et à la Corogne, je fais 3. Bon, tout le monde n’était pas là, mais je peux espérer me situer entre la 8e et la 10e place.
Mais où étaient les Russes cette saison ?
On n’en a pas vu un seul de l’équipe 1. Même à la Coupe du monde, ils ont envoyé l’équipe B. Donc, ça risque de faire mal.
Cette sélection était-elle importante par rapport à tes partenaires ?
Bien sûr. Je leur ai montré que j’étais constant et que je confirme. Après les mondiaux de Berlin l’an passé, même si cela a été juste j’ai réussi à décrocher ma qualification pour les Europe de Barcelone. Ca me place dans une bonne dynamique en vue des JO de Londres.
Photo : Yves-Marie Quémener