
Le Kenya, pays hôte de cette 17e édition des Championnats d’Afrique, est le grand vainqueur du cru 2010, avec une première place au tableau des médailles, devant le Nigéria et l’Afrique du Sud.
Emmené par David Rudisha, impressionnant vainqueur de facilité sur 800 m, le Kenya totalise 25 médailles, dont 10 en or. La grosse surprise, elle, vient de l’Ethiopie seulement 9e nation avec une médaille d’or, celle de Tirunesh Dibaba sur 10 000 m (lire par ailleurs).
Ces cinq jours de compétition au stade Nyayo, quasiment plein tous les jours avec 30 000 spectateurs, ont apporté la preuve de la passion du peuple kenyan pour l’athlétisme. Un peuple qui est aussi exigeant. L’une des images les plus frappantes restera le silence de cathédrale réservé à la seconde place de Janeth Jepkosgei sur 800 m, battue par l’Algérienne Zahra Bouras. Cette dernière disputait d’ailleurs ses premiers championnats d’Afrique. Un coup de maître.
Le Kenya a aussi montré que son athlétisme ne se limitait pas au demi-fond. On a ainsi trouvé des Kenyans en finale du 200 m, et d’autres sur les podiums du javelot et du poids ! Couronnement impérial : celui de ses quarter-milers masculins sur le 4x400 m. L’Ouganda, lui aussi, sort la tête du bastion de l’endurance. Il remporte le triple saut femmes avec une athlète proche des 14 m !
L’organisation, elle, a été irréprochable. Le tartan, posé certes in-extremis, a été favorable aux sprinters. L’Ivorien Meite s’impose sur la ligne droite en 10’’08, à un centième du record national de son pays. La Nigériane Blessing Okagbare l’imite avec 11’’03, avant de rafler la longueur avec 6,62 m et le relais 4x100 m. Trois médailles d’or donc pour la médaillée de bronze de la longueur des JO de Pékin. Sur 400 m, la Botswanaise Montsho (50’’03) et le Lybien Khawaja (44’’98) réalisent des chronos de niveau mondial.
En demi-fond, le Kenya a été intraitable avec deux triplés masculins : sur 800 m, dans la foulée de l’épouvantail Rudisha (1‘42‘’84), et 5 000 m avec le sacre d’Edwin Soi, le médaillé de bronze de Pékin, à l’arraché. Hormis le 800 et 10 000 m femmes, le Kenya s’est imposé sur toutes les distances de demi-fond. Sur 1 500 m, ce fut un récital des favoris, Nancy Lagat et Asbel Kiprop, les champions olympiques. Sur 3 000 m steeple, Richard Mateelong conserve sa couronne devant le champion du monde Ezekiel Kemboi. Sur 5 000 m femmes, Vivian Cheruiyot ajoute un titre de plus à sa collection, après son sacre mondial de l’an passé. Que dire enfin du 10 000 m hommes, où Kenyans et Ougandais avaient lâché les Ethiopiens dès les 6 000 m, dont Sileshi Sihine, vengé par son épouse Tirunesh Dibaba.
Dans l’ensemble, si un seul record d’Afrique a été battu (par la Kenyane Wanjiru sur 20 km marche en 1h34’19’’), on assiste à une progression générale des performances. Comme au triple saut hommes avec le Nigérian Oke Tosin, auteur d’un triple bond à 17,22 m, et au décathlon avec l’Algérien Bourrada à 8 148 points.
Interrogé par la télévision kenyane, un journaliste sud-africain n’a pas manqué de suggérer que l’Afrique doit passer à l’étape supérieure, c’est-à-dire à l’organisation d’un championnat du monde. Le Sénégalais Lamine Diack, président de l’IAAF, est l’homme de la situation. Et après une Coupe du monde de football, il serait logique de voir un mondial se disputer en terre africaine. Peut-être le verrons-nous avant la fin de cette décennie ? Le Maroc et l’Afrique du Sud semblent en tout cas bien placés.
Arnaud Bébien