
Jamais le sprint français n’avait connu un tel niveau de performance et de concurrence. En témoignent les résultats obtenus au plan individuel par Christophe Lemaître et Martial Mbanjock, respectivement premier et 3e sur le 100 et le 200 mètres. A 25 ans, Martial, titulaire d’un record de 10’’06 sur 100 mètres et de 20’’38 sur 200 mètres ne compte pas en rester là et espère devenir très compétitif au plan mondial, d’ici les JO de Londres. A dessein, il a décidé de s’installer à Los Angeles, afin d’intégrer le team de John Smith, parce qu’il ressentait la nécessité de changer de méthode d’entraînement et le besoin de se confronter aux membres d’un groupe, où règne une densité importante.
. Trois médailles à Barcelone, une en or, deux en bronze, en espériez-vous autant ?
- Honnêtement oui. J’étais parti pour ça et réaliser de belles performances. Donc, le résultat est satisfaisant.
. Selon vous, qu’a-t-il manqué pour l’emporter sur le 100, ou le 200 par exemple ?
- Je pense qu’il m’aurait fallu peut-être 3 semaines de préparation supplémentaires. Les championnats d’Europe sont intervenus un peu tôt et j’ai l’habitude d’être en forme, tard dans la saison. Là, les Europe ont eu lieu pratiquement un mois plus tôt que d’habitude. Par exemple, l’an passé les mondiaux s’étaient déroulés à Berlin, fin août. Ainsi, peut-être m’a-t-il manqué un peu de fraicheur.
. Sinon, vous n’avez que 25 ans et estimez-vous être perfectible au plan technique ?
- Oui, j’ai encore beaucoup de travail à effectuer à ce niveau. Surtout que j’ai changé d’entraîneur et de méthode d’entraînement, par rapport à la saison précédente. Donc, tout est à refaire.
. Pourquoi avez-vous choisi de partir aux Etats-Unis ?
- Depuis 2006, j’avais envie de partir au Etats-Unis, mais il manquait un peu de maturité dans mon projet. Je ne voulais pas partir à l’aventure. Donc, j’ai décidé d’attendre la fin des JO de Pékin, pour boucler une boucle, avant de mettre en place une nouvelle dynamique en vue de Londres 2012.
. De quelle manière s’est opérée la rencontre avec John Smith ?
- Tout simplement, à base d’échanges de mails et de coups de fil. Le seul problème consistait à mettre en place les conditions de ma venue, parce que j’allais découvrir un nouvel univers et je voulais être sûr que, j’allais pouvoir m’entraîner et vivre dans de bonnes conditions à Los Angeles.
. Là-bas, par rapport à la France, avez-vous trouvé ce que vous recherchiez ?
- Je cherchais quelque chose de différent et je dois avouer que j’ai été servi. C’est à l’opposé de ce que j’avais l’habitude de faire en France, avec des séances plus longues et une technique de course différente. Mais, je n’oublie pas ce que j’ai appris en France. Mon nouvel entraînement se superpose juste, à ce que je connaissais déjà. Aussi, au sein du groupe d’entraînement, il règne une plus grande densité. Je n’aime pas forcément m’entraîner et pour me donner à fond, j’ai besoin d’être entouré d’athlètes forts et très motivés. Tous les jours, j’ai besoin d’avoir à me battre à l’entraînement.
. Pourriez-vous citer quelques-uns de vos partenaires d’entraînement ?
- Leroy Dickson, régulièrement finaliste aux Championnats US et qui possède un record sensiblement proche du mien. Tyron Edgar, Shawn Crawford que l’on ne présente plus, un représentant de Trinidad. Bref, tous des garçons qui ont courus en 10’’00 et donc le groupe est relativement dense et homogène.
. Vous rendez-vous aux States seulement à l’occasion de cycles d’entraînement, où y résidez-vous ?
- J’y reste une grosse partie de l’année pour la préparation physique et le début des compétitions. Ensuite, je rejoins le circuit européen des meetings. Cette année, j’ai donc été à LA de novembre à juin.
. Sur place, en dehors de l’entraînement, suivez-vous des études ?
- Je suis une formation d’ingénieur du son et mes journées sont donc bien remplies. La perspective de ces études avait également constitué une source de motivation dans ma décision de me rendre aux USA, car la musique demeure ma seconde passion et se concilie bien avec ma première passion, qui est le sprint. Je n’aurais pas forcément eu une telle opportunité en France. Los Angeles reste la capitale de la musique. C’est parfait pour moi. En ce moment, je vis un rêve d’enfant.
. Et cette collaboration avec John Smith va-t-elle durer jusqu’à Londres ?
- Oui, bien sûr. On s’est mis en tête, qu’il fallait au moins 4 ans, soit de 2008 à 2012 pour atteindre le top, vu ce que je faisais en France et vu la différence au niveau de l’entraînement. Les Europe n’ont été qu’une étape. L’année prochaine, je vais encore progresser et en 2012, je pense que je serai vraiment très compétitif au niveau mondial. J’aurai 27 ans et je serai pratiquement à maturité.
. Vous évoquiez la densité au sein de votre groupe d’entraînement, mais actuellement en France, la concurrence n’apparaît-elle pas plus intense avec Christophe Lemaître, Ronald Pognon, plus un junior prometteur et n’avez-vous pas l’impression que se développe une saine émulation ?
- En effet, c’est très motivant. J’ai toujours prôné la confrontation, qui permet la réalisation de performances de pointe et qui en plus favorise une émulation, qui fait que l’on a tous envie de se dépasser et de devenir le meilleur. En France, les athlètes n’ont plus peur de s’affronter et il existe une bonne ambiance entre les sprinters. C’est très bien.
. D’ici les JO espérez-vous passer sous les 10’’, puisqu’avec un record à 10’’06, vous en êtes proche ?
- Oui et même pourquoi pas d’ici la fin de cette semaine. Le but du jeu, c’est de sortir la grosse course et le gros chrono dans la grosse compétition. Si cela se produit au cours d’un meeting, tant mieux. Mais, je ne me focalise pas sur ça. On a vécu des Europe, où personne n’est passé sous les 10’’, avec un podium qui a surpris tout le monde. Il ne faut pas se braquer sur un temps, mais juste être au niveau de la compétition sur laquelle, on est aligné.
. Allez-vous participer à des meetings ?
- Peut-être 3, ou 4. Je compte bien courir à Lille, à Bruxelles également sur 100 mètres et en Italie.
. Puis, en 2011, il y aura les mondiaux en Corée.
- Il s’agira d’un autre niveau qu’aux Europe. Il faudra passer à la vitesse supérieure et encore une fois, il importera d’être compétitif. Donc, une nouvelle saison avec un nouveau défi se propose à nous.
. Depuis la fin des Europe, avez-vous dû répondre à de nombreuses sollicitations ?
- Oui. Nous avons eu la chance de bénéficier d’une exposition tout à fait exceptionnelle. Ca a commencé par l’accueil du Président de la République à l’Elysée, et ensuite ça s’est poursuivi avec les médias. C’est très bien pour la promotion de notre sport, qui gagne à être connu et pour les générations futures, plus les passionnés d’athlétisme.
Christophe Rochotte