
De retour de Taiwan, Anne-Cécile Fontaine revient sur les 24 heures de Taipeh, où elle était invitée et dont elle conservera un souvenir inoubliable, malgré une performance qui ne saurait pleinement la satisfaire. 6e avec un score de 223, 639 km et seconde féminine, la double-championne du monde a connu des temps difficiles dès la 10e heure de course, avant de terminer dans la douleur, mais en sauvant l’honneur, puisque non seulement elle s’est refusé à abandonner, mais en plus elle a amélioré le record de France féminin sur piste. Désormais, alors que sa saison est terminée elle se demande si après 3 années au plus haut niveau, elle ne souffre pas de l’accumulation d’une fatigue tant physique, que mentale. Dès lors, avant d’envisager les échéances de 2011, il lui importe avant tout de se consacrer à la récupération, parce qu’elle compte bien rebondir un jour, car elle ne ressent pas encore de « Dégoût » pour cette discipline.
.Pourrais-tu décrire l’ambiance générale de ce 24 heures ?
-C’était très bien organisé. Je dirais que c’était à la fois très festif et très cadré et les étudiants de l’université de Soochow à Taipeh se sont énormément investis. Les coureurs étrangers ont été pris en charge dès leur arrivée à l’aéroport. En plus, on logeait à la résidence universitaire à proximité de la piste, où a eu lieu l’épreuve. Si, l’on avait besoin de quelque chose, il y avait des commerces sur place. Les organisateurs prenaient également soin de l’intégrité physique des coureurs. Au départ et toutes les 4 heures, nous avons été pesés, afin d’éviter les risques de déshydratation et lorsque tout a été terminé dimanche à 9 heures, il s’est écoulé 1h30 avant la remise des récompenses. Là, nous avons tous bénéficié de soins avec prise de tension, consultation d’un médecin, massage…etc Par rapport au respect des horaires, la ponctualité était de mise. Quand on nous donnait rendez-vous à une heure précise pour se rendre quelque part, ils arrivaient 15 minutes avant. Au niveau des repas, on mangeait dans un restaurant universitaire et la nourriture était adaptée à un 24 heures. Mais parallèlement à cette rectitude à laquelle nous ne sommes pas habitués chez nous, cela restait convivial. Alors que les couloirs 1et 2 étaient réservés aux participants invités au 24 heures, sur les autres pour créer une animation des courses ont été prévues pour les étudiants, ainsi qu’un concert. Pareil, nous avons tous été encouragés avec ferveur et les étudiants ont coaché les coureurs qui n’avaient pas d’assistance. Et tous les concurrents sont toujours restés calés dans le couloir qui leur avait été assigné. Ceux du 2 n’ont jamais basculé dans le 1. Ce serait inconcevable chez nous. Enfin, ces gens sont très accueillants.
.Et les conditions de course ?
Il faisait assez chaud, mais pas trop parce que le ciel était couvert et il y a eu deux averses. Comme là-bas c’est aussi l’hiver, j’ai trouvé que la nuit était longue. Elle a duré de 17 heures à 5 heures, soit la moitié de l’épreuve. Puisque l’on courait sur une piste de 400 mètres, on changeait de sens de rotation toutes les 4 heures. Le chronométrage était effectué par puce, mais il n’y avait pas d’affichage électronique. Alors, pour que l’on n’ait pas à se soucier de compter les tours, l’organisation avait adjoint un étudiant par coureur, chargé de pointer manuellement chaque tour accompli et de lui indiquer, où il en était. Ce que j’ai apprécié sur cette piste, c’est qu’elle ne comportait pas de lisse, source de blessures et de chutes potentielles avec la fatigue, quant immanquablement on finit par buter dedans. Aussi, c’est pratique pour se ravitailler. On prend une bouteille et il suffit de la reposer au tour suivant.
.Comment s’est déroulé cet effort ?
-Durant la première heure, comme j’étais un peu haute au niveau cardiaque, j’ai couru 10,5 km. Ensuite quand les pulsations ont baissé, j’ai pu reprendre ma vitesse de croisière de 10,7 km/h de moyenne tout en marchant 45’’ tous les 6 tours. Mais à partir de la 10e heure, le rythme a commencé à décroître régulièrement et je n’ai été à 10 de moyenne que sur l’ensemble des 18 premières heures. Au pire, je me suis trouvé à 7,5 km/h de moyenne. C’était catastrophique et pendant la dernière heure un pied m’a fait souffrir.
.Quelles explications apportes-tu à cette baisse régulière de l’allure ?
-Justement, il va falloir savoir pourquoi et avec Jean-François Pontier, mon entraîneur, on va envisager toutes les hypothèses. N’ayant pas connu de soucis gastriques et digestifs, j’ai pu me ravitailler correctement. Donc, il ne peut pas s’agir de soucis glycémiques. Egalement, j’ai toujours été éveillée et je n’ai pas eu à lutter contre le sommeil. On ne peut dire non plus que j’ai manqué d’entraînement. Sans doute suis-je confrontée à un phénomène de fatigue générale. Cela fait maintenant 3 ans que je cours à haut niveau. Or, dans ce domaine de l’ultra, il est rare de voir des coureurs qui améliorent leur record durant X années.
.Pourquoi as-tu tenu à aller au bout, plutôt que de renoncer ?
-Tant que je tenais la route, je n’avais pas de raison d’abandonner et j’ai essayé de sauver ce qui était possible. Après de la même manière que l’on ne met pas le clignotant lorsque l’on porte le maillot de l’équipe de France, pour une question de respect je voulais haire honneur à cette invitation et malgré tout, j’ai réalisé 223,629 km, ce qui correspond au nouveau record de France féminin sur piste. Et puis, j’ai pu côtoyer les meilleurs coureurs japonais, plus l’Australien Matin Fryer. Mami Kudo, recordwoman du monde et Ryochi Sekiya, 4 fois champion du monde n’ont pas battu leur record, mais ont cependant été impressionnants.
.Quelle est la nature de cette douleur au pied ?
-Je ne connais pas encore la nature du mal. Je vais faire une radio. Après, on avisera. Peut-être que cela résulte également d’une accumulation de fatigue.
.Au final es-tu satisfaite de ce voyage ?
-Je suis satisfaite d’y être allée, mais je ne peux pas être satisfaite du résultat, ni de la gestion de l’effort en comparaison de Séoul, ou de Bergame. Peut-être est-ce que je pourrai de nouveau escompter mieux un jour. Pour rebondir, il faut garder en mémoire les points positifs. Je me dis que j’ai vécu une expérience extraordinaire, que j’ai rencontré des gens intéressants. A ce sujet, je voudrais en savoir plus sur la méthode d’entraînement des Japonais. Il y a beaucoup à apprendre des autres. Et moi qui travaille dans le milieu médical, j’ai trouvé génial que l’organisation prenne tant en compte l’intégrité physique des coureurs. Enfin, je possède un record de France de plus.
.Seule Française ne t’es-tu pas sentie isolée malgré les encouragements ?
-L’organisation a fait en sorte que les tables de ravitaillements des étrangers soient proches les unes des autres, de façon à ce que l’on ne se sente pas isolé et l’Italienne m’a encouragée, mais j’avoue que le staff de l’équipe de France m’a manquée. Heureusement que Jef était là. Il a été formidable. Il s’investit vraiment auprès des athlètes. Il ne voit pas que le résultat. Quant il a remarqué que j’étais mal, il m’a proposée d’arrêter, par peur que je me blesse et que je ne puisse jamais rebondir.
.Et maintenant ?
-Je veux vraiment retrouver une envie profonde de courir. Là, je vais me mettre au repos et je ne courrai pas de 24 heures avant une petite année. Donc, si les championnats du monde sont finalement organisés en 2011, ma participation dépendra de leur date. Se reposer ne signifie pas tout arrêter. Je vais faire du vélo et de la natation. Je ressens également le besoin de décompresser au plan mental. Un 24 heures implique beaucoup de concentration et une mobilisation psychique importante. Mais, cependant je ne me sens pas dégoûtée par ce type d’effort. Vu l’accueil que nous avons reçu à Taipeh, ça donne envie d’y retourner. Là, avant de recourir à l’entraînement, je vais attendre que mon pied aille mieux. Je vais laisser passer les fêtes. Il faut laisser du temps au temps. Je voulais me rendre à Taipeh avant tout pour me refaire plaisir, mais je n’ai pas retrouvé les sensations de Séoul et de Bergame. Ca a été pendant 10, 11 heures et ensuite la difficulté amenuise le plaisir. Est-ce que ma vie professionnelle me permet de récupérer ? D’autant plus que cette année, j’ai connu des soucis de boulot et qu’en plus j’ai eu un accident de moto.
Résultats :
1 Ryochi Sekiya JAP : 268,126 km
2 Martin Fryer AUS : 259,481 km
3 Mami Kudo JAP : 239,222 km F
4 Anne-Cécile Fontaine : 223,639 km
Texte : Christophe Rochotte Photo : Jean-François Pontier