
Sans se soucier de la présence du lauréat de 2010, Hamid Essaid, le Rwandais de l'ENA Jean Habarurema a signé une de ces victoires qui fait plaisir à tout le monde. Et l'ovation du public à son arrivée était à la hauteur de son talent.
"La première fois que je l'ai vu courir, c'était à la Ronde de Noël de La Meignanne il y a 6 ou 7 ans", raconte Aurélien Denéchère, son entraîneur depuis 4 ans et ancien bon miler qui a couru 3'49 au 1 500 m en 2004. "Je ne courrais pas ce jour là et je vois un petit black avec un maillot de foot des années 70 et un short de la même époque qui prend le départ avec Jean-Jo Brecheteau qui était en pleine bourre à l'époque. Je me dis que jamais il ne tiendra, et il tient un tour, deux tours, trois tours et sautent dans le dernier mais réalise une sacrée course. Je suis allé le voir à l'arrivée pour lui proposer de venir courir avec nous à l'ENA. Il a hésité car à l'époque, il était frère évangéliste et ne savait pas s'il pouvait pratiquer son loisir".
Et c'est comme ça que l'histoire athlétique de "frère Jean" a débuté. Car son histoire personnelle est bien plus compliquée que ça, une enfance au Rwanda durant la terrible guerre civile du début des années 90, un exil et une terre d'accueil, la France et Angers plus précisément. Depuis, Jean-Damascène Habarurema a quitté sa communauté et a entamé des études de sciences du langage et doit soutenir sa thèse de Doctorat cette année ou l'année prochaine : " Je ne suis plus frère dans le sens où je ne vis plus en communauté. J'ai souhaité prendre du recul. Après ce qui s'est passé au Rwanda et au sein de ma famille, je me suis dit que, peut-être, Dieu voulait que je fasse autre chose. Je veux juste savoir, en quelque sorte, ce que Dieu veut pour moi. Mais je reste croyant et pratiquant. La spiritualité fait partie de moi".
Année après année, Jean Habarurema est devenu le chouchou du public Angevin et il est impossible de trouver un seul coureur qui dise le moindre mal de ce coureur, quelque soit le club. Et si ce n'est qu'un exemple, il est suffisamment parlant pour être évoqué : Julien Moreau, le coureur d'Endurance 72 et anciennement à La Roche sur Yon, avait invité Jean Habarurema à son récent mariage au cours duquel l'ancien Frère a prononcé un discours…
Cet après-midi, lorsque Hamid Essaid, le lauréat de 2010 et Jean Habarurema sont partis dès les premiers mètres de la course, le public avait choisi son camp. Et lorsque Habarurema distança Essaid peu après la mi-course, le nombreux public de Pignerolles, fidèle au traditionnel rendez-vous du 11 novembre semblait ravi : "J'ai appris qu'il avait abandonné dans le dernier tour, je le regrette mais je ne me suis pas occupé de lui. Je suis parti assez vite car c'est un parcours roulant qui me convient bien, même si le cross n'est vraiment pas ma discipline préférée. Je suis heureux de gagner ici devant mon public, car je suis Angevin de coeur et ce sont eux qui m'ont accueilli en 2003".
C'est donc avec plus d'une minute d'avance que Jean Habarurema a franchi la ligne d'arrivée. Longtemps second mais malade depuis 3 jours, Hamid Essaid, lauréat en 2010, préférait abandonner dans le dernier tour et laisser la place sur le podium à Olivier Frémy de Chalonnes et Sylvain Barbé, Intrépide Pré en Pail, qui gagne une place par rapport à l'an passé.
La 37e édition du cross du Courrier de l'Ouest s'achevait sur la victoire d'un athlète qui fait l'unanimité dans sa région, mais aussi sur le constat, chaque année renouvellé, de la baisse du niveau des courses. Si la quantité est bien présente, les deux courses des As ont offert des cavaliers seuls aux deux lauréats et des écarts immenses dans les 10 premiers qui n'augurent rien de bons pour les années futures...
